La compagnie pétrolière nationale brésilienne Petrobras, renforce son offensive sur le marché africain des hydrocarbures. Le groupe a en effet, entamé des négociations directes avec les autorités ghanéennes, en vue d'obtenir des contrats d'exploration pour quatre blocs offshore situés dans le bassin de Keta, au large du Ghana. Une démarche qui intervient alors que le pays cherche à relancer son industrie pétrolière, confrontée depuis plusieurs années au déclin de sa production.
Petrobras avait auparavant soumis une manifestation d'intérêt pour ces actifs. Le ministère ghanéen de l'Énergie et de la Transition écologique a désormais approuvé sa demande, ouvrant la voie à des discussions sur les conditions d'attribution des contrats d'exploration. Cette étape constitue toutefois une entrée en négociations et non encore un engagement d'investissement. À ce stade, Petrobras n'a acquis aucun des quatre blocs et n'a annoncé ni montant d'investissement, ni calendrier de forage, ni partenaire local. Les termes fiscaux, opérationnels et les modalités de participation locale doivent encore être négociés avec les autorités ghanéennes.
Le bassin de Keta, nouvelle frontière exploratoire
L'intérêt de Petrobras pour le bassin de Keta n'est pas fortuit. La compagnie brésilienne estime que certaines caractéristiques géologiques de cette zone offshore présentent des similitudes avec la marge équatoriale du Brésil, considérée comme l'une des principales frontières d'exploration pétrolière du pays sud-américain. Cette proximité géologique constitue un argument important pour le groupe, qui a développé une expertise considérable dans l'exploration et la production en eaux profondes et ultra-profondes au Brésil. Petrobras entend ainsi mettre à profit son savoir-faire technique sur de nouvelles frontières pétrolières en Afrique.
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L'intérêt brésilien intervient également dans un contexte d'amélioration progressive de la connaissance géologique du bassin de Keta. La commission pétrolière du Ghana a conclu récemment un accord avec la société spécialisée dans les données énergétiques TGS, afin d'améliorer les données sismiques disponibles sur l'ensemble du bassin. L'objectif est notamment de fournir aux investisseurs potentiels une meilleure visibilité sur les structures géologiques du sous-sol marin. L'arrivée de Petrobras pourrait donc constituer un premier test de l'attractivité de cette zone jusqu'ici relativement sous-explorée.
La production ghanéenne au plus bas
Pour Accra, l'enjeu est particulièrement important. Producteur de pétrole depuis la mise en exploitation du champ Jubilee en 2010, le Ghana exploite également les champs TEN et Sankofa-Gye Nyame. Mais la production nationale est engagée sur une trajectoire baissière, sous l'effet du vieillissement des principaux gisements et du retard pris dans la mise en production de nouveaux projets. Le pays a ainsi produit 37,3 millions de barils de pétrole brut en 2025, soit son niveau annuel le plus faible depuis plusieurs années. Cette contraction s'est directement répercutée sur les recettes publiques issues des hydrocarbures, tombées à environ 770,3 millions de dollars en 2025, contre plus de 1,36 milliard de dollars en 2024.
Dans ce contexte, la recherche de nouvelles découvertes offshore devient une priorité pour le Ghana. L'arrivée potentielle d'un acteur disposant d'une solide expérience des opérations en eaux profondes pourrait contribuer à accélérer l'exploration de nouvelles zones et, à terme, à reconstituer les réserves du pays. Mais le chemin entre négociation contractuelle et production commerciale reste long. La signature éventuelle des contrats devra être suivie de campagnes sismiques, de forages d'exploration et d'une évaluation de la viabilité commerciale des éventuelles découvertes. Aucun de ces investissements ne garantit donc, à ce stade, la découverte de nouvelles réserves exploitables.
Petrobras accélère son expansion en Afrique
Pour Petrobras, les discussions avec Accra s'inscrivent dans une stratégie africaine beaucoup plus large. La compagnie brésilienne considère désormais le continent comme sa principale zone d'exploration en dehors du Brésil, avec l'ambition d'y identifier de nouvelles ressources susceptibles de soutenir sa croissance à long terme. Le groupe cherche notamment à renouveler ses réserves de pétrole et de gaz en explorant de nouvelles frontières, aussi bien sur le marché brésilien qu'à l'international. L'Afrique, et particulièrement sa façade atlantique, apparaît dans cette stratégie comme une zone privilégiée en raison de ses perspectives géologiques et des similitudes entre certaines marges continentales africaines et sud-américaines.
Petrobras a déjà renforcé sa présence sur plusieurs marchés africains. En février, le groupe a acquis une participation de 42,5% dans un bloc offshore en Namibie, aux côtés de TotalEnergies. Il a également accru son exposition à São Tomé-et-Principe, où il a annoncé en avril l'acquisition d'une participation opérée de 75% dans un bloc d'exploration offshore. La compagnie brésilienne examine par ailleurs des opportunités en Côte d'Ivoire et en Afrique du Sud. Le Ghana vient donc compléter un portefeuille africain en pleine expansion, principalement concentré sur les bassins offshore de la façade atlantique.
L'ouverture des négociations entre Petrobras et le Ghana marque ainsi une étape importante, mais elle ne préjuge pas de l'issue du projet. Les deux parties doivent encore parvenir à un accord sur les conditions d'exploration des quatre blocs, tandis que les éventuels travaux futurs devront confirmer le potentiel géologique de la zone. La prochaine étape sera donc déterminante : transformer l'intérêt exprimé pour le bassin de Keta en contrats d'exploration, puis en campagnes sismiques et en forages. C'est seulement à l'issue de ce processus que Petrobras et le Ghana pourront mesurer la véritable valeur pétrolière de cette nouvelle frontière offshore.
Publié le 24/08/26 12:12
Narcisse Angan
SN
CEMAC