La Banque des États de l'Afrique centrale (BEAC) a officiellement rejoint le Système panafricain de paiement et de règlement (PAPSS), ouvrant aux six pays de la Communauté économique et monétaire de l'Afrique centrale (CEMAC) l'accès à l'infrastructure africaine de paiements transfrontaliers en monnaies locales. L'adhésion de l'institut d'émission régional a été officialisée le 9 juillet 2026 par le PAPSS, développé par Afreximbank en partenariat avec l'Union africaine et le Secrétariat de la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf).
Le Cameroun, le Gabon, le Congo, le Tchad, la République centrafricaine et la Guinée équatoriale sont directement concernés. Ces six économies, qui partagent le franc CFA d'Afrique centrale et une même banque centrale, représentent un marché de plus de 72 millions d'habitants. Leur raccordement doit permettre aux institutions financières de la sous-région d'effectuer des paiements avec d'autres marchés africains sans passer systématiquement par des devises tierces ou par des circuits bancaires extérieurs au continent.
" En rejoignant le PAPSS, la BEAC crée les conditions nécessaires à des paiements transfrontaliers plus rapides, moins coûteux et plus efficaces entre les pays de la CEMAC et l'Afrique. Nous encourageons les banques commerciales et les institutions financières de nos États membres à saisir cette opportunité et à se préparer à participer à la plateforme ", a déclaré Yvon Sana Bangui, gouverneur de la BEAC et président de l'Association des banques centrales africaines.
Cette annonce officielle intervient un peu plus d'un mois après les premières indications données à Yaoundé sur l'intégration de la banque centrale au système. Le 1er juin 2026, lors du kick-off institutionnel du Pro Meet Up 5, organisé à l'hôtel Hilton de Yaoundé, Mike Ogbalu III, directeur général du PAPSS, avait annoncé, devant des délégations du Gabon, du Congo, de la République centrafricaine, du Tchad et de la Guinée équatoriale, que la BEAC avait signé une convention d'intégration à la plateforme.
Des paiements africains sans détour systématique par le dollar ou l'euro
L'intégration de la BEAC doit modifier le circuit de certaines transactions entre la CEMAC et le reste du continent. Dans le schéma bancaire traditionnel, un paiement transfrontalier africain peut nécessiter une conversion en dollars ou en euros ainsi que le recours à des banques correspondantes situées hors d'Afrique. Les fonds sont ensuite reconvertis dans la monnaie du bénéficiaire. Ces opérations de change et d'intermédiation augmentent les frais et peuvent allonger les délais de règlement de plusieurs jours.
Historiquement, près de 48 % des paiements interbancaires africains étaient traités par des banques correspondantes étrangères. Pour les entreprises engagées dans le commerce régional, ce circuit ajoute des coûts aux importations, aux achats de matières premières et au règlement des fournisseurs. Une entreprise installée à Douala et commerçant avec un partenaire sur un autre marché africain peut ainsi supporter les frais liés à l'utilisation d'une devise intermédiaire, alors même que les deux parties se trouvent sur le même continent.
C'est précisément ce circuit que le PAPSS entend raccourcir. Lancé commercialement en janvier 2022, après une phase pilote dans la Zone monétaire d'Afrique de l'Ouest, le système permet d'initier des paiements transfrontaliers dans les monnaies locales africaines. Le règlement intervient en quelques secondes, contre plusieurs jours dans certains circuits traditionnels. Selon les données communiquées sur le système, le recours à cette infrastructure peut réduire les coûts de transaction jusqu'à 95 %.
Avec l'arrivée de la BEAC, le réseau PAPSS couvre désormais 28 pays africains. Il relie plus de 190 banques commerciales et fintechs, directement ou indirectement, avec l'appui de 16 commutateurs de paiement. Ses partenaires de réseau étendu permettent, en outre, aux participants d'envoyer des fonds vers plus de 250 institutions financières supplémentaires.
L'adhésion de la BEAC ne signifie toutefois pas que l'ensemble des banques de la CEMAC est immédiatement connecté au système. Le PAPSS et la banque centrale régionale travailleront jusqu'à la fin de l'année 2026 à l'opérationnalisation du raccordement. Cette période doit permettre d'intégrer les banques et les autres institutions financières de la sous-région, avant le déploiement des services auprès des entreprises et des particuliers.
Porté par Afreximbank, le PAPSS a été conçu comme une infrastructure de circulation et de règlement des fonds entre les pays africains. Le système traite les paiements transfrontaliers en monnaies locales, réduit le recours aux devises de pays tiers et vise ainsi à limiter les coûts et les risques associés aux circuits internationaux de paiement.
Publié le 09/07/26 10:07
La Rédaction
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CEMAC