menu mobile

L’information économique au cœur des marchés africains

La Côte d’Ivoire réussit un Eurobond de 1,3 milliard USD à un taux inédit en Afrique subsaharienne depuis cinq ans

BRVMC0000000 - BRVMC
La BRVM Ouvre dans 2h22min

Portée par une demande record des investisseurs internationaux, la Côte d'Ivoire a réussi un emprunt de 1,3 milliard de dollars à des conditions inédites pour l'Afrique subsaharienne depuis cinq ans. Un succès qui vient illustrer la solidité croissante de ses fondamentaux économiques et son positionnement parmi les signatures souveraines les plus recherchées du continent.

La Côte d'Ivoire confirme son retour en force sur les marchés financiers internationaux. Le 18 février 2026, le pays a levé 1,3 milliard de dollars à travers une nouvelle émission obligataire internationale d'une maturité de 15 ans, une opération qui marque à la fois un succès financier et un signal fort envoyé aux investisseurs sur la solidité croissante de son économie.

Au-delà du montant mobilisé, c'est surtout l'enthousiasme des marchés qui impressionne. Le livre d'ordres a culminé à 6,3 milliards de dollars, soit près de cinq fois le montant recherché, avec la participation d'environ 270 investisseurs institutionnels internationaux. Une telle sursouscription traduit une confiance accrue dans la trajectoire économique et budgétaire du pays.

Un coût de financement historiquement bas

L'émission, selon une note officielle consultée par Sika Finance, affiche un taux d'intérêt de 5,39 % en euro après couverture du risque de change, le coût de financement le plus faible obtenu par la Côte d'Ivoire sur un Eurobond, mais aussi le coût de financement le plus bas en Afrique subsaharienne sur ces cinq dernières années.

Pour un État, emprunter à un taux plus faible signifie concrètement réduire le poids futur du remboursement de la dette et libérer davantage de ressources pour les investissements publics. Ce résultat reflète donc autant la perception du risque par les investisseurs que la crédibilité acquise par la politique économique ivoirienne.

Le succès de l'opération s'est également traduit par un resserrement rapide du rendement demandé par les investisseurs, à hauteur de 63 points de base au cours de la journée de placement. Plus remarquable encore, l'émission a enregistré une prime de nouvelle émission négative de 25 points de base, un phénomène rare indiquant que les investisseurs ont accepté un rendement inférieur à celui des obligations ivoiriennes déjà en circulation. Autrement dit, la demande était suffisamment forte pour tirer les conditions financières vers le bas.

Un signal de montée en gamme du risque ivoirien

Cette performance confirme le repositionnement progressif de la signature ivoirienne sur les marchés internationaux, marquée par le relèvement de sa note financière à BB l'agence Moody's en décembre dernier. Le pays se rapproche désormais du statut convoité d'" Investment Grade ", catégorie réservée aux emprunteurs jugés à faible risque par les agences de notation. 

Voir aussi - Fitch Ratings propulse la Côte d'Ivoire au rang de deuxième économie la mieux notée d'Afrique subsaharienne

 Cette évolution repose sur une amélioration continue des fondamentaux macroéconomiques. La croissance du produit intérieur brut réel a atteint 6,5 % en 2025 et devrait accélérer à 6,7 % en 2026, plaçant la Côte d'Ivoire parmi les économies les plus dynamiques du continent. Parallèlement, le déficit budgétaire a été réduit de 4 % du PIB en 2024 à 3 % en 2025, amorçant une trajectoire de baisse du ratio d'endettement public. 

Pour les investisseurs, ces indicateurs sont essentiels : ils traduisent la capacité d'un État à honorer ses engagements financiers sur le long terme. 

Une stratégie d'investisseurs désormais mondiale 

Le succès de cette émission ne relève pas uniquement des performances économiques. Il illustre aussi l'efficacité d'une stratégie de relations investisseurs menée de manière proactive ces dernières années. 

Les autorités ivoiriennes ont multiplié les échanges avec leurs partenaires financiers historiques tout en élargissant leur présence à de nouvelles zones géographiques, notamment en Asie et au Moyen-Orient. Cette diversification de la base d'investisseurs réduit la dépendance à un nombre limité de marchés et renforce la résilience du pays face aux cycles financiers internationaux.

Voir aussi - La Côte d'Ivoire, 1er État subsaharien à mobiliser un ''Samouraï Bond'' labellisé ESG sur le marché japonais

 Une gestion de la dette plus stratégique 

Les fonds levés seront entièrement consacrés au financement du budget 2026. Mais au-delà du financement immédiat, l'opération s'inscrit dans une stratégie plus large de gestion active de la dette publique.

En allongeant la maturité moyenne de ses emprunts et en améliorant le profil d'amortissement, c'est-à-dire la répartition dans le temps des remboursements, la Côte d'Ivoire cherche à éviter des pics de remboursement susceptibles de peser sur les finances publiques. Cette approche vise à dégager des marges budgétaires pour financer des projets d'infrastructures, soutenir la transformation économique et accompagner la croissance démographique.

Dans un contexte international marqué par des conditions financières encore exigeantes pour les économies émergentes, cette opération constitue un signal fort. Elle montre que certains émetteurs africains parviennent désormais à se distinguer par la qualité de leur gestion macroéconomique et leur discipline budgétaire. 

Pour Abidjan, l'enjeu dépasse la réussite ponctuelle d'une émission obligataire. Il s'agit désormais de consolider cette crédibilité dans la durée afin de franchir le seuil symbolique de l'Investment Grade, étape qui ouvrirait l'accès à une base d'investisseurs encore plus large et à des coûts de financement durablement réduits.

Publié le 19/02/26 05:25

Jean Mermoz Konandi

SOYEZ LE PREMIER A REAGIR A CET ARTICLE

Pour poster un commentaire, merci de vous identifier.

03yjLdrAUCYGH9C912g7tEftRa9eNPrWAesmbZXbofE False