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Le Cameroun réforme le dédouanement des téléphones pour capter 25 milliards FCFA

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À partir du 1er avril 2026, le Cameroun modifie en profondeur les règles applicables à l'entrée sur son territoire des téléphones portables, tablettes et autres terminaux numériques. Dans un communiqué signé le 25 mars à Yaoundé, le ministre des Finances Louis Paul Motaze annonce la généralisation d'un mécanisme électronique de collecte des droits et taxes de douane, déjà prévu par la loi de finances 2023 mais jusqu'ici peu visible pour le grand public.

Présentée par l'administration comme un simple changement de procédure et non comme une nouvelle taxe, la mesure intervient dans un contexte de recherche accrue de recettes internes et de sécurisation des flux numériques, deux priorités mises en avant par les autorités camerounaises dans leurs échanges avec les partenaires techniques et financiers.

Concrètement, le dédouanement des terminaux devient entièrement adossé au système informatique douanier CAMCIS. Les importateurs, qui restent juridiquement responsables des marchandises introduites sur le territoire, devront désormais déclarer et liquider les droits via cette plateforme, directement ou par l'intermédiaire de leurs mandataires agréés.

Le paiement s'effectuera en monnaie locale, par des moyens classiques ou électroniques, ce qui ouvre la voie à une traçabilité accrue des transactions. Le ministère des Finances insiste sur la réduction attendue des pertes de recettes, un enjeu structurel dans un marché largement exposé à la fraude.

La Direction générale des douanes indique que près de quatre millions de téléphones sont importés chaque année au Cameroun. Pourtant, les recettes associées se sont effondrées au fil du temps sous l'effet de la contrebande. Selon cette source administrative, moins de 100 millions de FCFA sont désormais collectés chaque mois, contre environ 2 milliards de FCFA par mois dans les années 2000.

Avec le nouveau mécanisme, l'État anticipe un changement d'échelle. Les services douaniers estiment que les recettes annuelles pourraient atteindre au moins 25 milliards de FCFA, contre environ 1,3 milliard de FCFA mobilisé actuellement sur une année.

Autre évolution majeure, la connexion au réseau des télécommunications devient conditionnée au statut douanier de l'appareil. Seuls les terminaux régulièrement dédouanés via ce mécanisme, ceux en itinérance ou ceux couverts par une amnistie fiscale pourront être activés sur les réseaux locaux.

Amnistie, voyageurs et stocks existants sous surveillance

Le dispositif introduit toutefois des mesures d'assouplissement. Les téléphones déjà actifs sur les réseaux camerounais avant l'entrée en vigueur du système seront considérés comme régularisés, une forme d'amnistie destinée à éviter une rupture brutale pour les utilisateurs.

Les voyageurs et touristes bénéficient également de régimes spécifiques. Les appareils en roaming échappent à toute formalité, tandis que ceux utilisés lors de séjours de courte durée peuvent être admis temporairement sans paiement de droits, sans exigence de caution.

Pour les opérateurs économiques, la transition est encadrée. Les distributeurs disposant de stocks déjà dédouanés devront se rapprocher des services douaniers dans un délai de deux mois afin de faire reconnaître la régularité de leurs marchandises. Les terminaux en cours d'importation seront, eux, pris en charge par l'administration selon des modalités transitoires.

Les petits détenteurs ne sont pas exclus du champ d'application. Les particuliers ou commerçants détenant moins de dix téléphones non déclarés devront procéder à une régularisation simplifiée, soit auprès des services douaniers, soit via une interface en ligne dédiée.

Un contrôle étendu jusqu'au consommateur final

Le nouveau dispositif introduit également une responsabilité élargie tout au long de la chaîne de distribution. Les vendeurs agréés sont tenus de permettre à leurs clients de vérifier le statut douanier des appareils, notamment via des outils de consultation par SMS ou en ligne mis à disposition par l'administration.

Côté acheteurs, la vérification préalable devient une précaution recommandée, dans un marché où les circuits informels restent importants. En liant désormais l'accès aux réseaux télécoms à la régularité douanière, les autorités déplacent une partie du contrôle vers l'utilisateur final, tout en renforçant la pression sur les importateurs et distributeurs.

 

Perton Biyiha

Publié le 30/03/26 18:45

La Rédaction

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