Luuk ZONNEVELD, CEO de BIO, banque de développement belge : ‘’Notre point fort, c’est d’investir dans les PME’’

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Luuk ZONNEVELD, CEO de BIO, banque de développement belge :

Notre point fort, c'est d'investir dans les PME.

 

La banque publique belge de développement BIO renforce son ancrage en Afrique avec l'ouverture de son premier bureau de représentation dans la région à Abidjan, la capitale économique ivoirienne. Cette représentation régionale qui a vocation à couvrir la zone UEMOA et le Ghana a pour enjeu pour l'institution de se rapprocher d'une région où elle gère un portefeuille de 125 millions d'euros d'investissements, soit près de 82 milliards FCFA, au profit du secteur privé, mais également d'intensifier la prospection.

Luuk ZONNEVELD, CEO de BIO, explique dans cette interview exclusive accordée à Sika Finance, les évolutions de l'institutions lancée en 2001, ses mécanismes d'intervention et de financement ainsi que les secteurs prioritaires ciblés.

BIO est une banque de développement belge qui se rapproche de la zone UEMOA. Pouvez-vous présenter votre institution ?

BIO est une société belge dédiée aux pays en développement avec pour mission de soutenir un secteur privé fort dans les pays en développement et émergents. Notre ambition c'est d'avoir un impact à travers nos investissements dans le secteur privé. On a un deuxième objectif qui est de générer un rendement correct, faible, mais correct surtout parce qu'on pense que on veut vraiment que le secteur privé réussisse et donc que nos clients ici sur place réussissent. Et le moyen pour y arriver c'est de veiller à ce qu'il y ait une rigueur entrepreneuriale et commerciale et le meilleur indicateur pour s'en assurer c'est faire des bénéfices. C'est un indicateur qui rassure sur la pérennité de l'entreprise.

Notre ambition c'est d'avoir un impact à travers nos investissements dans le secteur privé.

Pourquoi un rendement faible ? Parce qu'on a un actionnaire qui s'intéresse beaucoup plus à la mission développement qu'à gagner beaucoup d'argent : c'est l'État belge qui met à disposition le capital qui aujourd'hui tourne autour d'un milliard d'euros d'actifs sous gestion. Sa priorité, ce ne sont pas les états financiers que nous présentons chaque année, mais c'est surtout l'impact en nombre d'emplois crées et la part réservée aux femmes y compris aux postes de direction, l'impact sur l'écosystème économique, etc. Nous ainsi tous les ans notre rapport d'impact.

Voir aussi - BIO, la banque de développement belge, ouvre son premier bureau africain à Abidjan

L'Afrique, où nous intervenons dans 36 pays, représente à peu près la moitié de nos investissements, des investissements qui s'étendent aussi à l'Asie et à l'Amérique Latine. 

Votre institution ouvre son premier bureau en Afrique par la Côte d'Ivoire, pourquoi le choix de la Côte d'Ivoire ?

Vous savez la Côte d'Ivoire c'est d'abord un pays d'essor économique assez extraordinaire en Afrique. Moi je suis venu pour mon premier voyage en Côte d'Ivoire dans les années 80 pour acheter du cacao pour des sociétés néerlandaises et, comparé à ce que j'ai pu voir à l'époque, c'est incroyable le développement qu'il y a eu depuis. Aujourd'hui, la Côte d'Ivoire est un pays qui se développe, où il y a un potentiel économique important, où les conditions de vie des populations s'améliorent (et nous voulons y apporter notre contribution) : C'est là le premier critère que nous visons.

‘'Vous savez, le point fort de BIO c'est de vouloir investir dans la petite et moyenne entreprise.''

Ensuite, la Côte d'Ivoire est le centre économique principal de l'Afrique de l'Ouest d'où il est extrêmement facile d'avoir accès à d'autres pays comme le Sénégal qui est très important dans notre portefeuille, mais aussi le Mali, le Burkina, le Bénin, le Togo, le Niger et également le Ghana, pays limitrophe et pays cacaoyer. Et l'industrie du cacao nous intéresse parce que nous pensons pouvoir y faire la différence en contribuant à impacter positivement les conditions de vie des populations. 

Quelle sera la mission de ce bureau de représentation ?

Vous savez, le point fort de BIO c'est de vouloir investir dans la petite et moyenne entreprise. Depuis une vingtaine d'années, nous menons nos opérations à partir de Bruxelles mais on se rend compte que pour vraiment avoir accès aux PME, surtout celles qui sont en dehors des capitales des pays où nous investissons, pour mieux les connaître, les évaluer et les suivre, il faut être sur place afin de comprendre l'environnement et le contexte local. C'est donc l'objectif principal du bureau, à savoir entrer en contact avec des entrepreneurs qui peuvent démontrer qu'ils ont un plan d'affaires ou un concept qui tient la route, qu'ils ont besoin de croître et ont de ce fait besoin d'un investisseur à leurs côtés.

(…) l'objectif principal du bureau d'Abidjan est d'entrer en contact avec des entrepreneurs qui peuvent démontrer qu'ils ont un plan d'affaires ou un concept qui tient la route …

C'est un bureau régional, quelles sont les zones qu'il va couvrir ?

Il va nous couvrir toute la zone UEMOA plus le Ghana mais certainement avec un accent assez fort sur la Côte d'Ivoire, le Sénégal, mais aussi sur les autres pays à chaque fois qu'on percevra des opportunités. Donc on regarde beaucoup l'agribusiness, la transformation agricole et la commercialisation de produits parce que ces domaines contribuent à l'augmentation de la disponibilité des aliments pour la population locale. C'est aussi souvent des secteurs qui créent énormément d'emplois à tous les niveaux et aussi parce qu'ils peuvent aussi avoir un effet sur l'exportation, donc la génération de devises pour les entreprises mais surtout aussi pour le pays.

Vous savez, le point fort de BIO c'est de vouloir investir dans la petite et moyenne entreprise.

Notre estimons dans notre approche qu'il est très important qu'à la fin, le pays bénéficie aussi au moins indirectement dans nos investissements pour que l'Etat puisse avoir les moyens pour jouer son rôle régalien d'investisseur dans l'éducation, dans la santé, dans l'infrastructure et tous les autres services qui rendent la vie un peu plus agréable pour les citoyens. 

Vous êtes une banque de développement, quels sont les types de financement que vous apportez et quels sont les secteurs prioritaires que vous ciblez ?

En fait, avec nos investissements, nous couvrons toute la gamme entre la dette senior, la dette subordonnée, le quasi-equity, l'equity et le capital à risque. On a différentes offres et à chaque fois on sculpte donc l'instrument qu'on utilise en fonction des besoins et des perspectives de l'entreprise.

Avec nos investissements, nous couvrons toute la gamme de financements, de la dette senior au capital à risque.

Au niveau secteur, nous ciblons les PME évoluant dans tous types d'activités, mais avec néanmoins un regard particulier sur l'agriculture, l'agribusiness, l'inclusion financière, l'énergie et de plus en plus à l'énergie renouvelable surtout quand on sait que la demande reste forte par exemple en Côte d'Ivoire. On pense au niveau de l'énergie à l'éolien, au solaire et à l'hydro qui sont aussi de grandes priorités.

Vous investissez directement ou par le biais des institutions financières locales ?

Alors on fait les deux. En Côte d'Ivoire, on a par exemple investi dans la chaîne hôtelière AZALAÏ et dans la centrale thermique d'AZITO. Avec l'ouverture du bureau régional, on devrait faire plus.  

A côté de cela, on travaille donc avec des banques à qui on octroie des crédits très importants pour leur permettre de développer des lignes de financement en les poussant bien sûr aussi à financer par exemple les entreprises qui ne sont pas encore assez mâtures pour bénéficier de nos interventions directes.

En Côte d'Ivoire, nous avons par exemple investi dans la chaîne hôtelière AZALAÏ et dans la centrale thermique d'AZITO.

On travaille avec des institutions de microfinance pour financer les entreprises les plus modestes comme les petits commerçants qui peuvent avoir accès à quelques centaines de milliers de francs CFA par exemple pour développer leurs business.

On travaille avec des fonds Private Equity ou des fonds de participation au capital. Nous mettons à leur disposition des ressources relativement importantes pour leur permettre d'investir du capital-risque dans les entreprises, non seulement mettre à disposition ce capital, mais surtout et aussi pour les accompagner à se développer en termes d'efficacité et d'efficience ou encore en termes de nouveaux marchés.

En somme, c'est important pour nous d'intervenir soit directement, soit indirectement. 

Quel est le niveau de vos engagements dans la région ?

Nous sommes, en capital déboursé dans la région, y compris le Ghana, autour de 150 millions d'euros (98,4 milliards FCFA, ndlr). En engagement total, en prenant en compte les contrats signés et pour lesquels des déboursements doivent encore avoir lieu, l'on doit être autour de 200 millions à 250 millions d'euros (environ 164 milliards FCFA, ndlr). Notre but est de continuer à accroître aussi le niveau de ces engagements.

Nous avons environ 250 millions d'euros d'engagements au profit du secteur privé dans l'UEMOA.

 

A votre avis, quels sont les deux ou trois grands défis auquel est confronté le continent africain ?

Il est important d'intégrer un peu plus les femmes. Je pense qu'il y a une énorme nécessité aussi bien chez nous en Europe qu'en Afrique d'intégrer beaucoup plus les femmes dans le monde de l'économie et le monde des affaires ; c'est quand même la moitié de l'humanité ! Les expériences que j'ai eues des sociétés dans lesquelles on trouve aussi bien des femmes dans les postes de direction que les hommes sont des sociétés beaucoup plus performantes.

Le deuxième aspect que je pense qu'il est important d'intégrer dans le monde entrepreneurial et le secteur privé en Afrique, pareil que chez nous en Europe d'ailleurs, le défi du climat. Je pense que ce défi est devenu aussi un risque principal pour l'investissement et pour l'entreprise.

Le climat est devenu aussi un risque principal pour l'investissement et pour l'entreprise.

Chez BIO, on remarque que les facteurs principaux des investissements qui ne réussissent pas, aujourd'hui, sont les facteurs liés au climat : ce sont les grandes sécheresses, ce sont les inondations, ce sont les tempêtes. Des aléas climatiques qui font que les gens ne peuvent pas produire ou générer des revenus nécessaires.

Je pense ces deux défis, genre et les climats, il faut vraiment les intégrer dans les modèles d'affaires.

Jean Mermoz Konandi

Publié le 15/12/21 17:12

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