menu mobile
L’information économique au cœur des marchés africains

Maryse LOKOSSOU, DG de la Caisse des Dépôts et Consignations (CDC) du Bénin : La confiance est le principal actif d'une Caisse des Dépôts

BRVMC0000000 - BRVMC
La BRVM Ferme dans 2h17min

Maryse LOKOSSOU, directrice générale de la Caisse des Dépôts et Consignations du Bénin (CDC Bénin) : 

La confiance est le principal actif d'une Caisse des Dépôts 

En quelques années, la Caisse des Dépôts et Consignations du Bénin s'est imposée comme l'une des références du modèle des Caisses de Dépôts en Afrique, en démontrant qu'une institution publique de long terme peut rapidement devenir un acteur majeur du financement du développement lorsqu'elle s'appuie sur une gouvernance rigoureuse et une vision stratégique. 

Également présidente du Forum des Caisses de Dépôt, Maryse Lokossou livre sa lecture des grands défis auxquels sont confrontées ces institutions : mobilisation de l'épargne domestique, financement des infrastructures, coopération régionale et affirmation de la souveraineté financière africaine. Un entretien qui éclaire les conditions nécessaires à l'émergence de véritables investisseurs publics stratégiques sur le continent.

La CDC Bénin est souvent présentée comme l'une des expériences les plus réussies parmi les nouvelles Caisses des Dépôts africaines. Quels ont été les principaux leviers de cette réussite et dans quelle mesure l'engagement de l'État béninois a-t-il été déterminant dans la construction de ce modèle ?

Notre réussite repose d'abord sur la clarté de la vision. Dès sa création, la CDC Bénin n'a pas été pensée comme un simple gestionnaire de ressources, mais comme un véritable outil de transformation économique au service des priorités nationales.

Le deuxième levier a été la qualité de la gouvernance. La confiance est le principal actif d'une Caisse des Dépôts. Nous avons donc accordé une attention particulière à la transparence, à la rigueur des processus, à la gestion prudente des ressources confiées et à la qualité de nos investissements.

Dès sa création, la CDC Bénin n'a pas été pensée comme un simple gestionnaire de ressources, mais comme un véritable outil de transformation économique au service des priorités nationales. 

Enfin, nous avons fait le choix d'intervenir sur des projets structurants capables de générer un impact durable sur l'économie béninoise, notamment dans les infrastructures, l'industrie, le logement, le développement territorial et les secteurs créateurs d'emplois.

      La confiance est le principal actif d'une Caisse des Dépôts. 

En cinq ans, la CDC Bénin a mobilisé plus de 1 100 milliards FCFA de ressources et approuvé plus de 760 milliards FCFA de financements au profit de projets structurants. Ces résultats démontrent qu'une CDC jeune peut rapidement devenir un acteur majeur du financement du développement lorsqu'elle bénéficie d'une vision claire et d'une gouvernance rigoureuse.

En cinq ans, la CDC Bénin a mobilisé plus de 1 100 milliards FCFA de ressources et approuvé plus de 760 milliards FCFA de financements au profit de projets structurants. 

L'engagement de l'État béninois a été absolument déterminant. Une Caisse des Dépôts ne peut pleinement jouer son rôle sans un cadre institutionnel solide, une vision de long terme et une volonté politique constante. Le soutien des autorités a permis d'installer la confiance nécessaire au développement de l'institution et à la mobilisation des ressources.

Une Caisse des Dépôts ne peut pleinement jouer son rôle sans un cadre institutionnel solide, une vision de long terme et une volonté politique constante. 

Quels enseignements les autres CDC africaines peuvent-elles tirer de cette expérience ?

Le principal enseignement est qu'une Caisse des Dépôts doit être pensée comme un investisseur de long terme et non comme un simple instrument financier. Ensuite, il faut comprendre que la confiance institutionnelle se construit dans la durée. Elle repose sur une gouvernance exemplaire, des impacts concrets et une gestion prudente des ressources confiées.

Un autre enseignement important est qu'il ne faut pas attendre d'avoir des ressources très importantes pour agir. Les premières années doivent être mises à profit pour construire la crédibilité institutionnelle, car la confiance précède toujours la mobilisation des ressources.

Il est essentiel d'ancrer l'action de la CDC dans les priorités de développement du pays. 

Enfin, il est essentiel d'ancrer l'action de la CDC dans les priorités de développement du pays. Chaque institution doit trouver son propre modèle, mais toutes doivent répondre à la même question : comment transformer les ressources locales en investissements créateurs de valeur pour les générations futures ?

Quels ont été les choix stratégiques les plus déterminants dans la montée en puissance de la CDC Bénin ?

Nous avons fait plusieurs choix structurants. D'abord, concentrer nos interventions sur des secteurs à fort effet d'entraînement économique. Ensuite, développer des partenariats avec des institutions nationales et internationales afin de renforcer nos capacités d'intervention et accroître l'effet de levier de nos investissements.

Nous avons également accordé une grande importance à l'innovation financière afin d'identifier de nouveaux mécanismes de mobilisation de ressources et de financement du développement. Enfin, nous avons privilégié une logique d'impact mesurable, avec une attention particulière portée à la création d'emplois, à l'industrialisation et au développement local.

C'est précisément cette complémentarité entre intérêt général et discipline financière qui constitue la valeur ajoutée des CDC. 

Nous avons également fait le choix d'assumer pleinement notre rôle d'investisseur d'intérêt général en intervenant là où le marché seul ne pouvait pas répondre aux besoins de financement de long terme. C'est précisément cette complémentarité entre intérêt général et discipline financière qui constitue la valeur ajoutée des CDC.

La bataille des ressources est aujourd'hui au cœur des préoccupations des CDC africaines. Quels sont selon vous les principaux gisements de fonds encore insuffisamment mobilisés ?

La réalité est qu'aucune de ces ressources ne doit être négligée. Les fonds dormants et les consignations constituent souvent un potentiel important qui demeure sous-exploité dans plusieurs pays. L'épargne retraite et l'épargne institutionnelle représentent également des leviers considérables pour financer des investissements de long terme, à condition de disposer d'un cadre prudentiel adapté.

Les fonds dormants et les consignations constituent souvent un potentiel important qui demeure sous-exploité dans plusieurs pays. 

Mais s'il y a aujourd'hui un gisement qui mérite une attention particulière, c'est celui de l'épargne de la diaspora africaine. Chaque année, les Africains de l'extérieur transfèrent plusieurs dizaines de milliards de dollars vers leurs pays d'origine.

Une grande partie de ces ressources est destinée à la consommation courante ou à des projets familiaux, ce qui est parfaitement légitime. Toutefois, nous devons aussi créer des mécanismes permettant à ceux qui le souhaitent d'investir dans le développement économique de leur pays de manière sécurisée, transparente et rentable.

S'il y a aujourd'hui un gisement qui mérite une attention particulière, c'est celui de l'épargne de la diaspora africaine. 

Les CDC ont un rôle naturel à jouer dans cette dynamique. Grâce à leur horizon d'investissement de long terme et à leur mission d'intérêt général, elles peuvent servir de passerelle entre l'épargne de la diaspora et les grands projets structurants dont nos économies ont besoin.

À terme, nous devons passer d'une logique de transfert à une logique d'investissement de la diaspora. Plus largement, je suis convaincue que le financement du développement africain passera d'abord par notre capacité collective à mieux mobiliser l'épargne africaine, qu'elle soit locale ou issue de notre diaspora. C'est l'un des grands enjeux de souveraineté économique pour notre continent.

Faut-il aller vers des dispositifs réglementaires plus contraignants afin de sécuriser davantage les ressources destinées aux CDC ?

Je parlerais davantage de dispositifs adaptés que de dispositifs contraignants. L'objectif n'est pas de créer des rigidités inutiles mais d'instaurer des mécanismes qui garantissent la stabilité des ressources confiées aux CDC tout en préservant la confiance des déposants.

Les expériences internationales montrent que lorsque le cadre réglementaire est clair, prévisible et cohérent, les CDC disposent des moyens nécessaires pour remplir pleinement leur mission de financement du développement. L'enjeu est donc moins celui de la contrainte que celui de la cohérence et de la sécurité juridique.

Quelles sont vos relations avec les CDC de la zone UEMOA, en particulier la CDC Côte d'Ivoire ?

Nos relations sont excellentes et reposent sur un esprit de coopération, de solidarité institutionnelle et de partage d'expériences. La CDC Bénin est convaincue que les défis auxquels nous faisons face sont largement communs. Nous avons donc tout intérêt à mutualiser nos connaissances, partager les bonnes pratiques et développer des initiatives conjointes.

Avec la CDC Côte d'Ivoire notamment, nous entretenons un dialogue régulier.

Sa montée en puissance constitue une excellente nouvelle non seulement pour la Côte d'Ivoire mais également pour l'ensemble de l'écosystème des CDC africaines. Plus nos institutions seront fortes, plus nous serons capables de mobiliser des ressources africaines au service du développement du continent.

Vous présidez aujourd'hui le Forum des Caisses de Dépôt. Quelle ambition portez-vous pour cette organisation ?

Notre ambition est de faire du Forum un véritable catalyseur d'actions collectives au service du développement africain. Nous souhaitons renforcer la coopération technique entre les membres, développer des instruments financiers innovants communs, favoriser le partage d'expériences et renforcer les partenariats avec les banques multilatérales de développement.

Le Forum doit devenir une plateforme capable de transformer les défis communs des CDC en solutions concrètes et opérationnelles. 

Pour la période 2026-2028, notre feuille de route s'articule autour de cinq priorités : renforcer la coopération entre les CDC, développer des instruments financiers communs, promouvoir le leadership féminin et la responsabilité sociétale, accélérer les transitions économiques et climatiques et positionner davantage les CDC comme des acteurs centraux du financement du développement africain. Le Forum doit devenir une plateforme capable de transformer les défis communs des CDC en solutions concrètes et opérationnelles.

Quelles sont aujourd'hui les principales attentes des CDC membres du Forum ?

Les attentes s'articulent autour de trois grands sujets. La première concerne l'accès aux ressources et aux mécanismes innovants de financement. La deuxième porte sur le renforcement des capacités techniques et le partage d'expertise.

Enfin, les membres souhaitent renforcer leur capacité d'influence auprès des partenaires financiers internationaux afin de mieux faire reconnaître le rôle stratégique des CDC dans le financement du développement.

Au fond, la réussite d'une Caisse des Dépôts repose sur une équation simple : confiance, vision de long terme et impact. 

Ils souhaitent également disposer d'une voix collective plus forte dans les grands débats internationaux sur le financement du développement, la mobilisation des ressources domestiques et la transition climatique.

Si vous deviez identifier les trois conditions indispensables à la réussite d'une Caisse des Dépôts en Afrique, lesquelles citeriez-vous ?

Il faut toujours partir d'une ...

Retrouvez la suite de cette interview dans le numéro de votre magazine téléchargeable gratuitement par un simple clic sur l'image ci-dessous.

Publié le 01/10/26 10:33

La Rédaction

SOYEZ LE PREMIER A REAGIR A CET ARTICLE

Pour poster un commentaire, merci de vous identifier.

zHUL_RZCmtNCLZIo0K34uF09c7d9kQWc5ya_GULpPjA False