Abidjan a accueilli, ce 10 juillet, un forum ministériel consacré aux minéraux critiques qui marque un changement d'ambition pour le continent, organisé par la Banque africaine de développement (BAD), en concertation avec les gouvernements africains et la Commission de l'Union africaine.
Face à l'explosion attendue de la demande mondiale en lithium, cobalt, cuivre ou terres rares, responsables africains et partenaires financiers plaident désormais pour une stratégie centrée sur la transformation locale plutôt que sur la simple exportation des matières premières, à travers cette conférence intitulée : ‘'Forum ministériel sur les minéraux critiques, les chaînes de valeur et la valorisation : voies de transformation pour l'Afrique''.
‘'L'Afrique est prête à faire des minéraux critiques un levier de transformation économique et industrielle'', a lancé le ministre ivoirien des Mines, du Pétrole et de l'Énergie, Sangafowa Coulibaly, appelant les pays africains à bâtir des chaînes de valeur régionales afin de capter une plus grande part de la richesse créée par la transition énergétique mondiale.
L'enjeu est considérable. Le continent concentre près de 30% des réserves mondiales de minéraux critiques, représentant une valeur estimée à 29 500 milliards de dollars, soit environ 20% des ressources mondiales. Plus de 8 600 milliards de dollars de ces richesses demeurent encore inexploités, alors que la demande mondiale devrait bondir d'ici 2040 de plus de 1000% pour les métaux du groupe du platine, de 842% pour le lithium et de 88% pour le cuivre. La chaîne de valeur mondiale des véhicules électriques et des batteries devrait, quant à elle, passer de 7 000 milliards de dollars en 2030 à 59 000 milliards de dollars en 2050.
Pour la Côte d'Ivoire, cette dynamique constitue un pilier de sa stratégie de développement. Le gouvernement entend s'appuyer sur une politique intégrée des ressources minérales et de l'énergie couvrant la période 2026-2040, représentant 38 000 milliards FCFA d'investissements, dont 88% seront portés par le secteur privé. Le pays estime par ailleurs que près des trois quarts de son territoire pourraient receler des minéraux critiques.
Le président de la BAD, Sidi Ould Tah, a appelé à un ‘'changement de paradigme'' afin que l'Afrique transforme enfin ses ressources naturelles en prospérité durable. Il a dénoncé plusieurs paradoxes structurels du continent, notamment celui d'une Afrique qui rassemble 18% de la population mondiale, mais ne contribue qu'à 3% du PIB mondial, tout en attirant seulement 6% des investissements directs étrangers.
Pour lever ces contraintes, l'institution financière panafricaine entend mobiliser de nouveaux mécanismes de garantie, les capitaux des investisseurs institutionnels africains, un dispositif renforcé de préparation des projets ainsi que des solutions de financement destinées à accélérer l'industrialisation du continent.
Au-delà des annonces, le message envoyé depuis Abidjan est sans équivoque : l'Afrique ne souhaite plus être uniquement un fournisseur de minerais stratégiques, mais devenir un acteur majeur des chaînes de valeur mondiales de la transition énergétique.
Publié le 10/07/26 19:31
Dr Ange Ponou
SN
CEMAC