Le Nigeria accélère sa stratégie de relance de l'investissement dans le secteur des hydrocarbures. En effet, la Commission nigériane de réglementation du secteur pétrolier en amont (NUPRC), le regulateur, a officiellement lancé le cycle d'octroi de licences 2026, avec la mise aux enchères de 40 blocs pétroliers et gaziers, répartis entre les zones terrestres, les eaux peu profondes et les eaux profondes.
Le lancement de cet appel d'offres ce 7 octobre, d'après Reuters, intervient après l'approbation du président Bola Tinubu, également ministre des Ressources pétrolières. À travers cette nouvelle opération, Abuja cherche à attirer davantage de capitaux privés et internationaux vers l'amont pétrolier, alors que le pays veut accroître sa production et mieux valoriser ses importantes ressources en hydrocarbures. Les détails relatifs aux blocs concernés, aux critères d'éligibilité et aux modalités de participation devraient être publiés sur le portail dédié au cycle 2026 et sur le site de la NUPRC.
Pour Oritsemeyiwa Eyesan, directrice de la NUPRC, la compétition pour les capitaux destinés à l'exploration et à la production est devenue particulièrement intense. Le Nigeria veut donc offrir aux investisseurs un cadre plus prévisible, avec des règles clairement définies et un accès accru aux données techniques. Le cycle 2026 introduira ainsi plusieurs mesures destinées à renforcer la transparence du processus. Les sociétés candidates devront notamment déclarer leurs bénéficiaires effectifs. La NUPRC prévoit également une publication plus détaillée de sa méthodologie d'évaluation ainsi qu'une communication plus complète des résultats de l'appel d'offres.
Ces mesures répondent notamment aux recommandations formulées par l'Initiative pour la transparence des industries extractives du Nigeria (NEITI), qui avait identifié des améliorations possibles concernant la méthodologie d'évaluation, la publication des résultats et l'accès du public aux informations relatives aux soumissions.
1,82 million de barils par jour
Cette nouvelle opération intervient dans un contexte de redressement de la production nigériane. Selon le ministre d'État aux Ressources pétrolières, Heineken Lokpobiri, cité par le confrère, la production de pétrole brut et de condensats a atteint 1,82 million de barils par jour, soit une progression de plus de 80% depuis l'arrivée au pouvoir de l'administration de Bola Tinubu en 2023. Cette hausse s'accompagne d'une reprise de l'activité de forage. Plus de 73 plateformes seraient actuellement opérationnelles dans le pays.
La NUPRC indique par ailleurs avoir approuvé, depuis 2024, 120 plans de développement de champs pétroliers et gaziers, représentant environ 47,6 milliards de dollars d'engagements de capitaux. Une fois ces projets pleinement développés, ils pourraient ajouter jusqu'à 1,74 million de barils de pétrole par jour et 13,9 milliards de pieds cubes standard de gaz par jour à la capacité de production du Nigeria.
Abuja vise 3 millions de barils par jour d'ici 2030
Le gouvernement nigérian entend aller plus loin. La NUPRC estime que les actifs issus des précédents cycles d'attribution, s'ils sont développés conformément aux plans, pourraient générer environ 500 millions de barils de réserves supplémentaires et au moins 300 000 barils par jour de production additionnelle de pétrole brut et de condensats à l'horizon de cinq ans. Cette contribution doit soutenir l'objectif national de porter la production à 3 millions de barils par jour d'ici 2030.
L'enjeu porte également sur le gaz. Les actifs concernés pourraient apporter environ 20 000 milliards de pieds cubes de réserves gazières, ainsi qu'une capacité supplémentaire de production annoncée à environ 50 millions de pieds cubes standard par jour, en soutien à la stratégie gouvernementale de développement du gaz.
Au-delà des nouveaux blocs, Abuja cherche également à récupérer une partie de sa capacité de production existante. La NUPRC a identifié environ 788 000 barils par jour de production à l'arrêt auprès de 63 opérateurs. La remise en service de ces volumes constitue l'une des priorités immédiates du régulateur. La commission veut également faire avancer des projets offshore représentant entre 30 et 50 milliards de dollars vers leurs décisions finales d'investissement. L'objectif est ainsi de combiner l'exploitation des ressources existantes avec l'ouverture de nouvelles zones à l'investissement.
Le succès du cycle 2025 comme point de départ
Le cycle 2026 s'inscrit dans la continuité des opérations précédentes menées par la NUPRC. Lors du cycle d'octroi de licences de 2025, 143 entreprises avaient déposé 200 offres, permettant à 31 d'entre elles de remporter 37 blocs. La commission avait alors constaté un intérêt accru pour des bassins situés au-delà des zones pétrolières traditionnelles du delta du Niger, notamment les bassins d'Anambra, de la Bénoué, du Tchad et du Bénin.
Depuis l'entrée en vigueur de la PIA en 2021, trois exercices d'octroi de licences ont été conduits par la NUPRC : le mini-appel d'offres offshore de 2022, le cycle nigérian de 2024 et celui de 2025. Ces opérations ont abouti à l'attribution de 57 licences de prospection pétrolière. Avec les 40 blocs proposés en 2026, le Nigeria entend donc maintenir cette dynamique tout en améliorant la qualité et la prévisibilité du processus. Pour Abuja, il s'agit de transformer les ressources disponibles en investissements, en production supplémentaire et, à terme, en recettes pour l'économie nigériane, dans un marché mondial où les capitaux consacrés aux hydrocarbures sont de plus en plus disputés.
Publié le 07/10/26 12:52
Narcisse Angan
SN
CEMAC