Face à l'érosion de sa production pétrolière et à des années de sous-investissement, le Nigeria opère un virage stratégique majeur. En effet, le premier producteur de brut d'Afrique a décidé d'abaisser drastiquement les barrières financières à l'entrée de son cycle d'octroi de licences pétrolières et gazières 2025, tout en renforçant les mécanismes de transparence, dans l'espoir d'attirer de nouveaux capitaux et de remettre son industrie extractive sur une trajectoire de croissance.
Au cœur de cette réforme, figure la réduction significative de la prime de signature ou droit d'entrée désormais fixée entre 3 et 7 millions de dollars, contre 10 millions de dollars en 2024 et jusqu'à plus de 200 millions de dollars, il y a encore quelques années. Une décision assumée par la NUPRC, Commission nigériane de régulation du secteur pétrolier en amont, qui entend rendre le marché plus accessible et compétitif à l'échelle internationale.
Lancé depuis le mois de décembre dernier, après plusieurs reports, le cycle d'octroi de licences 2025 porte sur 50 blocs pétroliers et gaziers. Dans le détail, s'agit de 15 blocs à terre, 19 en eaux peu profondes, 15 dans des bassins frontaliers et un bloc en eaux profondes. Abuja a par ailleurs annoncé que ces cycles deviendraient annuels, une rupture avec les pratiques passées, destinée à offrir davantage de visibilité et de prévisibilité aux investisseurs.
Cet appel d'offres est central dans l'ambition du Nigeria de porter sa production de 1,5 million de barils par jour actuellement à 2,7 millions de barils par jour d'ici 2027, tout en augmentant ses recettes publiques, ses réserves et les flux d'investissements étrangers. Selon la NUPRC, la baisse des coûts d'entrée vise à déplacer le curseur de la seule capacité financière vers des critères plus structurels : compétence technique, programmes de travail crédibles, solidité financière et rapidité de mise en production. Les majors internationales semblent sensibles à ce changement d'approche. TotalEnergies a déjà confirmé son intérêt pour la vente aux enchères, tandis que Chevron a annoncé en décembre sa participation au processus.
Transparence renforcée et digitalisation du processus
Au-delà des incitations financières, le Nigeria mise sur la crédibilité du cadre réglementaire pour restaurer la confiance. Dans cette optique, le cycle d'octroi des licences sera placé sous la surveillance du NEITI – l'organisme nigérian membre de l'Initiative pour la transparence dans les industries extractives (ITIE), ainsi que d'autres agences gouvernementales. Le processus sera entièrement numérisé, avec un portail en ligne permettant l'accès aux données et le dépôt des offres, une innovation destinée à limiter les opacités et à renforcer la traçabilité.
Très dépendant du pétrole pour ses recettes d'exportation, le Nigeria cherche à redynamiser un secteur affaibli par les problèmes de sécurité dans le delta du Niger, le vieillissement des infrastructures et le manque d'investissements ces dernières années. Des incitations spécifiques ont également été prévues pour les projets en eaux profondes, les initiatives exclusivement gazières et les améliorations de rentabilité, afin d'élargir la base énergétique du pays.
Publié le 29/01/26 17:40
Narcisse Angan
SN
CEMAC