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RDC : Kinshasa accélère la cartographie minière pour mieux attirer les capitaux étrangers

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La République démocratique du Congo pousse simultanément deux leviers pour renforcer son poids dans l'économie mondiale des matières premières. D'un côté, les autorités ont récemment finalisé les préparatifs d'un vaste programme de cartographie géophysique destiné à mieux connaître le sous-sol national. De l'autre, elles multiplient les signaux d'ouverture adressés aux investisseurs internationaux.

Le 23 février 2026, le ministre des Mines Louis Watum Kabamba a réuni le comité de pilotage chargé du programme national de cartographie géophysique aéroportée et géologique, marquant l'entrée effective du projet dans sa phase d'exécution. L'initiative repose sur un contrat de 298,7 millions USD signé fin janvier 2026 avec la société Xcalibur Multiphysics Group, chargée de produire une couverture géophysique moderne du territoire congolais à partir de levées aériennes à haute résolution combinés à des analyses géologiques et géochimiques avancées.

Le programme doit se déployer sur trois ans et couvrir plus de 700 000 kilomètres carrés, notamment dans les régions du Kasaï, du Kwango, du Kongo Central et du Katanga. Il prévoit une campagne aérienne massive comprenant des relevés magnétiques, radiométriques, gravimétriques et électromagnétiques. Plus de 2,7 millions de kilomètres linéaires de vol sont programmés avec des lignes espacées d'environ 250 mètres afin de produire des données détaillées sur la structure du sous-sol.

Un avion équipé du système électromagnétique Tempest sera mobilisé pendant la saison sèche pour collecter à lui seul plus de 300 000 kilomètres linéaires de données supplémentaires. Ces informations seront croisées avec l'imagerie satellite, les observations de terrain et les données géologiques existantes. Des missions au sol viendront compléter les mesures aériennes, incluant cartographie géologique, échantillonnages géochimiques et validation technique en coopération avec le Service géologique national et des entreprises locales.

Toutes les données seront intégrées dans une plateforme numérique utilisant l'intelligence artificielle afin de générer des modèles interprétatifs et des cartes de prospectivité. Kinshasa entend conserver la propriété complète des informations produites pour appuyer la planification minière, la certification des ressources et les négociations futures avec les opérateurs.

Pour le gouvernement congolais, disposer d'une base géologique fiable constitue un instrument économique autant que technique. Le ministre des Mines a insisté sur la dimension stratégique du programme, estimant qu'il doit réduire le risque exploratoire, améliorer la gouvernance des données et renforcer durablement les capacités nationales.

Une stratégie de séduction assumée envers les investisseurs

Cette accélération intervient alors que la RDC tente de capter davantage de capitaux dans un contexte mondial marqué par la compétition pour les minerais critiques nécessaires aux technologies numériques et à la transition énergétique.

Kinshasa a récemment signé un cadre de coopération avec Washington portant sur les chaînes d'approvisionnement en minerais stratégiques. Face aux critiques internes, Louis Watum Kabamba a tenu à clarifier la portée de cet accord. " Tout ce que nous avons fait avec les États-Unis est un cadre dans lequel nous allons discuter des questions d'intérêt mutuel. C'est tout ", a-t-il déclaré, ajoutant que ce partenariat pourrait déboucher sur des projets concrets comme rester sans suite.

Le ministre a également rejeté toute idée d'exclusivité et insisté sur la poursuite des discussions avec d'autres partenaires internationaux. " Nous n'avons rien vendu. Et nous ne vendrons rien pour rien ", a-t-il affirmé, soulignant que la politique minière congolaise vise à préserver les intérêts nationaux tout en restant ouverte aux capitaux étrangers.

Dans ses prises de parole publiques, le responsable congolais cherche à convaincre les opérateurs que le potentiel reste largement inexploité. " Le potentiel minier n'est exploité qu'à moins de 10 %. Les 90 % restants sont ouverts à tout partenariat ", a-t-il expliqué dans une interview, invitant les investisseurs " américains ou non américains " à dépasser les perceptions négatives sur le pays et à observer les réformes en cours.

Il met en avant l'existence d'un cadre légal protégeant les investissements, ainsi que des réformes liées aux zones économiques spéciales, aux guichets uniques et aux facilités fiscales et douanières destinées à fluidifier l'installation des entreprises. Selon lui, ces éléments expliquent pourquoi plusieurs multinationales continuent d'augmenter leurs engagements financiers dans le pays.

La RDC accueille déjà plusieurs groupes majeurs du secteur minier mondial. Des sociétés occidentales comme Glencore ou Ivanhoe Mines exploitent d'importants projets, tandis que des entreprises chinoises telles que CMOC Group ou Zijin Mining contrôlent certains des actifs les plus stratégiques du pays. Depuis plus d'une décennie, une part importante de la production de cuivre et de cobalt issue de ces sites est orientée vers la Chine pour transformation.

Avec plus de 70% de l'offre mondiale de cobalt et une production d'environ 3,3 millions de tonnes de cuivre en 2024 selon les chiffres cités par Reuters, la RDC occupe déjà une place centrale dans l'approvisionnement mondial. Le gouvernement estime toutefois que la connaissance encore partielle du sous-sol limite la découverte de nouveaux gisements et réduit la capacité de l'État à optimiser les retombées économiques.

 Perton Biyiha

Publié le 25/02/26 09:36

La Rédaction

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