Kinshasa met en œuvre une stratégie ambitieuse d'industrialisation autour du fer avec le projet Mines de Fer de la grande Orientale (MIFOR), présenté au dernier conseil des ministres du vendredi 9 janvier 2025 par le ministre des Mines. Pour la première fois, la République démocratique du Congo (RDC) veut exploiter — à grande échelle — ce gisement estimé selon des données officielles, entre 15 et 20 milliards de tonnes de minerai de fer à plus de 60 % de teneur, plaçant le pays parmi les plus riches au monde en ressources ferrifères inexploitées.
L'objectif affiché n'est pas seulement minier mais économique. "structurer une filière industrielle intégrée qui alimente des chaînes de transformation à forte valeur ajoutée, génère des recettes durables et améliore l'équilibre macroéconomique national. Cette démarche s'appuie sur l'idée que la mine peut devenir un instrument financier au service de la création d'actifs nationaux à long terme" , a expliqué le ministre des Mines.
Le projet est dimensionné pour une production initiale d'environ 50 millions de tonnes par an, avec une capacité potentielle allant jusqu'à 300 millions de tonnes, similaire à des grands bassins ferrifères internationaux. MIFOR prévoit aussi la construction d'une infrastructure logistique multimodale combinant rail lourd, transport fluvial sur le fleuve Congo et accès au port en eaux profondes de Banana, liant production et exportation. L'investissement initial est estimé à 28,9 milliards USD pour cette première phase, avec un modèle économique sur 25 ans qui projette un chiffre d'affaires cumulé supérieur à 679 milliards USD et un cashflow net de plus de 308 milliards USD.
Cette initiative intervient alors que la RDC cherche à diversifier son économie minière, traditionnellement dominée par le cuivre et le cobalt, exportés depuis plus d'un siècle. Le pays est aujourd'hui un acteur majeur du cuivre global et le principal fournisseur de cobalt au monde. En 2024, la RDC a exporté un record d'environ 3,1 millions de tonnes de cuivre.
Quant au cobalt, il occupe une place stratégique dans l'économie congolaise en tant que composant clé des batteries lithium-ion, essentielles aux véhicules électriques et aux technologies propres.Historiquement, la RDC représentait plus de 70 % de la production mondiale de cobalt. En 2025, face à une chute prolongée des cours mondiaux (atteignant des niveaux bas de plusieurs années), les autorités ont suspendu l'exportation du cobalt en février 2025 pour stabiliser le marché et réguler l'exploitation informelle, une mesure qui s'est prolongée avant d'être transformée en système de quotas d'exportation à partir d'octobre 2025.
Ce régime de quotas, visant à mieux valoriser ce métal stratégique et à éviter une surabondance qui pèse sur les prix internationaux, a restreint temporairement l'accès des entreprises à l'exportation, avec des volumes planifiés plafonnés à quelques dizaines de milliers de tonnes pour la fin 2025 et des niveaux annuels fixés pour 2026-2027.
Perton Biyiha
La Rédaction
Publié le 12/01/26 13:57


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