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‘’Redistribuer 65% des gains annuels des milliardaires suffirait à éliminer l’extrême pauvreté mondiale’’

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Dans son nouveau rapport intitulé ‘'Résister au règne des plus riches : défendre la liberté contre le pouvoir des milliardaires'', l'ONG Oxfam dresse un constat sans appel : la richesse mondiale n'a jamais été aussi concentrée entre les mains d'une minorité. En 2025, la planète compte plus de 3 000 milliardaires, dont la fortune cumulée atteint 18 300 milliards de dollars. Depuis mars 2020, cette richesse a progressé de plus de 8 200 milliards de dollars, soit une hausse de 81% en termes réels, un rythme 3 fois supérieur à celui observé au cours des 5 années précédentes.

Cette accélération contraste brutalement avec la situation de la majorité de la population mondiale. Oxfam souligne que les revenus réels stagnent pour des milliards d'individus, tandis que la réduction de la pauvreté marque un net ralentissement. En 2022, près de 3,83 milliards de personnes vivaient encore dans la pauvreté, soit près de 48% de l'humanité. Et à politiques inchangées, près de 2,9 milliards de personnes pourraient encore être pauvres en 2050.

La concentration atteint un niveau inédit. Les 12 personnes les plus riches de la planète possèdent désormais davantage que les individus les plus pauvres de l'humanité, soit plus de 4 milliards de personnes. Les 10 premiers milliardaires détiennent à eux seuls une richesse supérieure à celle cumulée de millions de foyers. Selon Oxfam, l'augmentation annuelle de la fortune des milliardaires suffirait à verser environ 250 dollars à chaque habitant de la planète sans même entamer leur domination patrimoniale.

Mais le rapport va bien au-delà d'un simple diagnostic économique. Il établit un lien direct entre inégalités extrêmes et fragilisation des démocraties. Les pays où la concentration de richesse est la plus forte ont jusqu'à 7 fois plus de risques de voir leurs institutions démocratiques s'éroder. En 2024, 1/4 des pays du monde ont connu un recul des libertés politiques et civiles. Près de 3/4 de la population mondiale vit désormais sous des régimes autoritaires ou engagés dans une trajectoire de régression démocratique.

Pour Oxfam, la richesse extrême devient un facteur de déséquilibre politique. L'influence des milliardaires dépasse le champ économique pour s'étendre au cœur du pouvoir public. Ils ont plus de 4 000 fois plus de chances qu'un citoyen ordinaire d'accéder à une fonction politique. Aux États Unis, les grandes fortunes ont injecté 2,6 milliards de dollars dans les élections fédérales de 2024, soit près de 1/6 de l'ensemble des dépenses électorales. Les entreprises liées aux 10 hommes les plus riches du monde ont consacré 88 millions de dollars au lobbying en une seule année, davantage que l'ensemble des syndicats réunis.

Ce basculement alimente un sentiment de défiance croissant envers les institutions. Dans 36 pays sondés par Oxfam, 86% des personnes interrogées estiment que l'influence politique excessive des plus riches constitue la première cause des inégalités économiques. L'idée selon laquelle l'argent dicte de plus en plus les décisions publiques s'impose dans l'opinion.

Le rapport insiste cependant sur le fait que cette situation n'a rien d'inéluctable. Une redistribution équivalente à seulement 65% de la richesse gagnée par les milliardaires sur une seule année suffirait à éradiquer l'extrême pauvreté à l'échelle mondiale. L'écart entre ce qui est économiquement possible et ce qui est politiquement réalisé illustre l'ampleur du blocage.

Pour Oxfam, l'enjeu est désormais civilisationnel. La poursuite du ‘'règne des plus riches'' sans régulation risque d'ancrer l'économie mondiale dans une logique oligarchique, où la croissance bénéficie structurellement à une minorité tandis que la majorité voit ses perspectives se refermer. À l'inverse, une politique volontariste combinant fiscalité progressive, lutte contre l'évasion fiscale, redistribution ciblée et régulation de l'influence économique pourrait réconcilier croissance, démocratie et cohésion sociale.

Publié le 26/01/26 19:23

Dr Ange Ponou

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