menu mobile
L’information économique au cœur des marchés africains

Tchad : Fitch maintient la note souveraine à " B- "

BRVMC0000000 - BRVMC
La BRVM Ferme dans 3h58min

Fitch Ratings a confirmé, le 8 octobre 2026, la note de défaut émetteur à long terme du Tchad en devises étrangères à " B- ", assortie d'une perspective stable. Cette décision traduit un équilibre entre les fragilités structurelles de l'économie tchadienne et des facteurs de soutien, notamment un endettement public relativement faible, la prédominance des financements extérieurs concessionnels et l'appui des partenaires au développement.

Dans son communiqué, l'agence explique que " la note reflète le très faible PIB par habitant du Tchad, qui représente environ 35 % de la médiane actuelle des pays notés "B", la faiblesse de la gouvernance, le poids élevé du secteur informel ainsi qu'une forte dépendance au pétrole ". Ces contraintes continuent de limiter la capacité du pays à renforcer ses ressources internes et à diversifier durablement son économie.

Les faiblesses institutionnelles constituent également un facteur de risque pour la solvabilité souveraine. Le Tchad se situe au 10e percentile des indicateurs de gouvernance de la Banque mondiale, contre une médiane au 36e percentile pour les pays notés " B ". Les capacités institutionnelles limitées, la corruption et les insuffisances de l'État de droit pèsent ainsi sur son profil de crédit. 

Recettes pétrolières : une évolution tributaire des cours internationaux

Sur le plan budgétaire, Fitch prévoit un solde globalement équilibré en 2026, avant l'apparition d'un déficit moyen de 0,7 % du produit intérieur brut (PIB) en 2027 et 2028. La réalisation de cette trajectoire dépendra notamment de la capacité des autorités à accroître les recettes fiscales non pétrolières. Pour y parvenir, le gouvernement mise sur plusieurs leviers, dont la facturation électronique, le développement des paiements numériques et la modernisation des douanes.

Cette volonté de renforcer les recettes internes intervient alors que les revenus pétroliers, essentiels à l'équilibre des finances publiques, devraient évoluer de manière contrastée. Fitch anticipe une hausse de ces recettes en 2026, suivie d'un recul au cours des deux années suivantes. Cette évolution serait principalement liée aux hypothèses de prix du pétrole retenues par l'agence, plutôt qu'à une contraction de la production nationale.

Fitch table ainsi sur un prix moyen du baril de Brent de 87 dollars en 2026, contre 70 dollars en 2027 et 60 dollars en 2028. La production pétrolière tchadienne devrait, pour sa part, rester globalement stable, les nouveaux projets devant compenser le déclin naturel des champs matures. La baisse attendue des cours pourrait néanmoins réduire les recettes budgétaires et accentuer la nécessité d'élargir l'assiette fiscale hors pétrole.

Une croissance soutenue par les secteurs non pétroliers

Au-delà des recettes publiques, les perspectives économiques du pays reposent sur la progression des activités non pétrolières. Fitch prévoit une croissance moyenne du PIB réel de 4,1 % sur la période 2026-2028, portée notamment par l'agriculture, les services, les mines et la construction. Ces secteurs devraient bénéficier des investissements dans les infrastructures et de la mise en œuvre du programme national de développement " Tchad Connexion 2030 ".

Cette projection reste toutefois conditionnée à l'exécution effective des investissements annoncés. Fitch souligne que plusieurs projets se trouvent encore à un stade précoce et que leur calendrier de réalisation demeure incertain. Les retards éventuels pourraient donc limiter les retombées économiques attendues et compromettre, en partie, la dynamique de croissance anticipée.

La concrétisation de ces investissements dépendra également de la capacité du gouvernement à mobiliser des financements dans un environnement régional contraignant. Le recours au marché des titres publics de la Communauté économique et monétaire de l'Afrique centrale (CEMAC) demeure coûteux, en raison des taux d'intérêt élevés et de conditions de souscription difficiles. Le Tchad conserve néanmoins un accès jugé relativement fiable à ce marché, notamment grâce à ses performances en matière d'émissions de titres publics et à la participation des spécialistes en valeurs du Trésor.

Le poids du service de la dette reste contenu

Dans ces conditions, Fitch estime que le Tchad devrait pouvoir refinancer ses échéances intérieures, tout en couvrant principalement ses besoins nets de financement grâce à des ressources extérieures concessionnelles. Cette structure de financement contribue à contenir les pressions sur les finances publiques, malgré le coût élevé des emprunts sur le marché régional.

Selon les projections de l'agence, l'amortissement de la dette publique représentera 3,9 % du PIB en 2026, avant de revenir à une moyenne de 2,7 % sur les deux années suivantes. Ces niveaux restent inférieurs à la médiane prévisionnelle de 7 % pour les pays notés " B ". Cette différence constitue un facteur de soutien pour le profil de crédit du Tchad, même si la soutenabilité de sa dette dépendra aussi de l'évolution des recettes publiques et de ses conditions d'accès aux financements.

Le conflit soudanais et le programme du FMI sous surveillance

Outre les facteurs économiques et budgétaires, l'évolution de la note souveraine dépendra de l'environnement sécuritaire et du maintien de la coopération financière internationale. Le conflit au Soudan continue notamment de peser sur le Tchad, qui accueille des réfugiés et doit faire face à des besoins humanitaires supplémentaires. Si Fitch considère que les répercussions sécuritaires restent, à ce stade, contenues, une extension des combats pourrait accroître les dépenses publiques, perturber l'activité économique et fragiliser les équilibres budgétaires.

Le maintien de la perspective stable demeure ainsi conditionné à la maîtrise de ces risques et à la capacité des autorités à préserver l'accès aux financements. Fitch identifie plusieurs facteurs susceptibles d'entraîner une dégradation de la note : des difficultés majeures de refinancement des échéances, une hausse marquée de l'endettement sous l'effet des déficits primaires ou une déstabilisation intérieure provoquée par l'aggravation du conflit soudanais.

Claude Paul Tjeg 

Publié le 12/10/26 13:02

La Rédaction

SOYEZ LE PREMIER A REAGIR A CET ARTICLE

Pour poster un commentaire, merci de vous identifier.

GOifwihc8oGkYVJWX269BRYhL_IHUwTxuSEQlkoKXjc False