Tribune/Banques multilatérales de développement et Chambres de commerce : L'alliance nécessaire pour libérer le secteur privé africain*
*Par Franchy NAGO, Directeur du Département Développement Pays BOAD
L'Afrique ne manque pas de potentiel économique, mais d'irrigation efficace de son tissu entrepreneurial. Création d'emplois, industrialisation, transition énergétique, digitalisation : le secteur privé est appelé à porter la transformation du continent. Pourtant, pour une immense majorité de nos entreprises, l'accès aux financements, aux marchés, et à la compétence demeure un parcours du combattant. Face à ce défi structurel, aucun acteur ne peut agir seul.
Des rôles différents, une même ambition
Les Banques multilatérales de développement (BMD) et les Chambres de commerce interviennent auprès du même écosystème, mais selon des trajectoires trop souvent parallèles. Les BMD mobilisent des ressources de long terme, structurent des financements complexes, partagent les risques et financent la transformation à grande échelle. Les Chambres de commerce, ancrées dans le quotidien des entrepreneurs, connaissent leurs contraintes, représentent leurs intérêts et favorisent le dialogue, et maillent le territoire.
Le diagnostic est simple : la Banque dispose d'instruments puissants sans toujours toucher les réalités fines du terrain. La Chambre de commerce connaît précisément ces besoins sans avoir les capacités financières d'y répondre. Leur rapprochement n'est pas une option, c'est une exigence opérationnelle.
Faire du secteur privé le moteur de Djoliba…La Suite
Cette conviction est au coeur de la vision de la Banque Ouest Africaine de Développement (BOAD). À travers son plan stratégique " Djoliba… La Suite " 2026-2030, la BOAD s'est engagée à consacrer la moitié de ses interventions au développement du secteur privé.
Toutefois, injecter des liquidités ne suffit pas. L'enjeu critique réside dans l'orientation de ces ressources vers les entreprises à fort impact, au moment opportun et sous une forme adaptée à leur degré de maturité.
Transformer les idées en projets bancables
L'un des principaux verrous du financement en Afrique réside dans la préparation des dossiers. Nombre d'initiatives à fort potentiel échouent à mobiliser des fonds faute d'un modèle économique formalisé, d'une gouvernance structurée ou d'études de faisabilité conformes aux exigences financières.
Ensemble, BMD et Chambres de commerce peuvent lever ce verrou. En combinant assistance technique, diagnostics d'entreprises, formations sectorielles, et forums d'investissement, nous pouvons transformer le vivier d'idées locales en un portefeuille de projets bancables, prêts pour les investisseurs.
Faire des Chambres de commerce de véritables passerelles stratégiques
Face à un large écosystème du financement du développement, des fonds de garanties et des lignes de crédit et programmes d'appui, l'entrepreneur se trouve souvent désorienté. Les Chambres de commerce doivent jouer un rôle de passerelle et de facilitateur. Elles doivent orienter les entreprises vers les instruments adéquats et faire remonter aux institutions financières les signaux faibles du marché.
Cette synergie prend tout son sens dans la territorialisation du développement. Les besoins d'un projet agro-industriel dans une région ne sont pas ceux d'une startup numérique basée dans une capitale. La proximité des Chambres de commerce, combinée aux capacités d'intervention des BMD, permet d'apporter des réponses sur-mesure.
Construire la synergie des initiatives
Il ne s'agitni de multiplier les déclarations d'intention, mais de convertir le dialogue en partenariats bancables et mesurables. Pour les BMD, cela exige une écoute renforcée des dynamiques locales. Pour les Chambres de commerce, cela implique de consolider leur rôle d'interface stratégique entre les entreprises et les bailleurs de fonds.
L'avenir du financement du secteur privé africain ne se jouera pas dans la superposition des initiatives mais dans leur convergence. En connectant la rigueur de nos instruments financiers à la vitalité de nos territoires, nous ferons émerger des entreprises plus compétitives, plus résilientes et pleinement capables d'incarner l'ambition d'une Africaine prospère.
Publié le 14/10/26 11:34
Communiqué
SN
CEMAC