Le Zimbabwe est l'un des pays africains dont la politique monétaire a été des plus désastreuses, marquée par une longue période d'hyperinflation. Cette situation qui a occasionné une perte totale de confiance vis-à-vis de la monnaie locale, le dollar zimbabwéen, a obligé le gouvernement d'alors à recourir à la dollarisation entre 2009 et 2019.
Ce mécanisme consiste en l'abandon de la monnaie locale au profit d'une monnaie étrangère (le dollar ici en l'occurrence) dans les transactions commerciales locales. Il est surtout utilisé dans les Etats en proie à une forte instabilité économique et monétaire pour apporter notamment certains avantages économiques, à savoir la crédibilité internationale et la facilité des échanges.
Récemment, le gouverneur de la Banque centrale, John Mangudya, a balayé tout retour à la dollarisation alors que le pays essaie d'asseoir une politique monétaire qui inspire à nouveau confiance et dont les premiers effets se font peu à peu sentir. En effet, le taux d'inflation est passé de 321,59% en février 2021 à 60,6% en janvier 2022.
"Le dollar zimbabwéen, réintroduit il y a trois ans, représente 56% des dépôts bancaires, le reste étant constitué de devises étrangères, ce qui montre qu'il n'y a pas suffisamment de liquidités en devises étrangères pour soutenir la dollarisation au Zimbabwe", a-t-il justifié.
"Le système actuel dans lequel le dollar zimbabwéen et les devises étrangères sont utilisés pour les paiements est idéal pour promouvoir la croissance et la compétitivité de l'économie", a renchéri le gouverneur.
Cette sortie du gouverneur intervient dans un contexte où la monnaie locale s'est dépréciée de 22% depuis octobre 2021 par rapport au dollar américain. Cela a contribué à alimenter l'inflation qui est passée de 54,5% à 60,6% sur la période.
Ce constat ne ferait qu'entamer davantage la confiance des ménages vis-à-vis de la monnaie locale qui continuent à presque tout acheter avec le billet vert, que ce soit pour l'achat de carburant à la nourriture en passant par les médicaments et les frais de scolarité. De plus, les fonctionnaires et les employés de banque ont demandé à être payés en dollar.
Le combat pour l'adoption de la monnaie locale par la population demeure encore loin d'être gagné pour le gouvernement zimbabwéen pour qui l'ancienne ère de la dollarisation a eu des conséquences sévères, notamment en termes de perte de compétitivité de l'économie et d'alourdissement du service de la dette étrangère.
Publié le 08/02/22 11:44
Dr Ange Ponou
SN
CEMAC