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À Brazzaville, la BAD sonne l’heure de la souveraineté financière africaine

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À l'ouverture des 61es Assemblées annuelles du Groupe de la Banque africaine de développement (BAD) à Brazzaville, le nouveau président de l'institution, Sidi Ould Tah, a lancé un plaidoyer offensif pour une refonte profonde du financement du développement africain.

Dans un contexte mondial marqué par les tensions géopolitiques, le recul de l'aide publique et le renchérissement du capital, le patron de la BAD a appelé le continent à bâtir sa propre architecture financière afin de transformer son immense potentiel en puissance économique réelle.

Devant les présidents Denis Sassou N'Guesso, Brice Oligui Nguema et Faustin-Archange Touadéra, réunis au Centre international de conférences de Kintélé, le dirigeant mauritanien a dressé un constat sans détour sur les contradictions économiques africaines.

‘'Les ambitions de l'Afrique ont désormais dépassé l'architecture financière disponible pour les accompagner'', a-t-il affirmé, estimant que le véritable défi du continent n'était plus l'absence de ressources, mais sa capacité à les canaliser vers des investissements productifs.

Le président de la BAD a particulièrement insisté sur les ‘'3 grands paradoxes'' africains. Premier paradoxe, celui d'un continent représentant près de 18% de la population mondiale et disposant d'environ 30% des réserves minières mondiales, mais pesant seulement 3% du commerce international. Deuxième paradoxe, celui d'une Afrique confrontée à des besoins annuels de financement supérieurs à 400 milliards de dollars tout en disposant de plus de 4 000 milliards de dollars d'épargne et d'actifs domestiques. Enfin, le paradoxe des opportunités, avec un continent offrant certains des marchés d'investissement les plus prometteurs au monde mais captant moins de 1% des flux mondiaux d'investissements directs étrangers.

‘'La question n'est plus de savoir si l'Afrique a du potentiel. Ce débat est dépassé'', a martelé Sidi Ould Tah. ‘'La véritable question est de savoir si nous sommes capables de transformer les actifs de l'Afrique en investissements productifs, en emplois pour notre jeunesse et en influence économique mondiale''.

Dans une intervention très structurée, le président de la BAD a plaidé pour une transformation du rôle même de l'institution panafricaine. Selon lui, la Banque ne peut plus se limiter à financer des projets publics comme par le passé. Elle doit désormais devenir une ‘'institution catalytique'', capable de réduire les risques, mobiliser les capitaux privés et connecter les investisseurs internationaux aux opportunités africaines.

‘'Les investisseurs internationaux n'investissent pas dans des projets. Ils investissent dans des instruments'', a-t-il lancé, dans l'une des phrases les plus marquantes de son discours.

Le dirigeant a également insisté sur la nécessité pour l'Afrique de réduire sa dépendance à l'exportation de matières premières brutes. ‘'L'Afrique ne peut pas continuer à exporter des matières premières et importer des produits finis'', a-t-il averti, appelant à accélérer l'industrialisation, les infrastructures régionales et les chaînes de valeur locales.

Cette ambition de souveraineté économique a trouvé un écho direct dans l'intervention du président congolais Denis Sassou N'Guesso. Le chef de l'État a défendu une architecture financière internationale ‘'plus juste, plus représentative et plus attentive aux réalités africaines'', tout en mettant en avant la stratégie Congo 2063 destinée à accélérer la diversification économique du pays.

‘'Il nous appartient de faire de nos ressources naturelles un moteur de transformation locale'', a déclaré Denis Sassou N'Guesso. ‘'Il nous appartient aussi de faire du financement du développement un outil de souveraineté, de justice sociale et de prospérité partagée. "

Le président congolais a également souligné le rôle historique de la BAD dans le financement des infrastructures, de l'énergie, de l'agriculture et de l'intégration régionale du pays, dans un contexte où les États africains cherchent à attirer davantage d'investissements privés tout en renforçant leur gouvernance économique.

Au-delà des discours, les Assemblées de Brazzaville ont aussi envoyé un signal politique fort sur la montée en puissance des financements africains eux-mêmes. Sidi Ould Tah a salué le succès historique de la 17e reconstitution du Fonds africain de développement, qui a permis de mobiliser un montant record de 11 milliards de dollars.

Fait inédit, 24 pays africains ont contribué au fonds, pour un montant global avoisinant 183 millions de dollars, dont 20 pays contributeurs pour la première fois.

‘'L'Afrique devient progressivement non seulement bénéficiaire du financement du développement, mais aussi co-investisseur dans son propre avenir'', a souligné le président de la BAD.

Dans un monde fragmenté et de plus en plus concurrentiel, les Assemblées annuelles de Brazzaville auront ainsi consacré un changement de doctrine : pour les dirigeants africains, la souveraineté économique du continent passera désormais autant par la mobilisation des capitaux africains que par l'appui des partenaires internationaux.

Publié le 27/05/26 13:20

Dr Ange Ponou

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