Le ministre Mamadou Sangafowa-Coulibaly lors de la séance de travail avec Mohamed Khodja, directeur général de l'IAP, l'Institut Algérien du Pétrole.
Au lendemain de la signature d'un accord de coopération stratégique avec Alger le 28 mars, le ministre ivoirien des Mines, du Pétrole et de l'Énergie, Mamadou Sangafowa-Coulibaly, a choisi un déplacement bien plus que symbolique. Direction Boumerdès, à une heure de la capitale algérienne, pour une immersion à l'Institut Algérien du Pétrole (IAP). Un détour qui a du sens : ici se joue, depuis six décennies, la formation du capital humain qui a permis à l'Algérie de bâtir une industrie énergétique intégrée et souveraine.
Dans cette troisième séquence de sa visite, le ministre est venu s'imprégner des fondements du succès d'un établissement dont la réputation en Afrique et bien au-delà, continue de se forger.
Le pari ivoirien : Former avant de produire massivement
La visite intervient à un moment charnière pour la Côte d'Ivoire. Avec la montée en puissance attendue de ses ressources, notamment gazières et pétrolières, le pays s'apprête à changer d'échelle. Mais pour le ministre ivoirien, l'équation est simple : sans compétences locales, pas de transformation durable.
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" C'est une vision que porte au plus haut niveau le président Alassane Ouattara qui insiste sur l'impérieuse nécessité de développer une filière extractive intégrée, qui génère de la richesse localement au-delà la seule activité d'extraction. Et ce pari, la Côte d'Ivoire doit le gagner ", a indiqué Mamadou Sangafowa Coulibaly.
Mamadou Sangafowa-Coulibaly sur l'un des simulateurs high tech de l'IAP dédié au forage.
À Boumerdès, le message a été tout aussi sans équivoque. " Au terme de cette visite, on comprend mieux comment ce pays a pu atteindre des résultats aussi encourageants. Et surtout, comment ils ont pu maintenir ce niveau d'excellence ", s'est montré admiratif Mamadou Sangafowa-Coulibaly. Avant d'insister sur un point clé : la fierté de voir émerger, sur le continent, des institutions capables de porter une expertise de rang mondial au point d'impacter la structure de toute une économie.
Pour Abidjan, l'enjeu est désormais d'accélérer. Le pays veut éviter le piège classique des économies extractives : produire sans maîtriser. Et pour cela, il faut anticiper une demande massive en ingénieurs, techniciens et experts, alors même que la production nationale est appelée à quadrupler dans les 3 prochaines années.
L'IAP, une machine à produire de la souveraineté énergétique
Créé en 1965, deux ans après Sonatrach, l'IAP n'est pas un simple institut de formation. Il est l'un des piliers silencieux de la souveraineté énergétique algérienne. Pensé dès l'origine pour accompagner une stratégie nationale, il a permis de former en amont les compétences qui prendront le relais lors de la nationalisation des actifs de 1971.
Aujourd'hui, l'institution fonctionne comme ce qu'on peut qualifier de véritable “fabrique industrielle de compétences” qui a porté le développement de la holding Sonatrach avec ses 149 filiales et plus de 66 000 employés. Avec ses quatre sites, sa trentaine de laboratoires, ses simulateurs de pointe et ses programmes calibrés sur les besoins opérationnels, elle couvre toute la chaîne de valeur du secteur pétro gazier : de l'amont à l'aval, en passant même par la fabrication d'équipements et la pétrochimie, jusqu'à l'exportation de produits gaziers finis sur le marché international. Un marché à l'export qui valait 42 milliards de dollars de chiffre d'affaires en 2024, soit environ 24 000 milliards FCFA.
La singularité de l'institut aussi à son modèle pédagogique : un lien étroit entre académique et industrie. " 75 % de nos formateurs sont des experts-métiers de Sonatrach, y compris des retraités. Cela permet de capitaliser sur des décennies d'expérience ", a expliqué son directeur, Dr Mohamed Khodja.
Résultat : une masse critique de compétences, ingénieurs, techniciens, employés, capables d'occuper l'ensemble des fonctions du secteur. " Tous les postes dans le groupe Sonatrach sont aujourd'hui occupés par des Algériens ", insiste-t-il, rappelant la finalité stratégique du dispositif.
Vers un modèle ivoirien inspiré de Sonatrach–IAP
Face à cette architecture, Abidjan affine sa propre stratégie. Le ministre ivoirien assume désormais l'ambition : reproduire, à terme, un modèle intégré associant compagnie nationale et institut de formation.
Notre pays, la Côte d'Ivoire est déjà en partenariat avec cette école. Et la visite nous fait renforcer l'idée de continuer cette collaboration et bien sûr, l'élargir. Parce que notre pays, dont l'industrie pétrolière en est pleine émergence, est venu à la bonne place pour tirer davantage de l'expérience de ce pays frère d'Algérie.
Photo de famille de la délégation ivoirienne au terme de la visite.
Dans cette perspective, l'idée d'une “corporate university”, à l'image de du lien Sonatrach-IAP, adossée à Petroci pourrait prendre corps.
Une orientation partagée par les géants publics de l'industrie pétrolière ivoirienne. Les dirigeants de Petroci et de la Société Ivoirienne de Raffinage (SIR), Fatou Sanogo et Tiotioho Soro ont fait part dès à présent de leur volonté de solliciter le savoir-faire de l'IAP pour renforcer leurs dispositifs internes de renforcement de capacité, à tous les échelons, pour accompagner leur montée en puissance.
Une coopération à double sens
Si l'Algérie apparaît comme un acteur majeur sur le plan de la formation et de l'intégration industrielle, la relation ne se limite pas à un transfert unilatéral de savoir-faire.
Des complémentarités émergent. La Côte d'Ivoire dispose, par exemple, d'une expérience reconnue dans l'offshore, un segment que l'Algérie cherche à développer, ses actifs étant dans l'onshore. Autre illustration : le raffinage. La SIR, seul raffineur africain équipé d'un hydrocraqueur*, suscite l'intérêt de la partie algérienne, qui envisage d'investir dans ce type d'équipements. Autant de passerelles qui dessinent une coopération plus équilibrée qu'il n'y paraît.
*Le rôle de l'hydrocraqueur est de prendre des produits pétroliers très lourds, épais et peu valorisés (résidus, fiouls lourds) et de les transformer en produits légers, plus fluides et très demandés (essence, kérosène, diesel de haute qualité).
Jean-Mermoz Konandi, Envoyé spécial à Alger
Publié le 01/04/26 08:28
Jean Mermoz Konandi
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