Le Ministre gabonais de l'Agriculture, Pacôme Kossy, a entamé ces derniers jours une tournée stratégique en Côte d'Ivoire et au Sénégal. Au-delà du protocole, cette mission marque une volonté de Libreville de substituer ses importations alimentaires chiffrée à environ 540 milliards sur 2021-2023 selon la BAD, par un transfert de compétences technologiques au sein de l'espace CFA. L'étape ivoirienne de cette mission, marquée par une séance de travail avec Bruno Nabagné Koné, souligne une convergence de vues sur la nécessité de sécuriser les chaînes de valeur agricoles régionales.
Pour le Gabon, dont la balance commerciale reste fortement tributaire des importations de denrées de base, l'enjeu est de dupliquer les "success stories" ivoiriennes. En ciblant la Côte d'Ivoire puis le Sénégal, Libreville cherche à s'arrimer aux deux locomotives agricoles de l'UEMOA pour accélérer sa propre transition vers une souveraineté alimentaire durable, pilier central de la feuille de route du gouvernement de transition.
Le déplacement à Aboisso, dans le sud-est de la Côte d'Ivoire, a permis à la délégation gabonaise d'auditer une exploitation avicole affichant 30 ans de résilience opérationnelle. Ce choix n'est pas fortuit : le secteur avicole ivoirien est l'un des plus structurés de la sous-région, capable de couvrir la demande nationale tout en exportant son surplus. Pour Pacôme Kossy, l'intérêt réside dans l'intégration verticale du modèle observé allant de la production de poussins à la gestion circulaire des déchets. Cette maîtrise technique est perçue comme le levier indispensable pour réduire les coûts de production au Gabon, où le prix élevé des intrants freine encore l'initiative privée.
L'ambition affichée est de capter le savoir-faire des leaders régionaux pour attirer des investissements structurants dans l'agro-industrie gabonaise. En renforçant ses liens avec Abidjan et Dakar, le Gabon veut poser les jalons d'un axe de coopération Sud-Sud capable de répondre aux chocs exogènes sur les marchés mondiaux des matières premières agricoles. À terme, cette synergie entre les capitales africaines pourrait déboucher sur des partenariats public-privé (PPP) transfrontaliers.
Publié le 21/03/26 20:18
La Rédaction
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CEMAC