Dans un revirement aussi stratégique que controversé, les Etats-Unis ont décidé d'autoriser temporairement la vente de 140 millions de barils de pétrole iranien déjà en mer, marquant une inflexion notable de ses sanctions contre Téhéran. Cette mesure exceptionnelle, annoncée par le secrétaire au Trésor américain Scott Bessent, vise avant tout à contenir l'envolée des prix de l'énergie dans un contexte géopolitique explosif.
Depuis le déclenchement du conflit entre les États-Unis, Israël et l'Iran le 28 février dernier, les marchés pétroliers sont entrés en zone de forte turbulence. La quasi-paralysie du détroit d'Ormuz, par lequel transite environ 20% du pétrole mondial a profondément perturbé les flux énergétiques. Résultat, les cours du Brent ont franchi la barre des 100 dollars, atteignant même plus de 110 dollars le baril au plus fort de la tension.
Face à ce choc d'offre, Washington a choisi d'activer un levier inédit, à savoir injecter rapidement sur le marché une quantité significative de brut déjà extrait, stocké sur des navires et jusque-là bloqué par les sanctions. La dérogation, valable 30 jours (jusqu'au 19 avril), autorise ainsi la commercialisation de ces cargaisons sans exposer les acheteurs aux sanctions américaines.
Pour l'administration Trump, l'objectif est de faire baisser les prix à court terme et soulager les consommateurs américains, à quelques mois des élections de mi-mandat. La Maison Blanche redoute en effet l'impact inflationniste d'un pétrole durablement au-dessus des 100 dollars, tant pour les ménages que pour les entreprises.
Mais cette stratégie suscite de vives critiques. En permettant à l'Iran d'écouler une partie de son pétrole, même sous conditions, Washington prend le risque d'offrir une bouffée d'oxygène financière à un adversaire direct. Plusieurs analystes estiment que, malgré les assurances de Scott Bessent sur la difficulté pour Téhéran d'accéder aux revenus, une partie des flux financiers pourrait indirectement soutenir son effort de guerre.
Cette décision n'est pas isolée. Elle constitue la troisième levée temporaire de sanctions en l'espace de deux semaines, après des assouplissements concernant le pétrole russe. Ce recours répété à des dérogations illustre les marges de manœuvre limitées de Washington face à la crise énergétique actuelle. L'administration américaine tente ainsi de compenser les perturbations de l'offre mondiale par une combinaison de mesures : déblocage de réserves stratégiques, assouplissement des sanctions de transport maritime, et désormais utilisation de barils sous sanctions.
Au-delà de l'effet immédiat sur les prix, cette décision envoie un message plus profond, celui des limites des instruments économiques dans un contexte de guerre énergétique. Comme le résument certains analystes, si Washington en est réduit à assouplir les sanctions contre un pays avec lequel il est en confrontation directe, c'est que les outils traditionnels de régulation des marchés sont en train de s'épuiser.
Publié le 21/03/26 20:00
Narcisse Angan
SN
CEMAC