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Afrique : 1 300 milliards USD de financement à mobiliser par an pour atteindre les ODD

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Présenté ce 26 mai à Brazzaville, à l'ouverture des Assemblées annuelles de Banque africaine de développement (BAD), le rapport 2026 des Perspectives économiques en Afrique sonne comme un avertissement pour le continent. Derrière une croissance moyenne de 3,8% enregistrée au cours des deux dernières décennies, l'institution panafricaine estime que l'Afrique demeure enfermée dans une dynamique insuffisante pour enclencher une véritable transformation structurelle.

Le constat est sévère. Malgré les réformes macroéconomiques engagées depuis les années 1990, les allègements de dette et les effets favorables des cycles des matières premières, le continent reste ‘'la région la moins industrialisée du monde''. Surtout, la croissance actuelle demeure très éloignée du seuil de 7% à 10% jugé indispensable pour atteindre les ambitions de l'Agenda 2063 de l'Union africaine.

Le rapport met en lumière un paradoxe africain : une abondance de ressources naturelles et humaines, mais une faiblesse chronique dans la mobilisation et l'utilisation productive des capitaux. En 2024, près de 46% des Africains vivent encore dans la pauvreté. Plus alarmant encore, ‘'sans mesures correctives, l'Afrique abritera d'ici 2030 environ 9 personnes sur 10 vivant dans la pauvreté à l'échelle mondiale''.

Au cœur du problème se trouve l'immense déficit de financement du développement, désormais évalué à 1 300 milliards de dollars par an pour atteindre les Objectifs de développement durable (ODD). Pour la BAD, la réponse ne réside pas uniquement dans l'augmentation des financements extérieurs, mais dans une réforme profonde des mécanismes internes de création de richesse et de gouvernance économique.

Le rapport pointe notamment les pertes massives liées aux flux financiers illicites, à la corruption, aux transferts abusifs de bénéfices et aux primes de risque jugées excessives. Selon l'institution, l'Afrique perd jusqu'à 587 milliards de dollars chaque année, soit davantage que les 578 milliards de recettes fiscales mobilisées en 2023. Une hémorragie financière qui réduit considérablement les capacités d'investissement public et privé.

‘'Remédier à ces fuites et améliorer l'efficience pourraient permettre de mobiliser jusqu'à 1 430 milliards de dollars supplémentaires par an'', souligne le document, qui insiste sur le rôle central de la gouvernance et de l'efficacité de la dépense publique.

L'étude insiste également sur la nécessité d'un changement de modèle économique fondé sur l'approfondissement du capital productif. La BAD cite les exemples de l'Éthiopie et du Rwanda, dont les trajectoires démontrent qu'une croissance soutenue repose sur une forte dynamique d'investissement et un alignement institutionnel solide.

Les projections réalisées à partir d'un modèle de croissance de type Solow montrent l'ampleur de l'effort à fournir. Pour atteindre une croissance durable de 7% à partir de 2030, le continent devra quasiment tripler la croissance annuelle de son stock de capital, passant de 3,3% actuellement à 8,7% par an.

Concrètement, cela suppose 3 400 milliards de dollars d'investissements additionnels entre 2026 et 2035 par rapport aux tendances actuelles. L'investissement total cumulé sur la décennie atteindrait ainsi 12 400 milliards de dollars, contre 9 000 milliards dans le scénario de référence. À l'horizon 2035, cela représenterait environ 6 500 dollars supplémentaires de capital par habitant.

La BAD estime qu'un tel effort générerait des effets d'entraînement majeurs sur la productivité globale et le capital humain. ‘'Une montée en puissance de l'investissement peut renforcer la croissance à la fois directement et indirectement'', insiste le rapport, en évoquant les gains liés à la technologie, aux compétences et à l'amélioration de la productivité.

Mais l'institution prévient également que les besoins réels sont probablement sous-estimés en raison des énormes inefficiences des investissements publics africains. En 2023, environ 41% des dépenses publiques d'investissement ne se transformaient pas en capital productif. Détournements de fonds, corruption, mauvaise sélection des projets, lourdeurs administratives et déficiences techniques continuent d'affaiblir l'impact des politiques publiques.

Pour la BAD, la clé réside donc autant dans la qualité des investissements que dans leur volume. L'amélioration des systèmes de gestion des investissements publics pourrait à elle seule relever la croissance de long terme de 0,4 point de pourcentage et rapprocher le continent du seuil critique des 7%.

Envoyé spécial à Brazzaville, Congo

Publié le 27/05/26 02:01

Dr Ange Ponou

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