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Afrique : La Côte d’Ivoire et le Sénégal parmi les 10 pays les plus industrialisés

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La zone UEMOA confirme sa montée en puissance industrielle. Selon un récent rapport de la Banque africaine de développement (BAD) consacré à l'Indice de l'industrielle en Afrique 2025, la Côte d'Ivoire et le Sénégal figurent désormais parmi les dix économies les plus industrialisées du continent, illustrant une dynamique régionale en pleine consolidation.

L'Indice évalue les performances industrielles de 54 pays africains, à travers plusieurs indicateurs liés notamment à la production manufacturière, aux exportations industrielles, à la compétitivité et à l'intégration dans les chaînes de valeur.

Avec des indices respectifs de 0,6173 pour la Côte d'Ivoire et 0,6368 pour le Sénégal, les deux locomotives de l'UEMOA occupent la 10e place et la 8e position, confirmant les progrès réalisés ces dernières années en matière d'industrialisation et d'attractivité des investissements. Pour ces deux pays, cette reconnaissance traduit les effets cumulés de politiques publiques axées sur le développement de zones industrielles, l'amélioration du climat des affaires avec notamment des réformes engagées, et la diversification économique.

La présence de la Côte d'Ivoire et du Sénégal dans ce top 10 constitue un signal fort pour l'Afrique de l'Ouest, qui s'affirme progressivement comme un nouveau pôle d'attractivité industrielle sur le continent. Toutefois, des défis subsistent, à savoir l'accélération de la transformation locale des matières premières, le renforcement des infrastructures énergétiques, la montée en gamme industrielle.

En Côte d'Ivoire, l'essor des zones industrielles, notamment autour d'Abidjan, la capitale économique, couplé à une politique volontariste de transformation locale des matières premières (cacao, hévéa, anacarde), a contribué à stimuler la production manufacturière. Au Sénégal, la stratégie d'industrialisation s'est appuyée sur le Plan Sénégal Émergent (PSE), avec un accent particulier sur les infrastructures, les plateformes industrielles intégrées et la montée en gamme des exportations.

Le Maroc détrône l'Afrique du Sud et devient nouveau leader industriel du continent

Le fait marquant de ce classement reste toutefois la prise de pouvoir du Maroc, qui s'impose pour la première fois comme première économie industrielle d'Afrique, avec un indice de 0,8415, détrônant ainsi l'Afrique du Sud. Une performance qui reflète la modernisation soutenue de son système productif, la diversification croissante de ses exportations et la mise en œuvre effective de sa politique industrielle, révèle le document. Ainsi, l'Afrique du Sud recule à la seconde place (0,8396), pénalisée par des contraintes structurelles, notamment les délestages électriques d'Eskom et une instabilité sociale persistante.

Ces deux pays sont, avec l'Égypte (3e) et la Tunisie (4e), à la tête d'un groupe de quatre économies de premier plan dans le secteur manufacturier africain, qui continuent de surpasser largement leurs pairs. L'Algérie, dernier pays magrébin dans ce top 10, occupe le 6e rang.

Des écarts persistants au sein de l'UEMOA

Si la Côte d'Ivoire et le Sénégal tirent leur épingle du jeu, le reste des Etats membres de l'UEMOA, demeure en retrait. Le Bénin (24e), le Togo (25e), le Mali (35e), le Burkina Faso (36e), le Niger (40e) et la Guinée-Bissau (51e), illustrent les défis persistants en matière d'industrialisation dans la sous-région.

Le Nigeria, pourtant troisième économie d'Afrique en termes de PIB, n'occupe que la 14e place, avec un indice de 0,5914, confirmant les limites de son modèle encore fortement dépendant des hydrocarbures.

Vers une nouvelle géographie industrielle

Au-delà du classement, le rapport de la BAD met en évidence une mutation progressive de la géographie industrielle africaine. De nouveaux acteurs émergent, tandis que les leaders historiques doivent composer avec des contraintes internes.

Dans ce contexte, la Côte d'Ivoire et le Sénégal apparaissent comme des modèles de transformation réussie en Afrique de l'Ouest. Leur trajectoire démontre qu'une combinaison de politiques publiques cohérentes, d'investissements ciblés et de réformes structurelles peut accélérer l'industrialisation.

Mais le chemin reste encore long. Pour consolider ces acquis, les deux pays devront relever plusieurs défis, à savoir renforcer l'accès à une énergie fiable et compétitive, accélérer la transformation locale des ressources, et développer une industrie plus technologique et à forte valeur ajoutée. Une chose est sûre, l'Afrique de l'Ouest n'est plus en marge de l'industrialisation du continent. Elle en devient progressivement l'un des moteurs.

Comprendre l'indice de l'industrialisation en Afrique de la BAD

L'Indice de l'industrialisation en Afrique, élaboré par la Banque africaine de développement (BAD), repose sur une architecture méthodique qui permet d'évaluer de manière fine et comparative les performances industrielles des pays du continent. Il s'articule autour de grandes dimensions, dont la principale est la performance industrielle, qui représente à elle seule la moitié de la note globale (3/6).

Cette composante mesure concrètement la capacité d'un pays à produire et exporter des biens manufacturés. Elle intègre des indicateurs clés, tels que la valeur ajoutée manufacturière par habitant, son poids dans le PIB, ainsi que la part des exportations industrielles dans le commerce total. À cela s'ajoute la contribution du pays à l'échelle africaine, permettant de situer son influence relative dans l'écosystème industriel continental.

En complément, l'indice prend en compte les déterminants directs de l'industrialisation, pondérés à hauteur de 2/6, qui évaluent les conditions nécessaires au développement du tissu industriel. Parmi eux figurent le niveau d'investissement privé (formation brute de capital), l'attractivité pour les Investissements directs étrangers (IDE) et l'accès au financement via le crédit au secteur privé. Cette approche met en lumière une réalité essentielle, à savoir que l'industrialisation ne dépend pas uniquement de la production actuelle, mais aussi de la capacité des économies à mobiliser des ressources, attirer des capitaux et soutenir durablement leur appareil productif. Ainsi, l'indice de la BAD offre une lecture à la fois immédiate et prospective du potentiel industriel africain.

Publié le 01/06/26 09:47

Narcisse Angan

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