Le Fonds pour les infrastructures émergentes en Afrique et en Asie (EAAIF – Emerging Africa & Asia Infrastructure Fund) a approuvé un financement de 82,8 millions de dollars, soit 45,7 milliards FCFA, destiné à renforcer les réseaux de télécommunications en Afrique, avec un accent particulier sur la République démocratique du Congo (RDC) et les infrastructures panafricaines de fibre optique.
Cette enveloppe vise à soutenir deux acteurs majeurs du secteur : Liquid Intelligent Technologies, spécialiste des réseaux numériques en Afrique, et Eastcastle Infrastructure Ltd., opérateur indépendant d'infrastructures de tours télécoms. À travers ces investissements, l'EAAIF entend contribuer à réduire la fracture numérique et à renforcer les fondations techniques nécessaires à l'expansion de l'économie digitale africaine.
Dans le détail, l'EAAIF accordera un prêt de 50 millions de dollars à Liquid Intelligent Technologies, dans le cadre d'un vaste programme de restructuration et d'expansion évalué à 450 millions de dollars. Ce financement permettra notamment d'optimiser la structure financière du groupe et d'assurer la maintenance de son vaste réseau de fibre optique, considéré comme l'un des plus importants du continent. L'infrastructure de Liquid s'étend sur environ 110 000 kilomètres de fibre optique à travers 25 pays africains, fournissant des capacités essentielles pour les opérateurs télécoms, les entreprises et les services numériques.
L'investissement intervient alors que les besoins en connectivité explosent sur le continent, porté par la croissance rapide des services financiers numériques, du commerce électronique, du cloud computing et des solutions technologiques destinées aux administrations et aux entreprises. Parallèlement, l'EAAIF prévoit d'injecter 32,8 millions de dollars dans Eastcastle Infrastructure Ltd. afin d'accompagner l'extension de son réseau de tours de télécommunications en République démocratique du Congo. Ce financement s'inscrit dans un programme global de 179 millions de dollars, destiné à accroître significativement les capacités d'infrastructures télécoms du pays. Eastcastle ambitionne ainsi de faire passer son parc de tours en RDC de 1 072 à 1 800 sites.
L'enjeu est majeur pour un pays qui affiche encore un retard important en matière de couverture numérique. Selon l'EAAIF, le taux de pénétration de l'internet mobile en RDC demeure limité à 17%, tandis que la densité des infrastructures télécoms reste parmi les plus faibles au monde, avec environ une tour pour 15 000 à 20 000 habitants, contre une tour pour 600 habitants aux États-Unis. Le renforcement du maillage télécom devrait ainsi favoriser une meilleure couverture des zones moins desservies et accélérer l'accès des populations aux services numériques.
*Objectif : Plus d'un milliard de dollars d'investissements d'ici 2028*
Avec ces nouveaux engagements, le fonds confirme son ambition de devenir un acteur majeur du financement des infrastructures africaines. L'EAAIF prévoit de mobiliser plus de 200 millions de dollars de financements de projets au cours de cette année. En 2025, le fonds avait déjà signé neuf transactions représentant un montant total de 253 millions de dollars. Son objectif est désormais d'investir plus d'un milliard de dollars dans les infrastructures d'ici 2028.
Géré par Ninety One Plc, société internationale de gestion d'actifs cotée à Londres et Johannesburg, l'EAAIF dispose actuellement d'un portefeuille de prêts engagés estimé à 1,6 milliard de dollars, réparti dans 25 pays et 10 secteurs d'infrastructures. Selon Roland Janssens, directeur général de Ninety One Plc, le fonds prévoit d'intensifier ses interventions en Afrique, notamment en Afrique de l'Est, avec un intérêt particulier pour le Kenya et d'autres marchés présentant un fort potentiel de croissance numérique.
À travers ce nouvel engagement financier, l'EAAIF confirme ainsi que la bataille pour la souveraineté numérique africaine passe d'abord par le déploiement massif d'infrastructures robustes, capables de soutenir la prochaine génération de services digitaux sur le continent.
Publié le 05/08/26 14:22
Narcisse Angan
SN
CEMAC