Les start-ups africaines spécialisées dans la blockchain ont levé 90,1 millions USD à travers 28 opérations en 2025. Ce chiffre représente 5,3 % de l'ensemble des financements en capital-risque sur le continent - estimés à 1,7 milliard USD sur l'année -, soit près du double de la part mondiale qui s'établit à 3 %. Cette performance remarquable est mise en relief dans la cinquième édition du rapport "CV VC African Blockchain Report", publié en collaboration avec le groupe Absa. Portée par une adoption pragmatique et accélérée des technologies de rupture, à l'instar de la trajectoire historique du mobile money, cette dynamique confirme le statut particulier de la région.
Pour Mathias Ruch, fondateur et PDG de CV VC, l'Afrique n'est d'ailleurs pas un simple marché émergent de la blockchain, mais bel et bien un marché en plein essor. Selon son analyse, alors que les capitaux mondiaux se concentrent désormais sur un nombre réduit de paris de plus grande envergure, le continent repousse les limites de l'innovation en intégrant cette technologie dans ses infrastructures économiques essentielles, la nécessité et la clairvoyance agissant ici comme les moteurs d'une utilisation efficace. De fait, le rapport démontre que la blockchain est de plus en plus déployée dans les services financiers, les paiements, la vérification d'identité, la lutte contre la fraude, la coordination de l'IA ou encore l'authentification des données. Cette intégration structurelle se traduit de manière très concrète dans les indicateurs opérationnels, puisque la blockchain représentait 6,9 % du nombre total de transactions tous secteurs confondus en Afrique en 2025, contre 6,1 % l'année précédente.
Si l'on examine le contexte international, le financement mondial des start-ups de la blockchain a augmenté de 28,8 % en glissement annuel pour atteindre 15,4 milliards USD en 2025, tandis que le capital-risque global tous secteurs confondus progressait de 24,7 % pour s'établir à 512,8 milliards USD. Dans ce paysage, les 1,7 milliard USD levés par l'Afrique tous secteurs confondus ne représentent que 0,33 % du financement mondial. Et ce, malgré les indicateurs macroéconomiques solides du continent, tels qu'une population jeune et un esprit tourné vers le saut technologique.
Pourtant, en dépit de ce déséquilibre flagrant face aux volumes mondiaux, l'attractivité intrinsèque de la blockchain africaine reste indéniable pour les investisseurs stratégiques. D'après le rapport, la part de l'Afrique dans l'activité mondiale des opérations liées à la blockchain a ainsi grimpé à un niveau record de 2,8 %, ce qui témoigne d'une effervescence entrepreneuriale continue.
Sur le plan fonctionnel, les services de blockchain centralisés ont largement dominé le marché continental en captant 67,9 % de l'ensemble des capitaux investis dans ce secteur. Les investisseurs ont particulièrement ciblé des segments stratégiques clés comme les paiements basés sur les stablecoins, les infrastructures bancaires pour les actifs numériques, la tokenisation d'actifs du monde réel, les systèmes de règlement transfrontaliers et les plateformes de crédit. À cet égard, Jarryd Kennedy, responsable des investissements pour l'Afrique chez CV VC, trace un parallèle historique pertinent en rappelant que l'Afrique a déjà démontré sa capacité à dépasser les infrastructures traditionnelles grâce à la monnaie mobile. Selon son analyse, la blockchain et les stablecoins permettent aujourd'hui de franchir une nouvelle étape vers un système financier natif du numérique, plus rapide, plus accessible et de plus en plus interconnecté au-delà des frontières physiques.
Géographiquement, la répartition des financements met en lumière une forte poussée des projets à vocation régionale ou continentale, puisque les start-ups panafricaines arrivent largement en tête en s'adjugeant 57,2 % du financement total levé. Les écosystèmes nationaux sont quant à eux menés par l'Afrique du Sud qui capte 21,1 % des investissements, suivie par le Nigeria avec 13,5 %, tandis que l'Égypte, le Kenya, le Ghana et le Rwanda se partagent le reste des enveloppes allouées.
Cette consolidation financière s'accompagne d'une évolution majeure du cadre légal sur le continent. Le rapport indique en effet que quinze pays africains disposent désormais de cadres réglementaires officiels pour les actifs numériques, alors qu'ils n'étaient que sept l'année précédente. Ce doublement en l'espace de douze mois traduit une volonté manifeste des régulateurs d'instaurer des régimes d'agrément globaux et des normes de conformité de niveau institutionnel. Rob Downes, responsable des actifs numériques chez Absa Corporate and Investment Banking, affirme d'ailleurs que ce document est en passe de devenir le baromètre de l'utilité de la technologie blockchain à l'échelle du continent. Les institutions souhaitent disposer d'une infrastructure sécurisée et réglementée permettant aux actifs numériques de coexister de manière transparente avec les actifs traditionnels au sein d'un même environnement bancaire de confiance.
Anselme Akéko
Publié le 24/06/26 13:08
La Rédaction
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