La coopération internationale entre dans une nouvelle ère, où la promesse de financement ne suffit plus. En 2025, l'aide publique au développement des donateurs européens a reculé de près de 10% en termes réels. Dans le même temps, le soutien des opinions publiques demeure majoritaire, mais devient nettement plus conditionnel. Selon une enquête AFD-IFOP, 81% des personnes interrogées dans les pays du G7 souhaitent savoir comment l'argent est utilisé et 79% veulent constater des résultats concrets sur le terrain.
Cette évolution traduit un changement de paradigme. ‘'La rareté peut amorcer le cycle. Le scepticisme, lui, le multiplie'', souligne un article publié ce 1er septembre par la Banque mondiale. La baisse des financements risque en effet de réduire la portée des programmes, de raccourcir leur horizon et, in fine, de rendre leurs résultats plus difficiles à obtenir. Un cercle vicieux susceptible d'alimenter davantage la défiance.
Moins d'indicateurs, davantage de preuves
Face à cette pression, l'enjeu n'est plus seulement de défendre le volume des financements, mais de démontrer leur efficacité. Le Groupe de la Banque mondiale entend ainsi revoir à mi-parcours son tableau de bord autour d'un principe simple : concentrer l'évaluation sur un nombre limité d'indicateurs capables de relier directement les ressources mobilisées aux changements observés dans la vie des populations.
L'objectif est aussi de mesurer les progrès en cours de programme afin de pouvoir réorienter rapidement les moyens lorsque les résultats ne sont pas au rendez-vous. ‘'Moins d'indicateurs ne signifie pas moins de responsabilité, mais une responsabilité accrue'', affirme le document.
Cette exigence de transparence concerne également les échecs. Reconnaître ce qui n'a pas fonctionné et expliquer les corrections apportées devient une composante à part entière de la crédibilité de l'aide.
L'Afrique comme terrain de preuve
Plusieurs expériences matérialisent déjà cette logique. Au Malawi, l'extension de l'accès à l'électricité produit des effets qui dépassent les simples statistiques de raccordement, en soutenant l'activité des entreprises, les services de santé et l'éducation. Au Sénégal, en Gambie et en Guinée, les investissements agricoles contribuent à accroître les revenus et l'emploi. En République démocratique du Congo, la réhabilitation des routes facilite l'accès aux marchés, aux écoles et aux services de santé.
‘'Nous ne pouvons pas garantir le succès de chaque programme. Nous pouvons toutefois garantir la clarté quant à son objectif, la preuve de son efficacité et la correction des éventuels écarts'', a conclu l'article.
Dans un contexte de contraction des ressources, la coopération au développement ne peut donc plus reposer uniquement sur l'ampleur des engagements. Elle doit démontrer, chiffres et faits à l'appui, ce que ces financements changent concrètement. ‘'Les résultats doivent devenir la monnaie commune de la coopération au développement'', résume le document. Une condition désormais déterminante pour préserver la confiance et éviter que la crise des ressources ne se transforme en crise de légitimité.
Publié le 02/09/26 13:21
Dr Ange Ponou
SN
CEMAC