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RDC : Semlex, opérateur des passeports biométriques, devant la justice belge pour un détournement présumé de 60 millions USD

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La justice belge ouvre la voie à un procès susceptible de relancer les interrogations sur les conditions financières du contrat ayant lié Semlex à la République démocratique du Congo (RDC) pour la production des passeports biométriques. La Chambre du conseil de Bruxelles a ordonné le renvoi devant une juridiction pénale de Semlex et de 13 autres prévenus, dans une affaire portant notamment sur des soupçons de corruption, de blanchiment d'argent et de fraude fiscale. Les parties civiles évoquent un détournement présumé de près de 60 millions USD.

L'information a été rapportée le 1er septembre par Reuters. Un porte-parole du parquet fédéral belge a confirmé que Semlex et un nombre non précisé de ses employés figuraient parmi les personnes renvoyées devant le tribunal correctionnel. Le parquet n'a pas communiqué de détails supplémentaires sur les autres prévenus.

Cette décision intervient après une plainte déposée en 2020 par 51 citoyens congolais et plusieurs organisations engagées dans la lutte contre la corruption. Constitués parties civiles, les plaignants cherchent notamment à établir la destination des revenus générés par la délivrance des passeports et le rôle des différentes structures intervenues dans le dispositif.

Un contrat au cœur des interrogations

Semlex a produit les passeports biométriques de la RDC entre 2015 et 2025. Le contrat avait déjà suscité la controverse après une enquête de Reuters publiée en 2017. Celle-ci révélait que le prix du passeport congolais avait presque doublé avec le nouveau dispositif, pour atteindre 185 USD.

Selon cette enquête, 60 USD prélevés sur chaque passeport délivré étaient versés à une société basée dans le Golfe et appartenant à un proche de l'ancien président Joseph Kabila. Reuters précisait toutefois ne pas avoir pu établir le montant exact effectivement transféré à cette structure. Les autorités n'avaient pas non plus établi de manière concluante le lien entre cette société et le proche de l'ancien chef de l'État.  " Nous avons le droit de savoir où est allé notre argent. Ce procès permettra enfin de faire la lumière sur cette affaire ", a déclaré Fred Bauma, militant congolais des droits humains et plaignant dans l'action civile, dans un communiqué diffusé après la décision.

Semlex avait contesté les accusations formulées en 2017 et affirmé être la cible d'une campagne de diffamation. La société belge n'a pas répondu à une demande de réaction adressée par Reuters. François Koning, un avocat ayant précédemment représenté Semlex, a également refusé de commenter la décision.

Le procès devra déterminer si les flux financiers dénoncés correspondent effectivement aux infractions visées par l'enquête et préciser les responsabilités individuelles des différents prévenus. La date de l'audience n'est pas encore connue.

Au-delà du contrat congolais, la procédure intervient alors que la Belgique fait depuis plusieurs années l'objet de critiques concernant le traitement judiciaire des affaires de corruption impliquant des entreprises belges à l'étranger. L'OCDE avait notamment déploré le faible nombre de poursuites engagées pour des faits de corruption commis hors du territoire belge.

Pour les parties civiles, le renvoi de Semlex constitue donc une étape importante. Il doit permettre d'examiner devant la justice belge les flux financiers liés à un contrat public conclu avec un État étranger et, le cas échéant, d'identifier les bénéficiaires des sommes litigieuses.

Claude Paul Tjeg

Publié le 02/09/26 12:03

La Rédaction

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