menu mobile
L’information économique au cœur des marchés africains

Avec 3 chocs en 6 ans, l’Afrique face au test de sa dépendance énergétique et alimentaire

BRVMC0000000 - BRVMC
La BRVM Ouvre dans 63h42min

Six (6) années de crises successives ont transformé les économies africaines en laboratoire de résilience sous contrainte. Mais derrière les capacités d'adaptation affichées, les fragilités structurelles demeurent largement intactes, selon les analyses des Nations unies.

De la pandémie de 2020 à la guerre en Ukraine en 2022, puis aux tensions actuelles au Moyen-Orient, le continent a subi une succession de chocs systémiques. Tous ont mis en évidence une même réalité : une dépendance élevée aux importations stratégiques, qu'il s'agisse de médicaments, de céréales, d'engrais ou d'énergie.

Une économie mondiale instable qui expose les vulnérabilités africaines

Le dernier épisode de tension, lié aux perturbations des routes énergétiques, ravive les inquiétudes sur les marchés mondiaux. Les prix du pétrole ont fortement progressé, tandis que les chaînes logistiques sont de nouveau désorganisées. Le détroit d'Ormuz, corridor stratégique pour le pétrole, le gaz et les engrais, concentre une grande partie des risques.

Les économistes évoquent un scénario critique si le baril se maintient au-dessus de 100 dollars. Une situation susceptible de rallumer les tensions inflationnistes mondiales et de fragiliser la croissance.

Dans ce contexte, le secrétaire général des Nations unies, António Guterres, a averti : ‘'Lorsque le détroit d'Ormuz est obstrué, les populations les plus pauvres et les plus vulnérables du monde ne peuvent plus respirer''. Il estime que des perturbations prolongées pourraient entraîner 32 millions de personnes supplémentaires dans la pauvreté et exposer 45 millions d'autres à une faim extrême.

Une dépendance africaine structurelle aux importations stratégiques

L'Afrique apparaît particulièrement exposée à ces chocs externes. Près de 80% des pays du continent sont importateurs nets de produits pétroliers raffinés. En Afrique subsaharienne, près de 80% des engrais sont importés.

Cette configuration crée un effet domino. La hausse des carburants renchérit immédiatement les coûts de transport, tandis que les tensions sur les engrais pèsent sur la production agricole, déjà sous pression inflationniste et marquée par l'insécurité alimentaire.

Les compagnies aériennes matérialisent cette vulnérabilité. Selon l'Association internationale du transport aérien, International Air Transport Association, le carburant représente désormais entre 30 et 55% des coûts d'exploitation de certaines compagnies africaines, contre une moyenne mondiale de 20 à 30%.

Sur le terrain, les effets sont immédiats. Un responsable du secteur du voyage observe que les surtaxes carburant ont entraîné des hausses de billets allant de 20 000 à 100 000 birrs, soit 125 à 626 dollars, traduisant une répercussion directe sur les consommateurs.

Aviation et logistique : l'Afrique devient un hub de transit sous contrainte

Les perturbations des routes aériennes ont également modifié les flux. Plusieurs passagers ont été redirigés vers des hubs africains comme Addis Abeba ou Nairobi. Une évolution qui confirme le rôle croissant du continent dans le transit international.

Selon les données sectorielles, environ 22% du trafic intra-africain passe habituellement par des plateformes hors du continent. Les disruptions actuelles renforcent donc l'intérêt des hubs africains comme points de passage obligés.

Dans le transport maritime, les effets sont tout aussi visibles. Les perturbations en mer Rouge et autour du détroit d'Ormuz ont contraint certains navires à contourner l'Afrique par le cap de Bonne Espérance, augmentant les délais et les coûts logistiques mondiaux.

Une fenêtre pour accélérer l'intégration continentale

Pour les autorités économiques africaines, ces crises successives ne sont pas uniquement un risque. Elles constituent aussi un accélérateur de transformation structurelle.

Claver Gatete, secrétaire exécutif de la Commission économique pour l'Afrique, souligne que cette période rend plus urgente l'intégration régionale. Selon lui, ‘'discuter avec les pays membres de la Zone de libre-échange continentale africaine devient beaucoup plus facile car ils ont vu ce qui risque d'arriver si on ne le fait pas''.

L'Afrique dispose pourtant d'atouts significatifs. Le continent possède des ressources énergétiques et minières importantes, ainsi que des capacités industrielles en développement. La raffinerie Dangote Refinery au Nigeria ou encore les ressources phosphatières du Maroc marquent ce potentiel de substitution aux importations.

Vers un changement de paradigme économique

Au-delà des réponses conjoncturelles, les crises récentes imposent une révision profonde du modèle économique africain. Subventions aux carburants, soutien aux transports publics ou sécurisation des chaînes d'approvisionnement ne suffisent plus à absorber les chocs.

Le véritable enjeu réside désormais dans la construction de chaînes de valeur régionales robustes, capables de réduire la dépendance externe. Dans un monde où les crises deviennent structurelles, la résilience économique repose sur la production locale, l'intégration régionale et la montée en puissance industrielle.

Comme le résume un responsable onusien, le statu quo n'est plus une option viable. La question n'est donc plus de savoir si un nouveau choc surviendra, mais si l'Afrique sera suffisamment préparée pour y faire face.

Publié le 05/06/26 16:28

Dr Ange Ponou

SOYEZ LE PREMIER A REAGIR A CET ARTICLE

Pour poster un commentaire, merci de vous identifier.

IDMquI8-u07-JarO2W4sLAsKZtFORs5QuC-A6rULS4E False