Le Nigeria prépare le déploiement du projet "Pont" (BRIDGE : Building Resilient Digital Infrastructure for Growth), un vaste chantier visant l'extension d'un réseau national de fibre optique en accès ouvert de 90 000 km. L'objectif stratégique est de raccorder cette infrastructure terrestre directement aux frontières du Burkina Faso afin d'améliorer la qualité, la résilience et l'accessibilité financière d'Internet dans les deux pays. Cette initiative a été évoquée lors d'une rencontre bilatérale organisée à Ouagadougou, le 12 août 2026, entre le ministre nigérian des Communications, de l'Innovation et de l'Économie numérique, Bosun Tijani, et la ministre burkinabè de la Transition digitale, des Postes et des Communications électroniques, Dr Aminata Zerbo/Sabané.
Deux profils d'infrastructures complémentaires
Ce projet de raccordement s'inscrit dans un contexte d'infrastructures fortement contrasté entre les deux partenaires sous-régionaux. Hub majeur d'Afrique de l'Ouest, le Nigeria est un pays côtier connecté à plusieurs câbles sous-marins internationaux (MainOne, SAT-3, ACE, Glo-1, WACS, Equiano, etc.). Selon le rapport 2024 d'Internet Society, le pays compte 7 points d'interconnexion Internet (IXP), près de 30 datacenters et affiche un Indice de résilience de l'Internet (IRI) de 30 %.
De son côté, le Burkina Faso, pays de l'hinterland, constitue un marché émergent sans accès direct au littoral. Il dépend de liaisons terrestres transfrontalières traversant le Bénin, le Togo, la Côte d'Ivoire, le Niger, le Mali et le Ghana. Avec 2 points d'interconnexion Internet, 2 datacenters nationaux, 3 centres de données privés et un Indice de résilience de l'Internet établi à 39 %, le Burkina Faso cherche à diversifier et renforcer ses voies d'approvisionnement en bande passante.
Impératif de résilience
L'IRI évalue la capacité d'un pays à maintenir son réseau fonctionnel à travers quatre piliers : l'infrastructure physique (diversité des routes de fibre, points IXP, datacenters, accès aux câbles sous-marins), la performance technologique, la sécurité du réseau et le cadre économique/réglementaire. En créant de nouvelles routes terrestres transfrontalières de haut débit et en multipliant les accès directs aux câbles sous-marins du Golfe de Guinée, le projet "Pont" vise directement à faire progresser les sous-indicateurs d'infrastructure et de diversité des routes dans les deux pays.
L'interconnexion directe répond à une impérieuse nécessité d'aménagement numérique. La vulnérabilité des réseaux ouest-africains s'est révélée au grand jour le 14 mars 2024 lorsqu'un glissement de terrain au large de la Côte d'Ivoire a sectionné simultanément quatre câbles sous-marins vitaux (ACE, SAT-3, WACS et MainOne). Cet incident a perturbé le réseau dans 13 pays africains, dont le Burkina Faso et le Nigeria, provoquant des coupures sévères ou une dégradation critique du service.
Face à la situation géographique du Burkina Faso, l'accès direct aux infrastructures continentales nigérianes offre une voie d'évitement essentielle pour multiplier les routes d'acheminement et prémunir les ménages comme les entreprises contre les ruptures de trafic maritime.
Négociations bilatérales
Bien que la volonté politique soit affirmée, le compte-rendu officiel du ministère burkinabè n'a pas précisé le modèle de financement retenu, ni le statut concret des accords bilatéraux ou trilatéraux requis pour traverser les pays de transit (axes Nigeria–Niger–Burkina ou Nigeria–Bénin–Burkina).
Sur le plan juridique, cette synergie s'appuie sur le cadre réglementaire de la CEDEAO relatif à l'accès aux capacités terrestres des câbles sous-marins. Ce texte fixe les conditions d'un accès ouvert à la bande passante nationale sur les réseaux terrestres, garantissant aux États sans littoral la possibilité de rejoindre les capacités internationales depuis les stations d'atterrissement côtières.
Le dispositif communautaire impose un alignement des tarifs de location sur les coûts réels d'exploitation, de maintenance et de colocalisation. Ce mécanisme tarifaire encadré a été pensé pour garantir des conditions économiques équitables et transparentes pour l'interconnexion des réseaux transfrontaliers.
Réduire de 50 % les coûts de transit
Pour les opérateurs de télécommunications, le partage des équipements de transmission et du génie civil évite la duplication inutile des investissements lourds, réduisant significativement les dépenses d'investissement et d'exploitation. Plusieurs sources du secteur indiquent d'ailleurs que l'objectif majeur de cette interconnexion directe est de réduire jusqu'à 50 % les coûts de transit Internet pour le Burkina Faso, redonnant ainsi des marges de manœuvre tarifaires aux fournisseurs d'accès internet locaux.
Pour l'administration publique et les populations, la réduction des chantiers de génie civil limite la dégradation des voies publiques, préserve l'environnement visuel et contribue à abaisser durablement le coût final des services de données et de l'accès Internet.
Anselme Akéko
Publié le 19/08/26 12:00
La Rédaction
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