Présente à Brazzaville dans le cadre de ses Assemblées annuelles, la Banque africaine de développement (BAD) a mis en avant un bilan 2025 solide de ses interventions dans un environnement mondial pourtant marqué par ‘'l'incertitude économique, l'alourdissement de la dette, les tensions géopolitiques et les chocs climatiques''.
Dans sa Revue annuelle sur l'efficacité du développement (RAED), publiée ce 28 mai, l'institution panafricaine met en avant une accélération de ses interventions et une volonté affirmée de passer à ‘'des opérations de plus grande envergure, plus intégrées et plus porteuses de transformation''.
Alors que la croissance africaine devrait atteindre 4,2% en 2025, la BAD souligne néanmoins que ‘'les progrès en matière de développement restent inégaux'' et peinent encore à suivre la dynamique démographique du continent.
L'institution financière revendique toutefois une trajectoire solide. Les approbations de financements ont atteint 10,9 milliards de dollars en 2025, un niveau légèrement inférieur au record historique de 11,5 milliards enregistré en 2024. Pour la BAD, cette dynamique traduit ‘'la demande continue pour l'appui de la banque ainsi que l'intensification des opérations dans les domaines prioritaires''.
Energie, agriculture et infrastructures au cœur des résultats
Le secteur énergétique demeure l'un des principaux marqueurs de l'action de la banque. En 2025, plus de 1,5 million de personnes ont bénéficié d'un accès à l'électricité grâce aux projets achevés, tandis que 858 MW de capacités renouvelables ont été installés. La BAD insiste sur l'importance stratégique de ces investissements pour bâtir ‘'des systèmes énergétiques intégrés et régionaux''.
Dans l'agriculture, près de 6,9 millions d'agriculteurs ont adopté des technologies résilientes face au changement climatique et 18,4 millions de personnes ont vu leur sécurité alimentaire s'améliorer. Quelque 5 000 entreprises agroalimentaires ont également été soutenues.
Le développement du secteur privé constitue un autre axe majeur. La banque affirme avoir facilité l'accès au financement pour 6 624 entreprises et permis à 6 millions de personnes d'accéder à des services de base liés aux technologies de l'information et de la communication.
Sur le volet de l'intégration régionale, près de 2 000 km de routes ont été construits ou réhabilités, améliorant l'accès aux transports pour plus de 8 millions de personnes. Les opérations de financement du commerce ont, quant à elles, soutenu 1,29 milliard de dollars d'échanges commerciaux, y compris intra-africains.
Une priorité croissante accordée à l'emploi
La BAD place désormais l'emploi au centre de son approche du développement. Les projets approuvés en 2025 devraient générer environ 750 000 emplois directs et 3,3 millions d'emplois indirects.
Cette orientation s'accompagne d'investissements dans les services sociaux essentiels. Plus de 5,4 millions de personnes ont obtenu un meilleur accès à l'eau potable, 1,8 million à des services d'assainissement améliorés et près de 1,5 million à des services de santé renforcés.
L'institution annonce également le futur lancement d'un Plan d'action pour la jeunesse, les compétences et l'emploi couvrant la période 2026-2032, dans un contexte où le chômage des jeunes reste ‘'un défi majeur''.
Des fragilités structurelles toujours persistantes
Malgré ces avancées, la banque reconnaît que les transformations structurelles demeurent insuffisantes. L'insécurité alimentaire touche encore 58% de la population africaine, conséquence des contraintes structurelles, des pressions climatiques et de la hausse des coûts des intrants agricoles.
Le secteur industriel continue lui aussi de souffrir d'un déficit de valeur ajoutée, de lacunes en infrastructures et d'un accès limité au financement. Quant à l'intégration régionale, la BAD estime que ‘'la fragmentation persistante des marchés, des infrastructures et des systèmes réglementaires'' freine encore la pleine mise en œuvre de la Zone de libre-échange continentale africaine.
L'institution pointe également les difficultés de mise en œuvre de certains projets, liées notamment à ‘'la complexité des projets, les retards de démarrage et la fragilité des environnements opérationnels''.
La BAD veut changer d'échelle
Au-delà du financement, la banque cherche désormais à renforcer son rôle de plateforme stratégique de mobilisation de capitaux. Elle mise davantage sur les garanties, les financements mixtes et les partenariats afin d'attirer des investissements privés à grande échelle.
‘'Pour produire un impact durable sur le développement, il faudra aller au-delà de la réussite de projets individuels en privilégiant davantage l'échelle, la rapidité et la sélectivité'', tel est le message central de cette édition 2026 de la RAED.
Dans un contexte international de plus en plus instable, l'institution panafricaine veut désormais transformer sa puissance financière en levier systémique pour accélérer la transformation économique du continent.
Envoyé spécial à Brazzaville, Congo
Publié le 28/05/26 16:47
Dr Ange Ponou
SN
CEMAC