Le marché financier de la CEMAC prend progressivement l'allure d'un système à deux pôles. Douala concentre l'infrastructure de marché et l'essentiel des intermédiaires, tandis que Libreville gagne du poids à travers les émetteurs gabonais présents à la cote. Cette géographie apparaît encore plus nettement avec l'entrée de huit nouvelles sociétés de Bourse au capital de la BVMAC : sept sont camerounaises et une congolaise. Le Cameroun concentrait déjà 19 des 25 sociétés de Bourse recensées à mi-2025. À cela s'ajoute le siège de la BVMAC, installé à Douala depuis l'unification des deux anciennes places financières de la sous-région.
Sur le marché des actions, le Cameroun conserve l'avantage du nombre, tandis que le Gabon concentre désormais une part prépondérante de la capitalisation globale grâce à BGFI Holding. Quatre des sept entreprises cotées sont camerounaises, SEMC, Safacam, Socapalm et La Régionale, contre deux gabonaises, SCG-Ré et BGFI Holding, et une équato-guinéenne, BANGE. Au 3 septembre 2026, BGFI Holding affichait une capitalisation globale de 1 370,5 milliards FCFA, soit environ 74 % des 1 847,3 milliards affichés par l'ensemble des sept valeurs. Socapalm, première capitalisation camerounaise, pesait 228,8 milliards. Une domination qui doit toutefois être relativisée par le flottant réellement coté, celui de BGFI Holding s'établissait à 52,7 milliards FCFA, sur 122,8 milliards pour l'ensemble du marché.
Le poids des émetteurs gabonais apparaît encore plus nettement sur la dette souveraine cotée. Le Bulletin officiel de la BVMAC recense 14 lignes obligataires de l'État gabonais, contre quatre camerounaises et une tchadienne. Sur les 935,2 milliards FCFA d'encours résiduel d'obligations souveraines inscrites à la cote, les lignes gabonaises représentent, par addition des encours publiés, environ 677,2 milliards FCFA, soit 72,4 % du total. Le Cameroun en concentre environ 207,9 milliards et le Tchad 50 milliards. Le Gabon apparaît donc comme le premier fournisseur de dette souveraine encore cotée à la BVMAC.
Ces faits montrent qu'une complémentarité se dessine entre les deux pôles. Douala concentre l'infrastructure et les intermédiaires et le Gabon apporte aujourd'hui une part prépondérante de la capitalisation globale et de la dette souveraine cotées. La séance du 3 septembre en offre ainsi une photographie symbolique : les deux seules valeurs ayant enregistré des transactions étaient gabonaises, SCG-Ré et BGFI Holding, pour respectivement 60 000 et 930 500 FCFA.
Six pays composent la CEMAC, mais Douala et Libreville apparaissent progressivement comme les deux principaux pôles autour desquels s'organise son marché financier : Douala comme centre opérationnel et cœur de l'intermédiation, Libreville à travers le poids pris par les émetteurs gabonais. Une bipolarisation qui constitue à la fois une force et une limite pour la BVMAC, tant elle donne au marché deux moteurs identifiables, mais souligne aussi la faible présence du Congo, du Tchad, de la Centrafrique et, dans une moindre mesure, de la Guinée équatoriale. Pour devenir pleinement le marché des six économies de la CEMAC, l'enjeu sera désormais d'élargir cette dynamique au-delà de l'axe Douala-Libreville.
Idrissa Diakité
Publié le 09/09/26 13:15
La Rédaction
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