Le Fonds vert pour le climat (FVC) a approuvé, le 27 octobre 2026 à Songdo, en République de Corée, le programme RACINE, doté de 215,9 millions d'euros, soit environ 141,7 milliards de FCFA. Porté par le ministère de l'Économie, de la Planification et de l'Aménagement du territoire (MINEPAT), ce programme vise à améliorer la productivité des filières cacao et café, à renforcer leur résilience face aux changements climatiques et à développer la traçabilité des produits. Prévu sur six ans, il entend accroître les rendements agricoles sans faire de l'extension des plantations au détriment des forêts le principal levier de croissance de la production.
 
Baptisé Resilient Agriculture for Climate, Investment, Nature and Equity (RACINE), le programme couvrira cinq régions : le Centre, le Sud, l'Est, le Littoral et le Sud-Ouest. Ses objectifs sont ambitieux. Dans la filière cacao, le rendement moyen visé doit passer de 350 à 750 kg par hectare, tandis que celui du café devrait progresser de 220 à 600 kg par hectare. RACINE prévoit également de réduire les pertes après récolte de 18 % à 4 %.
 
La réalisation de ces objectifs repose sur un financement combinant des ressources extérieures et une contribution nationale. Le Fonds vert pour le climat apporte 87 millions d'euros, dont 78,3 millions sous forme de prêt concessionnel et 8,7 millions sous forme de don.
 
L'Initiative pour les forêts d'Afrique centrale (CAFI) contribue à hauteur de 40,4 millions d'euros, tandis que le Cameroun mobilise 88,5 millions d'euros issus des redevances sur les exportations de cacao et de café. L'exécution du programme sera assurée par le Fonds de développement des filières cacao et café (FODECC).
 
Ces ressources doivent financer plusieurs leviers d'intervention. Outre les investissements destinés à améliorer la productivité agricole et les infrastructures de traitement après récolte, RACINE prévoit la mise en place de subventions numériques au profit des producteurs, la formation d'environ 2 000 conseillers agricoles et l'octroi de financements aux collectivités pour restaurer les espaces dégradés. Le programme entend également renforcer les dispositifs de traçabilité et la planification de l'utilisation des terres. 
 
La traçabilité, un impératif commercial
 
Cette dimension environnementale répond aussi à l'évolution des exigences des marchés internationaux, en particulier celui de l'Union européenne. Le règlement européen contre la déforestation et la dégradation des forêts (RDUE) impose aux opérateurs concernés de démontrer que les produits commercialisés sur le marché européen ne proviennent pas de terres ayant fait l'objet d'une déforestation après le 31 décembre 2020. 
 
La mise en œuvre de RACINE intervient toutefois dans un contexte marqué par le recul des volumes commercialisés de cacao. Selon les données de l'Office national du cacao et du café (ONCC), ceux-ci ont atteint 247 914 tonnes au cours de la campagne 2025-2026, contre 309 518 tonnes lors de la campagne précédente, soit une baisse de 19,9 %.
 
En valeur absolue, la contraction s'élève à 61 604 tonnes en un an. Les perturbations climatiques, le vieillissement des plantations et la baisse de fertilité des sols figurent parmi les facteurs avancés pour expliquer les difficultés de la filière.
 
Le recul de la production commercialisée s'est également répercuté sur les activités en aval. Au cours de la campagne 2025-2026, les exportations de fèves ont diminué de 34,65 %, à 125 469 tonnes. La transformation locale a, pour sa part, enregistré une baisse de 13,08 %, à 95 946 tonnes. 
 
Quant à la filière café, après 11 637 tonnes commercialisées au cours de la campagne 2024-2025, les prévisions pour la campagne 2025-2026 tablaient sur un volume de 17 600 tonnes. Ce dernier chiffre demeure toutefois un objectif prévisionnel et ne constitue pas un bilan définitif de la campagne. L'évolution effective de la production devra donc être confirmée par les données finales de commercialisation.
 
Claude Paul Tjeg