Dans un communiqué signé le 4 août 2026, le ministre des Finances, Louis Paul Motazé, annonce l'entrée de l'Accord d'étape vers l'Accord de partenariat économique (APE) dans sa " onzième (11ème) phase de mise en œuvre ". À ce stade, les marchandises originaires de l'Union européenne importées au Cameroun bénéficient d'un nouveau niveau de réduction des droits de douane. Le démantèlement tarifaire atteint désormais 70 % pour les produits du groupe 3, tandis qu'il est déjà de 100 % pour ceux des groupes 1 et 2.
Le groupe 3 rassemble les marchandises pour lesquelles le Cameroun a choisi de maintenir plus longtemps une protection tarifaire. Il comprend notamment les carburants, le ciment, les véhicules de tourisme, les véhicules de transport de personnes et les motocycles, ainsi que certains produits finis et biens d'équipement.
La libéralisation de ces produits progresse donc plus lentement que celle des deux autres catégories. Le calendrier retenu pour la mise en œuvre de l'APE prévoit une réduction progressive des droits de douane, à raison de 10 % par an pour le groupe 3. Les produits des groupes 1 et 2 ont, eux, déjà atteint un démantèlement de 100 %.
Le groupe 1 regroupe principalement des produits considérés comme essentiels au fonctionnement de l'économie et au bien-être des populations. On y retrouve notamment les médicaments et produits pharmaceutiques, les équipements médicaux, les engrais, les pesticides, les semences, certaines machines, les ordinateurs et certains équipements industriels.
Le groupe 2 concerne davantage les produits utilisés par les entreprises dans leurs activités de production. Il comprend notamment le clinker, le plâtre, la chaux, le marbre, certains intrants de l'industrie alimentaire, les groupes électrogènes, certaines machines, les véhicules destinés au transport de marchandises et certaines pièces automobiles.
Cette classification répond à une logique économique. La suppression plus rapide des droits de douane sur les deux premiers groupes vise notamment à faciliter l'accès des entreprises camerounaises à certains équipements et intrants importés. À l'inverse, le groupe 3 bénéficie d'une période de transition plus longue en raison du caractère jugé plus sensible des produits concernés, tant pour la production locale que pour les recettes fiscales de l'État.
Un manque à gagner pour le Trésor
Cette ouverture commerciale a toutefois un coût pour les finances publiques. À mesure qu'un produit européen passe sous le régime préférentiel, une partie ou la totalité des droits de douane qui étaient auparavant perçus à son importation disparaît. La recette correspondante n'est donc plus encaissée par le Trésor.
Selon les données communiquées dans les documents camerounais consacrés à l'APE, les pertes fiscales cumulées liées à l'accord étaient estimées à 70,5 milliards de FCFA au 31 décembre 2023. Elles atteignaient 95,7 milliards de FCFA au 31 mai 2025. Cette moins-value est appelée à évoluer avec l'élargissement progressif du nombre de produits bénéficiant des réductions tarifaires, notamment au sein du groupe 3.
L'accord prévoit toutefois une contrepartie commerciale. L'Union européenne a ouvert son marché aux produits camerounais éligibles dans les conditions prévues par l'APE. Ces exportations bénéficient d'un accès en franchise de droits de douane et sans contingentement. Le ministre des Finances rappelle ainsi que " l'APE constitue en soi une fenêtre d'opportunités commerciales pour les exportations camerounaises sur le marché européen ".
Le dispositif repose donc sur une ouverture progressive et asymétrique des marchés. Tandis que le Cameroun réduit progressivement ses droits de douane sur les marchandises européennes, les produits camerounais éligibles bénéficient d'un accès préférentiel au marché communautaire. Les exportations concernées comprennent notamment les bananes, l'aluminium, les produits transformés du cacao, le contreplaqué ainsi que certains produits agricoles frais et transformés.
Cet accès préférentiel ne garantit toutefois pas, à lui seul, l'entrée effective des produits camerounais sur le marché européen. Ceux-ci doivent respecter les règles d'origine prévues par l'accord ainsi que les exigences européennes en matière sanitaire, phytosanitaire, technique, de sécurité et de traçabilité.
Le principe vaut également pour les importations européennes au Cameroun. Une marchandise ne bénéficie pas automatiquement du tarif préférentiel parce qu'elle a été achetée en Europe. Elle doit être considérée comme originaire de l'Union européenne au regard des règles d'origine de l'APE et son origine préférentielle doit pouvoir être établie selon les procédures prévues.
Pour les exportateurs camerounais, le même impératif s'applique : l'origine préférentielle doit être démontrée dans les conditions prévues par le dispositif, notamment à travers les documents et déclarations d'origine requis.
Un accord toujours discuté
La nouvelle phase de mise en œuvre intervient alors que le débat sur l'APE se concentre de plus en plus sur son équilibre économique : d'un côté, les recettes douanières abandonnées par l'État et la pression concurrentielle exercée sur certains producteurs locaux ; de l'autre, les gains potentiels liés à l'accès au marché européen et à la baisse du coût de certains équipements et intrants.
Les critiques de l'accord mettent notamment en avant le risque d'une concurrence accrue pour les producteurs camerounais à mesure que les droits de douane diminuent sur les marchandises européennes. Cette inquiétude est particulièrement forte pour les entreprises confrontées à des coûts élevés de l'énergie, du transport, du financement et des intrants.
Les défenseurs de l'ouverture commerciale soulignent, à l'inverse, que la baisse des droits de douane peut permettre aux entreprises camerounaises d'acquérir à moindre coût certains équipements et intrants européens. Ils mettent également en avant les débouchés offerts par l'accès préférentiel au marché de l'Union européenne.
Perton Biyiha
Publié le 11/08/26 17:04
La Rédaction
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