Former davantage ne suffit pas. Encore faut-il savoir ce que deviennent les personnes formées une fois les certificats remis. Au Cap-Vert, cette question est devenue le fil directeur du Fonds de promotion de l'emploi et de la formation (FPEF), qui articule financement, données sur le marché du travail et résultats d'insertion pour rapprocher les compétences des besoins des entreprises.
Créé en 2012, le FPEF a déjà accompagné 24 903 personnes, dont 55% de femmes, avec une forte représentation des ménages les plus modestes, selon les données de la Banque mondiale. Surtout, son dispositif ne s'arrête pas à la formation. Parmi les diplômés de la formation initiale, plus de 89% déclarent avoir un emploi, tandis que le taux atteint 66% pour l'ensemble des formations.
Un financement multiplié par 9 en 4 ans
Cette mécanique repose d'abord sur une assise financière devenue plus robuste. Après avoir dépendu notamment d'une allocation représentant 10% des recettes de la taxe de séjour, le fonds a connu une forte contraction de ses ressources après 2016.
Le changement intervient en 2021. Plutôt que d'ajouter une nouvelle charge sur les salaires dans le contexte de l'après Covid, le gouvernement réaffecte 0,5% des cotisations patronales déjà versées au système obligatoire de sécurité sociale. Le dispositif est parallèlement diversifié avec des transferts budgétaires, des recettes liées au tourisme et l'appui de partenaires.
Le résultat est probant par son ampleur. Les ressources annuelles du FPEF sont passées de 88,6 millions de CVE (plus de 900 000 USD) en 2021 à 795,2 millions CVE (8,2 millions USD) en 2025, soit près de 9 fois plus. Elles devraient atteindre 768,5 millions de CVE (7,9 millions USD) en 2026. Dans le même temps, la part des ressources nationales est passée de 17% en 2022 à 47% en 2025.
Quand les données deviennent un levier de performance
L'originalité du modèle capverdien tient toutefois moins au volume des financements qu'à la manière dont ils sont alloués. Les appels à projets annuels s'appuient sur les informations du marché du travail et sélectionnent les formations selon leur pertinence, leur qualité, leurs perspectives d'emploi, leur caractère inclusif et leur viabilité financière.
Le FPEF suit ensuite les diplômés 6 mois après leur certification. ‘'Le fonds ne se contente pas de mesurer les inscriptions ou les certifications'' ; les résultats d'insertion influencent directement le financement des organismes de formation.
Les paiements sont ainsi effectués en deux temps, le second étant notamment lié aux performances en matière d'emploi et au taux d'abandon. L'objectif est de déplacer le centre de gravité du système : ne plus récompenser seulement le nombre de personnes formées, mais la capacité à les conduire vers le marché du travail.
La formation continue obéit également à une logique de responsabilisation des entreprises, qui doivent en assurer 50% du cofinancement. Une manière d'associer davantage les employeurs à la définition des compétences recherchées et au contenu des formations.
Un essor qui pose déjà de nouvelles questions
Le dispositif a changé d'échelle. Les appels à propositions ont concerné 13 985 bénéficiaires, contre 2 608 en 2021 et 5 625 en 2024 entre 2021 et 2024. Ce renforcement accroît toutefois l'exigence de suivi. Taux d'achèvement, qualité des emplois obtenus et évolution des revenus devront désormais compléter les indicateurs d'insertion.
Le cas capverdien met ainsi en évidence une équation simple : un fonds de formation produit davantage d'impact lorsque l'argent, les données et les incitations sont alignés sur un même objectif, l'emploi. La question n'est alors plus seulement de savoir combien de personnes ont été formées, mais combien ont effectivement trouvé leur place sur le marché du travail.
Publié le 28/09/26 17:36
La Rédaction
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CEMAC