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Cameroun : Au lendemain de la dégradation de sa note souveraine et de la flambée des rendements, Yaoundé relance ses non-deal roadshows

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Le Cameroun reprend langue avec les investisseurs internationaux dans un contexte marqué par la dégradation de sa note souveraine et la hausse du coût de sa dette sur les marchés. Le lundi 26 octobre 2026, le ministre des Finances, Louis Paul Motaze, a reçu à Yaoundé une délégation conduite par Bank of America Securities. Pour le gouvernement, ces échanges constituent un moyen de défendre la signature souveraine du pays auprès des créanciers et de préserver sa capacité à mobiliser des financements.

Selon le communiqué du ministère des Finances, cette rencontre s'inscrit dans la continuité des " non-deal roadshows " organisés pour présenter l'économie camerounaise aux investisseurs étrangers. Ces rencontres visent à " mieux faire connaître le potentiel économique du pays, ses atouts et ses perspectives de développement auprès des investisseurs internationaux ".

Le ministère précise également que ces échanges permettent " d'entretenir un dialogue direct avec les acteurs des marchés financiers, sans être nécessairement liées au lancement immédiat d'une opération de financement ".

Concrètement, les " non-deal roadshows " consistent à rencontrer des investisseurs sans leur proposer immédiatement de souscrire à une émission obligataire. Les autorités y présentent leur stratégie économique, leurs priorités budgétaires et leur gestion de la dette, tout en répondant aux interrogations des créanciers.

Si ces démarches peuvent contribuer à renforcer la confiance des investisseurs et à préparer de futures opérations de financement, elles ne garantissent ni la disponibilité des fonds ni les conditions auxquelles le pays pourra emprunter.

À Yaoundé, les discussions portent notamment sur les perspectives macroéconomiques, les orientations budgétaires, la dette publique et la stratégie de financement de l'État, selon le communiqué ministériel. Le programme prévoit également des échanges avec les responsables d'entreprises publiques ainsi qu'avec la Banque des États de l'Afrique centrale (BEAC), l'institution chargée notamment de la politique monétaire des six pays de la Communauté économique et monétaire de l'Afrique centrale (CEMAC).

Au-delà des questions de finances publiques, le gouvernement entend aussi mettre en avant les possibilités d'investissement dans l'agriculture, l'industrie, l'énergie, les mines et les services. Le communiqué insiste sur " la transformation locale des matières premières, le développement des infrastructures et la valorisation des ressources énergétiques ", présentés comme des leviers de croissance et de création d'emplois.

Les autorités soulignent également la position géographique du Cameroun et son accès à l'Atlantique, des atouts susceptibles de renforcer son rôle dans les échanges régionaux, notamment avec les pays voisins dépourvus de façade maritime.

Une démarche engagée depuis 2025

Cette nouvelle séquence prolonge les démarches entreprises par Yaoundé pour maintenir le dialogue avec les marchés financiers internationaux. Du 12 au 14 mars 2025, Louis Paul Motaze avait conduit une délégation à New York, Boston et Londres afin de présenter les perspectives économiques du pays, les réformes engagées et la Stratégie nationale de développement 2020-2030.

En septembre 2026, une mission à Londres, organisée avec le Commonwealth Enterprise and Investment Council, avait pris la forme d'un " Market Sounding ", destiné à recueillir les attentes des investisseurs et à examiner les possibilités de financement des projets camerounais.

Toutefois, cette intensification des contacts intervient alors que les conditions de financement du pays se détériorent. La dégradation de la note souveraine et la hausse des rendements obligataires rendent d'autant plus nécessaire le maintien d'un dialogue avec les créanciers internationaux.

Une signature souveraine devenue plus coûteuse

Le 16 octobre 2026, Fitch Ratings a abaissé la note souveraine du Cameroun de B à B-, tout en maintenant une perspective stable. L'agence de notation invoque notamment les incertitudes entourant la succession du président Paul Biya, âgé de 93 ans, ainsi que les tensions croissantes sur le financement public.

Les marchés ont rapidement réagi à cette dégradation et aux risques qui l'accompagnent. Le 19 octobre, le rendement de l'eurobond camerounais arrivant à échéance en 2033 a atteint 10,65 %, un record, tandis que celui du titre à échéance 2031 est monté à 10 %.

Selon Bloomberg, les obligations souveraines camerounaises libellées en dollars avaient perdu près de 3 % depuis le début du mois, alors que l'indice des obligations en dollars des marchés émergents progressait de plus de 1 % sur la même période.

Cette évolution traduit une perception accrue du risque associé à la dette camerounaise. Lorsque les rendements montent sur le marché secondaire, les investisseurs exigent une rémunération plus élevée pour détenir les titres du pays. Cette hausse peut, à son tour, renchérir les nouvelles émissions obligataires, les investisseurs tenant compte des rendements déjà offerts par les titres en circulation pour déterminer le prix auquel ils sont prêts à souscrire.

L'enjeu est particulièrement important pour le Cameroun, qui prévoit de lever 300 millions de dollars supplémentaires en rouvrant son eurobond à échéance 2033, assorti d'un coupon de 8,875 %. Avec un rendement de marché supérieur à 10 %, le gouvernement pourrait devoir proposer les nouveaux titres à un prix inférieur à leur valeur nominale, autrement dit avec une décote, afin de les rendre suffisamment attractifs pour les souscripteurs.

Claude Paul Tjeg 

Publié le 26/10/26 16:58

La Rédaction

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