Le Cameroun pourrait aborder la période 2027-2029 avec un système électrique confronté à trois difficultés simultanées : une production insuffisante face à la demande, des factures élevées adressées par les producteurs indépendants et des engagements financiers susceptibles d'alourdir les charges de l'État. À ces contraintes s'ajoutent les limites du réseau de transport et l'endettement de l'opérateur historique.
Le rapport général des Conférences élargies de programmation budgétaire et de la performance associée (CEPB-PA), tenues du 1er au 14 septembre 2026 en vue de la préparation du budget de l'État pour la période 2027-2029, prévoit un déficit de production électrique de 125 MW en 2027, qui pourrait atteindre 450 MW en 2028.
Pour limiter le risque de pénurie, le ministère de l'Eau et de l'Énergie (MINEE) envisage de récupérer 98 MW grâce à la maintenance des installations existantes et d'ajouter 100 MW à la capacité de la centrale à gaz de Kribi, dans le sud du pays. Un plan d'urgence solaire est également prévu, mais le rapport ne précise pas la puissance supplémentaire attendue.
Les 198 MW escomptés des deux premières mesures permettraient, sur le papier, de couvrir le déficit annoncé pour 2027, mais resteraient insuffisants face à celui projeté en 2028. Leur contribution effective dépendra toutefois de la réalisation des travaux prévus.
Des factures élevées malgré les limites du réseau
Au risque de déficit de production s'ajoute le poids des engagements contractuels envers les producteurs indépendants. La facturation de Nachtigal Hydro Power Company (NHPC), qui exploite le barrage de Nachtigal, d'une capacité de 420 MW, est projetée à 196,2 milliards de FCFA en 2027 au titre du mécanisme de " take or pay ". Cette clause impose à l'acheteur de payer l'électricité selon les conditions prévues au contrat, même lorsque toute l'énergie disponible n'est pas effectivement consommée.
Pour mieux encadrer ces engagements et en mesurer les conséquences budgétaires, les examinateurs demandent au MINEE de préciser les obligations financières découlant du contrat d'achat d'électricité conclu avec NHPC. Ils réclament notamment le détail des montants annuels à régler, leur prise en compte dans le Cadre de dépenses à moyen terme ainsi que le circuit de transmission et de validation des factures. À leurs yeux, l'état détaillé déjà transmis par le ministère ne permet pas de répondre suffisamment à ces exigences.
Les données budgétaires de 2026 donnent un aperçu des difficultés de paiement auxquelles le secteur est déjà confronté. Une annexe à la loi de finances faisait état de 64 milliards de FCFA de factures adressées à Eneo, le distributeur historique, devenu Socadel après sa nationalisation. Sur ce montant, l'opérateur n'avait réglé que 12,5 milliards de FCFA.
Le reliquat de 51,5 milliards de FCFA était couvert par une garantie bancaire. Par ailleurs, un besoin de financement proche de 75 milliards de FCFA avait été identifié pour honorer les engagements concernés au titre de l'exercice 2025 et sécuriser les paiements.
Le transport et les dettes compliquent le redressement
Au-delà des capacités de production et des obligations contractuelles, l'acheminement de l'électricité constitue un autre facteur déterminant. Le MINEE prévoit l'achèvement de la ligne de transport Nachtigal-Douala en novembre 2026.
Sa mise en service devrait permettre de mieux absorber l'énergie produite et, par conséquent, de réduire dès 2027 les charges supportées par l'État au titre du mécanisme de " take or pay ". La réalisation de cet objectif dépendra néanmoins de la mise en service effective de l'infrastructure et de sa capacité à résorber les contraintes d'évacuation de l'électricité.
Le redressement du secteur doit également composer avec le passif de l'opérateur historique. La dette d'Eneo est estimée à 800 milliards de FCFA dans le Compact énergétique national.
Dans ce contexte, les examinateurs recommandent au MINEE d'étudier les moyens d'éviter que Socadel hérite des dettes de l'ancienne société. Une telle transmission risquerait de fragiliser la situation financière du nouvel opérateur et de réduire les ressources disponibles pour les investissements, l'entretien des infrastructures et la modernisation du réseau.
Claude Paul Tjeg
Publié le 30/10/26 08:31
La Rédaction
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