menu mobile
L’information économique au cœur des marchés africains

Cameroun : Le FMI pousse au remplacement des dirigeants des entreprises publiques aux mandats échus

BRVMC0000000 - BRVMC
La BRVM Ouvre dans 14h51min

 

Dans son rapport publié en mai 2026 à l'issue des consultations menées en mars dans le cadre de l'article IV, le Fonds monétaire international (FMI) estime que le maintien en fonction de responsables dont les mandats sont arrivés à expiration fragilise les finances publiques et contribue à alimenter les risques budgétaires pesant sur l'État. Pour l'institution, l'absence de renouvellement des dirigeants ainsi que les dysfonctionnements observés au sein des organes de gouvernance expliquent en partie les contre-performances enregistrées par certaines entreprises publiques, lesquelles finissent par se répercuter sur les finances publiques.

" La faiblesse de la gouvernance est un vecteur de transmission au budget des mauvais résultats des entreprises publiques. Une surveillance insuffisante — due à des organes de gouvernance inactifs ou incomplets et à de nombreux mandats de direction expirés ou vacants — retarde les restructurations et permet aux pertes financières de persister ", souligne le FMI.

L'institution ajoute que " malgré le cadre juridique et institutionnel établi par la loi de 2017, dix entreprises publiques restent non conformes ". Selon le rapport, ces insuffisances sont aggravées par l'absence ou le fonctionnement défaillant des conseils d'administration et des assemblées générales dans plusieurs structures. " En 2024, deux entreprises publiques ne disposaient d'aucun organe de gouvernance, tandis que plus de la moitié des postes de direction clés étaient occupés par des responsables dont les mandats étaient arrivés à échéance ou demeuraient vacants ", précise le FMI.

Une loi appliquée de manière incomplète

Ces constats interviennent pourtant dans un contexte où le Cameroun dispose déjà d'un cadre juridique relativement étoffé pour encadrer le fonctionnement de ses entreprises publiques. La loi du 12 juillet 2017 portant statut général des entreprises publiques fixe notamment les règles relatives à la gouvernance des sociétés d'État et à la durée des mandats de leurs dirigeants.

Selon ce texte, les administrateurs sont nommés pour un mandat de trois ans, renouvelable une fois. Les directeurs généraux et les directeurs généraux adjoints bénéficient, quant à eux, de mandats de trois ans renouvelables deux fois. En théorie, un directeur général ne peut donc exercer plus de neuf années consécutives dans les mêmes fonctions.

Pour le FMI, la difficulté ne réside donc pas dans l'absence de règles, mais dans leur application effective. L'institution estime que plusieurs entreprises publiques continuent de fonctionner avec des organes de gouvernance incomplets ou des dirigeants dont la situation n'est plus conforme aux dispositions prévues par la législation en vigueur.

Cette analyse rejoint les conclusions de la professeure Viviane Ondoua Biwolé dans une étude consacrée à la gouvernance des entreprises et établissements publics camerounais. Selon cette spécialiste du management public, de nombreux présidents de conseils d'administration et directeurs généraux ont dépassé les limites fixées par la loi de 2017.

L'universitaire évalue à environ 634 millions de FCFA les rémunérations perçues depuis juillet 2023 par 43 présidents de conseils d'administration dont les mandats étaient arrivés à expiration. D'après cette étude, 325 millions de FCFA concernent les entreprises publiques et 309 millions les établissements publics. La même analyse estime par ailleurs à près de 195 milliards de FCFA les pertes supportées par l'État entre 2020 et 2024 au sein des structures concernées.

Un risque pour les finances publiques

Pour le FMI, la mise en place d'organes de gouvernance pleinement opérationnels constitue dès lors une condition essentielle pour accélérer les restructurations, renforcer le contrôle de la gestion et limiter l'accumulation de nouvelles pertes. " Un levier de réforme crucial est le renforcement des cadres de gouvernance, aux fins duquel il faudra mettre les entreprises publiques en conformité avec le cadre juridique de 2017, en assurant le fonctionnement effectif des organes de gouvernance et en régularisant les nominations aux postes de direction ", indiquent les services du Fonds.

L'enjeu dépasse toutefois la seule question du renouvellement des dirigeants. Dans son analyse des risques budgétaires, le FMI identifie les entreprises publiques comme l'une des principales sources potentielles de vulnérabilité pour les finances de l'État. Le rapport prévient ainsi qu'" en l'absence de réformes radicales, les entreprises publiques risquent de rester une source persistante de pression et de risque pour les finances publiques, avec des conséquences préjudiciables sur la viabilité de la dette et l'exécution du budget ".

Dans cette perspective, le Fonds recommande également d'améliorer la qualité des informations financières produites par les entreprises publiques, de généraliser la publication d'états financiers certifiés, de clarifier les relations financières entre l'État et ses entreprises, ainsi que de renforcer la discipline de paiement au sein du secteur public.

Enfin, l'institution appelle les autorités à s'attaquer aux difficultés structurelles qui affectent certaines sociétés publiques, notamment les déficits de fonds propres, les besoins récurrents de recapitalisation et des niveaux d'endettement jugés élevés. Selon le FMI, la résolution de ces fragilités est indispensable pour réduire durablement les risques budgétaires associés au secteur public marchand.

Perton Biyiha 

Publié le 03/06/26 01:25

La Rédaction

SOYEZ LE PREMIER A REAGIR A CET ARTICLE

Pour poster un commentaire, merci de vous identifier.

qQWnlmaUs0vS1PDuX0_hxdjXMRihGAz6W0woraVQThk False