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Potasse, gaz et phosphates : Le Congo veut devenir le futur fournisseur d’engrais de l’Afrique

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Brazzaville veut transformer un avantage géologique en levier industriel. En marge des 61es Assemblées annuelles de la Banque africaine de développement (BAD), organisées du 25 au 29 mai 2026 dans la capitale congolaise, le président Denis Sassou N'Guesso a affiché son ambition de ne plus seulement exporter du pétrole, du gaz ou de la potasse, mais de bâtir autour de ces ressources une véritable industrie des engrais, capable d'alimenter les marchés d'Afrique centrale et, à terme, une partie du continent.

" Nous voulons développer le secteur hors pétrole. Nous avons engagé le processus de liquéfaction du gaz. Nous souhaitons produire des engrais… Le pays possède des réserves importantes de gaz, de potasse… ", a déclaré le chef de l'État congolais au micro de nos confrères d'Adiac Congo.

Cette orientation trouve un écho favorable auprès de la Commission économique des Nations unies pour l'Afrique (CEA), dont le bureau pour l'Afrique centrale, basé à Yaoundé, travaille depuis plusieurs années avec les autorités congolaises sur les questions d'industrialisation et de diversification économique.

" Il nous a déjà été donné de proposer au gouvernement congolais un plan directeur d'industrialisation et de diversification économique. Dans ce cadre, nous avons identifié un avantage unique dont dispose le Congo : celui de posséder localement les matières premières nécessaires. Avant de se lancer dans toute forme de transformation, il faut d'abord disposer d'une base de ressources abondantes ", a confié à Adiac Congo Adama Ekberg Coulibaly, chef des initiatives sous-régionales de la CEA pour l'Afrique centrale.

Pour l'institution onusienne, la disponibilité simultanée de gaz naturel, de potasse et de phosphates offre les conditions nécessaires à l'émergence d'une industrie intégrée des fertilisants. L'organisation estime ainsi que le Congo pourrait devenir un pôle régional d'approvisionnement, alors que la plupart des pays d'Afrique centrale demeurent fortement dépendants des importations d'engrais.

" Grâce à la valorisation et à la transformation poussée du pétrole et du gaz, le Congo peut produire des engrais. Ensuite, pour ce qui est des autres ressources, comme le phosphate, le pays dispose déjà d'une base industrielle. Il faut s'appuyer sur cette disponibilité pour enclencher un processus de transformation locale afin de mettre ces intrants à la disposition de l'agriculture, non seulement au Congo, mais aussi dans toute la sous-région ", recommande Adama Ekberg.

Une industrie pensée pour répondre au déficit agricole africain

Pour la CEA, le développement d'une filière congolaise des fertilisants ne répond pas uniquement à une logique minière ou industrielle. Il est également présenté comme un levier de transformation des systèmes agricoles africains. " Quel que soit le produit agricole considéré, les rendements restent faibles parce que le niveau d'utilisation des fertilisants est insuffisant. Nous sommes encore en deçà des objectifs fixés par l'Union africaine. En travaillant étroitement avec le gouvernement congolais, il est possible d'attirer des investisseurs et de mettre en place une zone économique spéciale dédiée à la production d'engrais à coût compétitif, afin de stimuler les rendements agricoles ", souligne le responsable de la CEA.

L'idée défendue par les Nations unies consiste à faire de Pointe-Noire une plateforme industrielle où les ressources minières et gazières seraient transformées localement avant leur commercialisation, plutôt que d'être exportées à l'état brut vers les marchés internationaux.

Deux grands projets de potasse comme socle industriel

Le potentiel sur lequel repose cette ambition est considérable. Le projet de potasse de Kola, développé par la société britannique Kore Potash, en constitue l'illustration la plus avancée. Dans la mise à jour de son étude de faisabilité publiée le 27 février 2025, l'entreprise évalue à 2,07 milliards de dollars le coût de développement de cette future mine. La production moyenne attendue atteint 2,2 millions de tonnes de potasse par an, pour une production cumulée d'environ 50 millions de tonnes sur vingt-trois années d'exploitation. Ces prévisions reposent à 94 % sur des réserves minérales estimées à 152,4 millions de tonnes de minerai, avec une teneur moyenne de 32,5 % en chlorure de potassium.

À quelques dizaines de kilomètres de là, un autre projet pourrait renforcer cette future chaîne de valeur. Selon les données publiées dans le rapport 2023 de l'Initiative pour la transparence dans les industries extractives en République du Congo (ITIE Congo), le gisement de Mboukoumassi, développé par Luyuan des Mines Congo, filiale du groupe chinois Shendong, renferme des réserves proches d'un milliard de tonnes. L'investissement total est estimé à environ 1,3 milliard de dollars.

À pleine capacité, Mboukoumassi devrait produire cinq millions de tonnes de chlorure de potassium par an. Une première phase industrielle, d'une capacité de deux millions de tonnes annuelles, est envisagée dès cette année, sous réserve de la mobilisation des financements nécessaires. Au-delà de la potasse, les autorités congolaises comptent également s'appuyer sur les importantes réserves nationales de gaz naturel, dont le développement s'accélère avec les projets de liquéfaction, ainsi que sur les ressources en phosphates identifiées dans le pays.

En combinant ces trois matières premières stratégiques — potasse, gaz naturel et phosphates — Brazzaville espère bâtir une nouvelle spécialisation industrielle, moins dépendante des hydrocarbures bruts et davantage orientée vers les besoins agricoles du continent africain. L'objectif affiché est de créer, autour de Pointe-Noire, une plateforme régionale capable de fournir les intrants indispensables à l'amélioration des rendements agricoles et, plus largement, de contribuer à la sécurité alimentaire en Afrique centrale.

 

Perton Biyiha

Publié le 04/06/26 12:42

La Rédaction

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