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Cameroun : Le projet de cession de Sosucam vire à une guerre ouverte chez les Castel

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L'empire Castel, géant familial des boissons et de l'agro-industrie, traverse une profonde crise de gouvernance. Loin de se limiter à un simple désaccord stratégique, la décision du groupe français de céder la participation majoritaire de sa filiale Somdiaa dans la Société sucrière du Cameroun (Sosucam) a déclenché une confrontation au sommet de la famille fondatrice, aboutissant à l'éviction de deux de ses figures les plus en vue.

Quelques jours après avoir dénoncé publiquement ce projet, Romy Castel, fille unique du fondateur Pierre Castel, et Alain Castel ont été révoqués de leurs fonctions d'administrateurs de Castel Vins, la filiale historique qui regroupe les activités viticoles du groupe.

En effet, le 22 juin 2026, Romy Castel a publié un communiqué dans lequel elle prend ouvertement position contre le projet porté par Somdiaa, la maison mère des activités agro-industrielles africaines du groupe. Elle affirme avoir appris " par voie de presse " l'engagement d'un processus de cession des 88,36 % détenus par Somdiaa dans Sosucam et se félicite de la décision des autorités camerounaises de mettre en place un comité stratégique chargé d'examiner cette opération. " La Sosucam est un fleuron du groupe Castel. Elle participe à l'autonomie alimentaire du Cameroun et incarne la vision de mon père : un groupe agro-industriel fondé sur l'intégration verticale des brasseries et l'approvisionnement local en matières premières — sucre, maïs et malt — en substitution d'importations coûteuses en devises et en logistique. À ce titre, c'est un atout stratégique pour le groupe Castel comme pour le Cameroun ", affirme-t-elle.

Selon elle, les difficultés de l'entreprise ne résultent pas de son modèle économique, mais d'un déficit d'investissements. " Sosucam a souffert d'un sous-investissement qui ne lui a pas permis d'accroître sa production afin de combler l'écart avec une demande nationale estimée à 400 000 tonnes par an et en forte croissance. Face à ce défi industriel, la réponse de la direction actuelle — vendre plutôt qu'investir et relancer, démanteler plutôt que consolider — est un aveu d'absence de vision, de compétence et de courage ", soutient-elle.

Dans le même communiqué, Romy Castel interpelle directement les autorités camerounaises. Elle les invite à privilégier " une solution industrielle durable ", capable de préserver les emplois et d'accroître les capacités de production de l'entreprise, plutôt qu'un simple désengagement de l'actionnaire majoritaire.

Elle affirme également être en mesure de proposer une alternative au projet de cession. " Dès la révocation de Grégory Clerc et la mise en place d'une gouvernance expérimentée et professionnelle, je m'engage à présenter aux autorités camerounaises un plan d'investissement, d'expansion et de maintien de l'emploi pour Sosucam, en mobilisant la solidité financière des filiales du groupe, à commencer par Boissons du Cameroun ", promet-elle.

La direction du groupe contre-attaque

Cette prise de position publique n'est pas restée sans réponse. Réunis le 26 juin à Blanquefort, près de Bordeaux, les actionnaires de Castel Vins ont révoqué Romy Castel et Alain Castel de leurs fonctions d'administrateurs. Dans un communiqué, DF Holding, la société luxembourgeoise qui contrôle 99,99 % de Castel Vins, estime que les deux héritiers ont mené, " depuis plusieurs mois ", des actions incompatibles avec les intérêts du groupe et son bon fonctionnement.

La holding considère que " les conditions de confiance et de coopération nécessaires au maintien de Romy Castel n'étaient plus réunies " et que " certains constats rendaient incompatible la poursuite du mandat d'Alain Castel avec les exigences de bonne gouvernance du groupe ".

En réponse, Romy Castel et Alain Castel dénoncent, dans leur propre communiqué, " une nouvelle étape " dans ce qu'ils qualifient d'" accaparement " du groupe par Grégory Clerc, directeur général depuis octobre 2023. Romy Castel affirme notamment que son éviction révèle " le vrai visage " d'un projet destiné, selon elle, à " faire taire tous ceux qui lui résistent ".

Le gouvernement fixe ses conditions au retrait de Somdiaa

Cette bataille de gouvernance intervient alors que le gouvernement camerounais a déjà engagé des discussions avec Somdiaa sur les modalités de son retrait du capital de la Sosucam. Réuni le 8 juin, sous la présidence du Premier ministre Joseph Dion Ngute, l'exécutif a donné son accord de principe au projet, tout en l'assortissant de plusieurs conditions.

Le gouvernement exige notamment que Somdiaa mène à terme la campagne sucrière 2026-2027 avant toute cession effective de ses actions, préserve les emplois, maintienne l'outil de production et assure la continuité de l'exploitation jusqu'à l'entrée en fonction d'un repreneur. Un comité stratégique a également été institué afin de suivre l'ensemble du processus et de remettre ses conclusions dans un délai de six mois.

Selon le ministre du Commerce, Luc Magloire Mbarga Atangana, cette période transitoire doit permettre d'éviter toute rupture dans un secteur qu'il qualifie de sensible sur les plans économique, social et politique. Le gouvernement entend également s'assurer que le futur investisseur disposera des capacités financières, techniques et managériales nécessaires pour reprendre l'entreprise.

L'entreprise emploie près de 9 000 personnes, selon le ministre du Commerce. Son capital est détenu par Somdiaa, la Caisse nationale de prévoyance sociale (CNPS), la Société nationale d'investissement (SNI), des banques commerciales et des actionnaires privés. À ce stade, aucun candidat à la reprise ni aucun montant de la transaction n'ont été rendus publics.

Perton Biyiha 

Publié le 01/07/26 12:18

La Rédaction

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