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Cameroun : Paul Biya relance le programme national d’import-substitution, malgré un déficit de financement de plus de 1 300 milliards FCFA

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Paul Biya a validé la reconduction du Programme intégré d'import-substitution agropastorale et halieutique (PIISAH) pour le triennat 2027-2029. Cette décision figure dans la circulaire présidentielle relative à la préparation du budget de l'État pour 2027. Pour cette nouvelle phase, le chef de l'État réaffirme plusieurs orientations visant à accroître la production nationale, à réduire la dépendance aux importations et à renforcer la compétitivité des entreprises locales.

Sur le volet agricole, le président de la République recommande d'améliorer la disponibilité et l'accessibilité des intrants, indispensables à l'augmentation des rendements et au développement des productions végétales et animales.

Il préconise également le développement des infrastructures routières, ferroviaires et portuaires afin de faciliter l'acheminement des produits vers les marchés. À ces mesures s'ajoute l'orientation prioritaire de la commande publique vers l'offre locale de biens et de services, dans le but de stimuler la production nationale et de créer des débouchés pour les producteurs camerounais.

L'accès au foncier agricole constitue un autre axe d'intervention. La circulaire préconise, à cet effet, la simplification des procédures d'acquisition et de sécurisation des terres destinées à l'agriculture de seconde génération. Le renforcement de la compétitivité des entreprises locales figure également parmi les priorités, afin de leur permettre de mieux tirer parti des débouchés offerts par la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf).

Les douanes et le raffinage pétrolier également concernés

Au-delà des mesures destinées à soutenir les productions agropastorales et halieutiques, la circulaire élargit le champ d'action de la politique d'import-substitution aux instruments douaniers et industriels. Elle demande de " renforcer le soutien à l'économie par une politique douanière incitative à l'industrialisation, dans le cadre de la promotion de l'import-substitution, du patriotisme économique et du commerce licite ".

Le texte prévoit également des " prélèvements ciblés et marginaux en vue du financement de la politique nationale d'import-substitution ". Toutefois, il ne précise ni les marchandises concernées, ni les taux envisagés, ni le montant des recettes attendues.

Ces prélèvements pourraient ainsi contribuer au financement de la politique nationale, dont la mise en œuvre reste confrontée à des contraintes de ressources. La question du raffinage pétrolier figure également parmi les domaines concernés par les orientations présidentielles.

110 milliards FCFA mobilisés sur 1 443 milliards prévus

La reconduction du PIISAH pour la période 2027-2029 intervient alors que sa première phase, couvrant le triennat 2024-2026, a été marquée par un important déficit de financement et une exécution physique limitée. Selon le rapport sur l'économie camerounaise en 2025, seuls 110 milliards FCFA ont été mobilisés sur les 1 443 milliards FCFA nécessaires au financement du programme, soit à peine 7,6 % des besoins estimés.

Ce décalage entre les besoins et les ressources effectivement mobilisées contraste avec le taux d'ordonnancement des crédits, qui s'est établi à 94,1 %. En effet, malgré ce niveau d'ordonnancement, l'exécution physique globale du programme n'a atteint que 16 %. Le rapport attribue notamment ces contre-performances aux difficultés de trésorerie, qui ont retardé la mise à disposition effective des ressources et freiné la réalisation des projets.

Ces contraintes ont pesé sur l'atteinte de l'un des principaux objectifs du PIISAH : réduire de 40 % les importations des produits ciblés à fin 2026. Or, les importations concernées ont atteint 848,3 milliards FCFA en 2025, en hausse de 15 % sur un an.

Le rapport relève notamment une application insuffisante des quotas d'importation, des droits de douane différenciés et de l'obligation d'incorporation des farines locales. Autant de facteurs qui ont limité la capacité du programme à infléchir la dynamique des importations, malgré les mesures prévues pour favoriser l'offre nationale.

Des réalisations malgré les contraintes de financement

En dépit de ces difficultés, la première phase du PIISAH a permis d'enregistrer plusieurs avancées dans les domaines foncier, agricole et agro-industriel. Le Projet Plaine Centrale a notamment permis de sécuriser 350 464 hectares, tandis que 9 018 hectares de périmètres hydroagricoles ont été aménagés. De son côté, l'Institut de recherche agricole pour le développement (IRAD) a produit 670 tonnes de semences certifiées, soit 96 % de sa cible.

Les projets Viva-Bénoué et Viva-Logone ont également réceptionné des équipements agricoles, notamment des tracteurs, des moissonneuses et des motoculteurs. Sur le volet de la transformation, la rizerie de l'UNVDA à Nélop, dotée d'une capacité de traitement de 10 tonnes de riz blanchi par heure, affichait un taux d'exécution de 80 %. Son démarrage était annoncé pour le second semestre 2026.

Le bilan fait par ailleurs état de 13 000 tonnes de farines panifiables, de 452 tonnes de semences diverses et de 2 millions de tonnes d'engrais. Il mentionne également la construction de 21 centres d'insémination artificielle et l'accompagnement de 155 petites et moyennes entreprises (PME). Dans le domaine du renforcement des capacités, le nombre de bénéficiaires des formations est passé de 80 en 2024 à 580 en 2025.

Claude Paul Tjeg 

Publié le 12/10/26 17:20

La Rédaction

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