Le Cameroun veut relancer une culture pratiquement disparue de son paysage agricole afin de réduire une dépendance devenue coûteuse pour ses finances extérieures. Réunis le 24 juin à Yaoundé, les pouvoirs publics, les chercheurs, les producteurs et les opérateurs privés ont validé un plan d'action triennal doté de 30,9 milliards de FCFA, soit près de 40 milliards de FCFA, destiné à produire 180 000 tonnes de blé.
Selon les conclusions de l'atelier présidé par le ministre de l'Agriculture et du Développement rural, Gabriel Mbaïrobé, le programme prévoit " l'exploitation de 4 500 hectares en vue de la production de 9 000 tonnes de semences certifiées. Ce qui, en principe, devrait nous permettre de produire 180 000 tonnes de blé grain marchand ". Cette activité sera menée dans les régions de l'Extrême-Nord, du Nord, de l'Adamaoua, de l'Ouest et du Nord-Ouest.
Pour atteindre ces objectifs, le plan d'action s'articule autour de trois axes. " Le premier axe consiste à produire, à partir de ces semences de base, des semences certifiées. Le deuxième vise la production de blé marchand. Il s'agit d'accompagner les producteurs avec un package leur permettant de produire en quantité et en qualité, tout en réduisant les coûts grâce aux subventions des intrants et des produits phytosanitaires ", explique le ministère de l'Agriculture et du Développement rural (Minader).
Le troisième pilier porte sur " l'accompagnement des acteurs dans la transformation et la commercialisation, notamment à travers la mise en place d'infrastructures de stockage et de transformation ", précise Amos Bassia Bassa, conseiller technique n°2 du Minader.
Une facture d'importation de plus de 260 milliards FCFA
Cette initiative intervient dans un contexte de forte dépendance du Cameroun aux importations de blé. Selon les données présentées lors de l'atelier, le pays importe chaque année plus d'un million de tonnes de cette céréale, pour une facture dépassant 260 milliards de FCFA.
Le nouveau programme s'appuie sur les travaux engagés depuis 2022 par l'Institut de recherche agricole pour le développement (Irad), dans le cadre du Projet de production et de transformation du blé au Cameroun, doté d'une enveloppe de 10 milliards de FCFA. Ce programme a permis de tester des variétés adaptées à plusieurs zones agroécologiques du pays et de relancer la production de semences de base.
Selon Eddy Ngonkeu Mangaptche, conseiller technique n°2 au ministère de la Recherche scientifique et de l'Innovation, près de 600 tonnes de semences sont actuellement en cours de récolte. Ces volumes pourraient permettre d'emblaver environ 6 000 hectares, à condition que les mécanismes de multiplication des semences, de distribution et d'encadrement des producteurs soient effectivement mis en place.
Même si les 180 000 tonnes visées demeurent largement inférieures aux besoins nationaux, ce volume constituerait une première production locale suffisamment importante pour tester la viabilité économique d'une filière que le Cameroun tente de structurer depuis plusieurs années.
Perton Biyiha
Publié le 25/06/26 18:08
La Rédaction
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