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Cameroun : SOCADEL, communes, PPP, ces passifs qui pourraient alourdir la dette publique

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À fin juin 2026, la dette publique atteint 15 607,0 milliards FCFA. Ce montant, communiqué dans la note de conjoncture de la dette publique, ne couvre toutefois pas tous les engagements du secteur public. Plusieurs passifs restent en cours de recensement, de vérification auprès des créanciers ou d'évaluation. Leur prise en compte pourrait faire évoluer l'encours de la dette et les risques budgétaires auxquels l'État est exposé.

Le cas de la Société camerounaise d'électricité (SOCADEL), ex-Eneo, concentre une partie de ces incertitudes. Sa dette est estimée à environ 800 milliards FCFA. Elle n'est pas comprise dans l'encours officiel de la dette des entreprises et établissements publics, évalué à 923 milliards FCFA à fin juin 2026. Le rapport précise que son montant exact et son traitement dans la dette publique restent à déterminer.

Quand les dettes des opérateurs deviennent celles de l'État

Le risque réside surtout dans la possibilité que l'État soit appelé à régler cette dette lorsque l'entreprise concernée ne peut plus honorer ses engagements. Le Cameroun en a déjà fait l'expérience . Face à l'incapacité d'Eneo à régler certaines factures, l'État a dû intervenir pour payer NHPC, qui exploite le barrage de Nachtigal.

Lorsque le concessionnaire ne peut plus payer ses fournisseurs, l'État peut ainsi être conduit à mobiliser des fonds publics pour éviter une interruption de la production ou maintenir la continuité du service. La dépense devient alors une charge budgétaire, même si l'engagement initial avait été contracté par une entreprise.

Le rachat d'Eneo par l'État, suivi de son changement de nom en Socadel, a renforcé cette exposition. Selon le FMI, les difficultés financières de l'entreprise peuvent désormais avoir un effet plus direct sur les finances publiques, notamment si l'État doit financer ses besoins de trésorerie, régler des arriérés ou prendre en charge certains engagements. 

Les communes, autres sources de risques budgétaires

Le même mécanisme peut concerner les collectivités territoriales décentralisées. Les travaux menés avec le ministère de la Décentralisation et du Développement local (MINDEVEL) et les communes ont fait ressortir, sur la période 2020-2025, 121,2 milliards FCFA de dettes envers le Fonds spécial d'équipement et d'intervention intercommunale (FEICOM), l'organisme public qui finance notamment les investissements des communes.

Ces données doivent encore être documentées afin de déterminer les instruments concernés et leur éventuelle intégration dans la dette publique. Une évaluation plus exhaustive est attendue à fin décembre 2026. Cette dette ne figure pas dans les 25 milliards FCFA de dette financière à moyen terme des collectivités déjà recensée à fin juin 2026.

L'enjeu dépasse toutefois la seule comptabilisation. Si les communes ne disposent pas des ressources nécessaires pour rembourser le Feicom ou régler leurs fournisseurs, la pression peut se déplacer vers le budget national. L'État s'est déjà substitué à plusieurs reprises aux collectivités pour payer des factures dues au concessionnaire du ramassage des ordures ou régler des dépenses d'éclairage public. Ces interventions montrent que les engagements locaux peuvent, eux aussi, devenir une charge pour les finances publiques.

Les PPP, entre investissements et obligations futures

Les partenariats public-privé (PPP) représentent une autre catégorie d'engagements à surveiller. À fin juin 2026, les passifs conditionnels explicites de l'État sont évalués à 4 895,1 milliards FCFA, soit 13,9 % du PIB. Ce montant correspond aux investissements réalisés dans le cadre des PPP recensés par le Conseil d'appui à la réalisation des contrats de partenariat (CARPA), l'organisme chargé d'accompagner l'État dans la préparation et le suivi de ces contrats. Les données doivent encore être mises à jour.

Le portefeuille est dominé par les PPP concessifs, qui représentent 93,7 % des engagements, contre 5,7 % pour les PPP mixtes et 0,6 % pour les PPP à paiement public. Dans un PPP concessif, l'investisseur finance généralement l'ouvrage et se rémunère sur les revenus d'exploitation. Le risque budgétaire peut apparaître si les recettes attendues ne couvrent pas les charges prévues, si l'État doit compenser un manque à gagner ou si une garantie contractuelle est appelée. Dans un PPP à paiement public, les paiements dus au partenaire privé peuvent, quant à eux, devenir des dépenses budgétaires régulières.

Les travaux de vérification auprès des bailleurs doivent permettre de déterminer la part des engagements qui relève d'un risque potentiel, d'une dette financière ou d'une obligation déjà matérialisée. La hausse de la dette publique ne résulterait donc pas de l'addition mécanique de ces montants, mais de leur transformation éventuelle en obligations fermes pour l'État.

L'addition des 800,0 milliards FCFA de dette estimée de la SOCADEL, des 121,2 milliards FCFA dus au FEICOM et des 1 166,0 milliards FCFA de PPP non intégrés donne un volume théorique de 2 087,2 milliards FCFA.

Claude Paul Tjeg 

Publié le 04/09/26 16:34

La Rédaction

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