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Cameroun : Une politique nationale de l’eau pour porter la desserte à 100% en ville

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Le 11 avril 2025 à Yaoundé, le ministère de l'Eau et de l'Énergie (Minee) et l'Unicef ont officiellement lancé la Politique nationale de l'eau (PNE). Cette politique est adossée à la Stratégie nationale de développement 2020-2030 (SND30) qui ambitionne de porter à 100% le taux d'accès à l'eau potable en zone urbaine et à 85% en milieu rural d'ici 2030.

Ce document, décrit par les autorités comme une feuille de route opérationnelle, entend corriger les nombreuses insuffisances qui freinent encore l'accès équitable et sécurisé à l'eau. En ligne de mire, une meilleure coordination entre acteurs, la réduction drastique des pertes techniques dans les réseaux de distribution, et la mise à niveau de l'ensemble de la chaîne de production.
Les derniers chiffres illustrent l'ampleur du chantier. En 2021, une enquête de l'Institut national de la statistique (INS) révélait que seuls 29% des ménages camerounais étaient connectés au réseau public d'eau potable. Dans les villes comme Yaoundé, malgré une demande journalière estimée à 215 000 m³, la Cameroon Water Utilities (Camwater) peine à répondre efficacement, notamment à cause de pertes techniques évaluées à 53% de sa production, dues à des fuites et des branchements frauduleux.

Les alternatives, comme les forages et les puits, représentent encore près de 40% des sources principales d'approvisionnement. Ce recours massif à des solutions non conventionnelles, souvent non sécurisées, expose des millions de Camerounais à des risques sanitaires.
Des ambitions revues à la hausse dans la SND30.

Initialement fixé à 75% pour 2025 dans le cadre de la Vision 2025, le taux d'accès à l'eau potable a été revu à la hausse avec la SND30. Le gouvernement ambitionne désormais l'universalité en ville. Pour concrétiser cette ambition, la PNE repose sur une stratégie multisectorielle intégrant la planification environnementale, le renforcement de la gouvernance locale et le recours à des financements innovants. Le ministre de l'Eau et de l'Énergie, Gaston Eloundou Essomba, reconnaît toutefois les défis qui persistent. La fragmentation des interventions, l'absence de synergie entre les acteurs publics et privés, et la vétusté des infrastructures sont autant d'obstacles à surmonter.

Des projets structurants en cours pour atteindre les objectifs

Parmi les initiatives majeures en soutien à cette politique, le gouvernement a mis en service en 2024 le Projet d'alimentation en eau potable de la ville de Yaoundé et ses environs à partir du fleuve Sanaga (Paepys). Avec une capacité initiale de 300 000 m³ par jour, extensible à 400 000 m³, cette infrastructure est capable de couvrir l'ensemble des besoins actuels de la capitale, évalués à 215 000 m³.

Pour renforcer la desserte en milieu rural, le gouvernement a organisé le 4 mars 2025 une table ronde avec les bailleurs de fonds, en vue de mobiliser les 276 milliards de FCFA nécessaires à la construction de 300 mini-adductions d'eau potable dans la partie septentrionale du pays. Ce projet devrait toucher un million de personnes et générer 41 000 m³ d'eau par jour. La Banque mondiale s'est déjà engagée à financer un tiers des installations prévues.

Par ailleurs, un ambitieux programme de réhabilitation des anciennes stations Scanwater, construites il y a quarante ans, est sur les rails. Alimentées à l'énergie solaire, ces stations devraient à nouveau desservir des localités rurales aujourd'hui en difficulté. Une enveloppe de 20 milliards de FCFA, inscrite dans le budget 2025, y est dédiée. Toutefois, la mise en œuvre dépend toujours de la signature formelle du contrat de financement, attendue dans les mois à venir.

Face aux limites structurelles de Camwater qui n'exploite que 21% du potentiel du marché de l'eau potable l'État a lancé une initiative d'import-substitution dans le secteur. Depuis mars 2024, les équipements destinés à la production d'eau potable sont exonérés de droits et taxes à l'importation pendant deux ans. L'objectif poursuivi par le gouvernement est de stimuler la création d'unités privées capables de soutenir l'offre nationale, notamment dans les zones périurbaines et rurales.

Cette mesure, similaire à celles appliquées dans les filières agricoles ou piscicoles, vise à créer un écosystème compétitif autour de l'eau potable. Elle s'inscrit dans une volonté de diversification des acteurs pour mieux répondre à une demande croissante.

Perton Biyiha

Publié le 14/04/25 15:56

La Rédaction

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