Longtemps critiquée pour la lenteur de mise en œuvre de certains financements régionaux, la Banque d'investissement et de développement de la CEDEAO (BIDC) semble avoir changé de braquet. En 2025, l'institution sous-régionale a porté ses décaissements à 616,65 millions de dollars, soit une progression importante de 68,9% sur un an, selon les données publiées sur ses canaux officiels.
Cette accélération traduit une amélioration de l'exécution opérationnelle de la banque régionale, à un moment où l'Afrique de l'Ouest fait face à une pression croissante sur ses besoins en infrastructures, en industrialisation et en financement des petites entreprises.
L'infrastructure capte l'essentiel des financements
La BIDC a approuvé 266,7 millions de dollars en faveur de projets liés aux infrastructures et à l'industrie, confirmant la priorité accordée aux actifs productifs capables de soutenir durablement la croissance régionale.
Dans le détail, le projet le plus emblématique reste le financement de 100 millions de dollars accordé à l'autoroute Lagos-Calabar au Nigeria. Cette infrastructure stratégique doit améliorer la connectivité entre 9 États nigérians et fluidifier les échanges commerciaux dans l'ensemble de la sous-région.
Toujours au Nigeria, la banque a mobilisé 91,63 millions de dollars pour la réhabilitation des routes de l'État de Bauchi. L'objectif est particulièrement sensible dans une région où l'enclavement logistique pénalise fortement les zones agricoles et renchérit les coûts de transport.
Autre illustration du repositionnement de la BIDC vers des projets à fort impact social : 50 millions de dollars ont été engagés dans un programme de gestion des déchets à Lagos. Le projet vise un taux de recyclage de 45% et prévoit la création de 5 000 emplois, combinant ainsi impératifs environnementaux et insertion économique.
La bataille de l'industrialisation s'intensifie
Au Ghana, la banque régionale a approuvé 15 millions de dollars pour financer une unité de production de papier tissu.
Derrière ce projet en apparence modeste se cache un enjeu économique majeur, celui de réduire la dépendance aux importations de produits manufacturés et renforcer la transformation locale. Une stratégie désormais centrale dans plusieurs pays ouest africains confrontés à la volatilité des devises et à la détérioration de leurs balances commerciales.
En Gambie, la BIDC a également accordé 10,04 millions de dollars à G Farms Ltd pour renforcer la production avicole et laitière. L'objectif est d'améliorer la sécurité alimentaire dans une région encore vulnérable aux chocs extérieurs sur les prix agricoles.
Les banques locales deviennent des relais de croissance
L'autre évolution notable concerne l'appui croissant au secteur bancaire local, devenu un canal privilégié pour irriguer les économies nationales.
La BIDC a ainsi injecté 30 milliards FCFA à travers plusieurs lignes de crédit destinées aux institutions financières locales.
Au Sénégal, la Banque Nationale pour le Développement Économique (BNDE) a bénéficié de 20 milliards FCFA afin de renforcer le financement des PME et l'accès au logement.
En Côte d'Ivoire, Afriland First Bank a obtenu 10 milliards FCFA pour soutenir les micro, petites et moyennes entreprises, segment clé de l'économie réelle mais encore largement sous financé dans l'espace CEDEAO.
Ce mécanisme permet à la banque régionale d'élargir son impact sans financer directement chaque entrepreneur. En apportant de la liquidité aux banques commerciales, elle favorise indirectement l'accès au crédit pour les jeunes entreprises, les femmes entrepreneures et les activités à fort potentiel de création d'emplois.
Une stratégie régionale plus offensive
À travers ces investissements, la BIDC structure désormais son action autour de trois priorités clairement identifiées.
La première concerne l'intégration régionale, avec le financement de corridors logistiques destinés à fluidifier les échanges intracommunautaires encore freinés par le déficit d'infrastructures.
La deuxième vise la souveraineté économique, à travers le soutien à la transformation locale et à l'industrialisation afin de réduire la dépendance extérieure.
La troisième repose sur l'inclusion financière, avec une volonté accrue de démocratiser l'accès au crédit dans une région où le financement des PME demeure l'un des principaux freins à la croissance.
Publié le 23/04/26 12:55
Dr Ange Ponou
SN
CEMAC