L'Afrique ne manque plus d'argent. Elle manque désormais de mécanismes efficaces pour transformer cette épargne abondante en routes, ports, chemins de fer, centrales énergétiques et plateformes logistiques capables de soutenir son industrialisation.
C'est le principal enseignement du dernier rapport publié ce 23 avril par Africa Finance Corporation (AFC), qui bouscule un narratif longtemps dominant sur le continent, celui d'une Afrique structurellement confrontée à une pénurie de capitaux pour financer son développement.
Selon l'institution financière panafricaine basée à Lagos, les ressources financières domestiques détenues par les banques africaines, les fonds de pension, les compagnies d'assurance et les institutions souveraines atteignent désormais près de 4 000 milliards de dollars. Une masse financière considérable qui, paradoxalement, peine encore à irriguer l'économie réelle.
‘'Cette base croissante de capital ne s'est pas traduite par le niveau d'industrialisation, d'infrastructures ou d'emplois nécessaires à une transformation économique durable'', résume Samaila Zubairu, directeur général de l'AFC.
Le constat est implacable : l'Afrique dispose de l'épargne, mais pas encore des circuits institutionnels, réglementaires et techniques permettant de canaliser ces ressources vers des projets structurants à grande échelle.
Un sous-investissement chronique qui pénalise la compétitivité
Le déficit reste colossal. D'après la Banque africaine de développement (BAD), le continent consacre seulement 4% de son PIB aux infrastructures, contre 14% en Chine.
Ce niveau d'investissement demeure insuffisant pour répondre aux besoins massifs liés aux routes, aux ports, aux réseaux ferroviaires, aux infrastructures énergétiques et aux plateformes industrielles.
Plus préoccupant encore, la BAD estime que l'Afrique fait face à un déficit annuel de financement pouvant atteindre 170 milliards de dollars pour ses infrastructures.
Pourtant, combler ce retard pourrait générer un dividende économique majeur. Selon l'institution, une réduction du déficit infrastructurel permettrait d'ajouter jusqu'à deux points de croissance supplémentaires par an aux économies africaines.
En clair, les infrastructures ne représentent plus simplement un enjeu de modernisation, elles deviennent un levier direct de compétitivité, de création d'emplois et de souveraineté économique.
Le véritable défi africain, passer de la mobilisation à l'exécution
Créée il y a près de 20 ans, Africa Finance Corporation regroupe aujourd'hui 48 pays membres et affirme avoir investi plus de 19 milliards de dollars dans 36 pays africains depuis sa création.
Mais au-delà des montants déjà engagés, le principal défi africain n'est plus seulement de lever des capitaux internationaux, note le rapport.
Il s'agit désormais de bâtir des marchés financiers plus profonds, des cadres réglementaires plus stables et des pipelines de projets suffisamment solides pour transformer l'épargne africaine en actifs productifs.
Publié le 23/04/26 10:02
La Rédaction
SN
CEMAC