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CEMAC : Les réserves du Cameroun masquent une dégradation des avoirs extérieurs en 2025

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Les données issues du rapport spécial sur le contrôle du Compte d'opérations révèlent d'emblée une fracture interne au sein de la CEMAC à fin 2025. Derrière la bonne tenue apparente des réserves du Cameroun, plusieurs économies enregistrent un affaiblissement marqué de leur position extérieure, contribuant à une lecture trompeuse des indicateurs globaux.

Le Compte d'opérations constitue le mécanisme central de cette architecture. Il s'agit d'un compte dans lequel les États de la CEMAC déposent une partie de leurs réserves en devises, notamment en euros et en dollars, auprès du Trésor français. Ces ressources servent de garantie à la stabilité du franc CFA et permettent de financer les besoins extérieurs des pays. Le niveau de ce compte reflète donc directement la solidité financière extérieure de la région.

" Au 31 décembre 2025, la répartition statistique du solde du Compte d'opérations […] se présente comme suit ", indique le rapport, avec un total régional ramené à 3 669,2 milliards de FCFA contre 4 807,5 milliards de FCFA en 2024, soit une contraction de plus de 1 138 milliards de FCFA.

Une dégradation marquée et très inégale entre États

Dans le détail, le Cameroun conserve la première position avec 1 816,9 milliards FCFA, contre 2 164,3 milliards un an plus tôt, soit une baisse d'environ 347 milliards de FCFA. Le Congo recule à 508,6 milliards, contre 659,6 milliards en 2024, soit une diminution d'environ 151 milliards. Le Tchad passe de 302,9 milliards à 287,6 milliards, enregistrant une baisse plus contenue d'environ 15 milliards.

La contraction apparaît en revanche beaucoup plus marquée pour la Guinée équatoriale, dont les avoirs chutent de 444,4 milliards FCFA à 130,9 milliards, soit une perte de plus de 313 milliards FCFA en un an.

Le cas du Gabon marque une rupture plus nette. Le rapport souligne que " la position du Compte d'opérations de l'État gabonais ressort débitrice à -166,355 milliards FCFA au 31 décembre 2025, traduisant une situation de déséquilibre significative ", alors que le pays affichait encore un solde positif de 202,4 milliards FCFA en 2024. L'écart représente une dégradation de près de 369 milliards FCFA en un an.

Le rapport ajoute qu'" aucune mesure d'ajustement […] n'a, à ce jour, été arrêtée ". Une position débitrice signifie en effet qu'un État a retiré plus de devises qu'il n'en a déposées dans le mécanisme commun, ce qui fragilise l'équilibre collectif et pèse sur la solidité globale du système.

Dans ce contexte, les performances du Cameroun prennent une importance particulière dans la lecture d'ensemble, au point d'en influencer fortement l'interprétation.

Réserves hors Compte d'opérations : une progression portée quasi exclusivement par le Cameroun

En parallèle, les réserves en devises détenues hors Compte d'opérations progressent légèrement. " Les avoirs en devises convertibles gérés hors du Compte d'opérations s'élèvent à FCFA 1 954 732 millions au 31 décembre 2025 ", soit 1 954,7 milliards FCFA, contre 1 897,8 milliards un an plus tôt.

Ces réserves hors Compte d'opérations correspondent aux devises directement détenues par la banque centrale en dehors du mécanisme avec le Trésor français.

Cette hausse masque toutefois une forte concentration géographique. Le Cameroun totalise à lui seul 1 274,7 milliards FCFA, contre 1 016,6 milliards en 2024, soit une progression d'environ 258 milliards de FCFA.

Mais cette dynamique contraste avec celle des autres États. Le Congo progresse également, passant de 152,5 milliards à 215,5 milliards de FCFA, soit une hausse d'environ 63 milliards. Le Tchad enregistre une augmentation plus modérée, de 313,9 milliards à 360,0 milliards, soit environ 46 milliards supplémentaires.

À l'inverse, la Guinée équatoriale voit ses réserves reculer fortement, passant de 213,6 milliards à 92,6 milliards de FCFA, soit une perte de plus de 121 milliards. Le Gabon bascule également en position négative, avec -108,5 milliards FCFA en 2025, contre un niveau positif de 100,0 milliards un an plus tôt, soit une dégradation de plus de 208 milliards de FCFA. La République centrafricaine affiche une progression plus limitée, passant de 101,3 milliards à 120,4 milliards  FCFA.

Autrement dit, la hausse globale des réserves hors Compte d'opérations repose principalement sur la performance du Cameroun, dans un contexte où plusieurs économies enregistrent des replis marqués ou des basculements en déséquilibre.

L'évolution du ratio de couverture des réserves illustre cette situation. Le rapport indique que " le ratio des réserves de change hors Compte d'opérations rapportées aux Avoirs Extérieurs Nets " dépasse ponctuellement 100 % en 2025, atteignant 108,62 en octobre, contre 89,52 un an plus tôt.

Ce ratio mesure la capacité de la région à couvrir ses engagements extérieurs avec ses réserves. Un niveau supérieur à 100 % signifie, en théorie, que les réserves suffisent à couvrir l'ensemble des engagements extérieurs à court terme.

Des fragilités régionales en arrière-plan

Cette amélioration apparente ne traduit pas pour autant un renforcement homogène. Elle s'inscrit au contraire dans un contexte de recul des revenus et de diminution des disponibilités.

Le repli est net. " Au 31 décembre 2025, le montant total comptabilisé des intérêts créditeurs du Compte d'opérations et du Compte spécial de nivellement se chiffre à FCFA 110 640 millions ", soit environ 110,6 milliards FCFA, contre 190,9 milliards FCFA un an plus tôt, soit " une baisse de FCFA 80 234 millions, correspondant à une variation de 42 % ", selon le rapport.

Les intérêts créditeurs correspondent aux revenus générés par les réserves placées. Autrement dit, il s'agit des gains que la banque centrale tire des avoirs détenus à l'extérieur.

Dans le détail, la contraction est continue sur l'année, avec des revenus trimestriels passant de 37,0 milliards FCFA au premier trimestre à 20,4 milliards FCFA au quatrième. Ce mouvement reflète la détente progressive des taux observée en 2025, après des niveaux plus élevés en 2024.

Parallèlement, les disponibilités du Compte d'opérations se replient. Elles atteignent 3 664,7 milliards FCFA au quatrième trimestre 2025, contre 4 768,5 milliards FCFA un an plus tôt. Ces disponibilités représentent le stock de réserves immédiatement mobilisables par la banque centrale pour faire face aux besoins extérieurs, notamment le financement des importations.

Le rapport souligne enfin que " les taux moyens de rémunération du Compte d'opérations et du Compte spécial de nivellement ont été les suivants pendant les quatre trimestres ", avec un net décrochage par rapport à 2024. Au premier trimestre, les taux atteignaient encore 3,19 % et 2,94 % en 2025, contre respectivement 4,75 % et 4,50 % un an plus tôt.

Perton Biyiha

Publié le 24/04/26 14:52

La Rédaction

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