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CEMAC : Près de la moitié des établissements de microfinance classés à risque très élevé

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Dans les six pays d'Afrique centrale qui partagent le franc CFA, la finance de proximité évolue dans un environnement marqué par d'importantes fragilités. Selon le rapport annuel 2025 de la Commission bancaire de l'Afrique centrale (COBAC), l'autorité chargée de la supervision bancaire dans la zone CEMAC, 48,7 % des établissements de microfinance (EMF) sont classés dans la catégorie " très fragiles " à fin 2025. Le document relève également " une légère dégradation du profil de risque global entre le troisième et le quatrième trimestre 2025 ".

Ces établissements jouent un rôle essentiel dans le financement des ménages et des petits entrepreneurs qui ont souvent difficilement accès aux services des banques classiques. Ils collectent l'épargne et accordent des crédits de proximité. La CEMAC en compte 521 agréés et en activité à fin 2025, un effectif stable sur un an.

Le Cameroun concentre à lui seul 384 établissements, soit 73,7 % du total régional, devant le Tchad (59), le Congo (46), le Gabon (18), la Centrafrique (12) et la Guinée équatoriale (2). Les EMF camerounais représentent également 62,3 % du total des bilans du secteur dans la région, ce qui confère au pays un poids déterminant dans l'équilibre financier de la microfinance communautaire.

Pour évaluer ces fragilités, la COBAC s'appuie depuis septembre 2025 sur un nouvel outil de notation, baptisé SYSCO-EMF. Son évaluation pour l'exercice 2025 met en évidence plusieurs facteurs de vulnérabilité, notamment le modèle d'affaires et la rentabilité, le risque de crédit, la lutte contre le blanchiment de capitaux et le financement du terrorisme, le contrôle interne, ainsi que les fonds propres et la gouvernance. Ces différents facteurs permettent d'apprécier la capacité des établissements à exercer durablement leurs activités, à maîtriser les risques et à respecter les exigences réglementaires.

Des infractions en hausse sur plusieurs ratios prudentiels

Les fragilités relevées par la COBAC se reflètent également dans le respect des normes prudentielles. Le rapport fait état d'une progression de la proportion d'établissements en infraction sur plusieurs ratios clés. Pour le ratio de couverture des risques, dont le seuil réglementaire minimal est fixé à 10 %, cette proportion passe de 24,5 % en 2024 à 29,2 % en 2025. Autrement dit, près de trois EMF sur dix ne respectent pas cette exigence, qui vise à garantir que leurs fonds propres sont suffisants au regard des risques qu'ils prennent, notamment lorsqu'ils accordent des crédits.

La situation se dégrade également pour le ratio de couverture des immobilisations, dont le taux d'infraction progresse de 37,1 % à 38,8 %. Cette norme vise à éviter que les établissements financent excessivement leurs investissements durables — tels que les bâtiments, les équipements ou les autres biens immobilisés — avec des ressources qui devraient servir à financer leurs activités courantes. Son non-respect peut ainsi traduire un déséquilibre dans la structure de financement de l'EMF.

La même tendance apparaît pour la limite individuelle de division des risques, dont le taux d'infraction passe de 34,3 % à 36,4 %. Cette règle vise à empêcher un établissement de concentrer une part excessive de ses crédits ou de ses engagements sur un seul client ou un même bénéficiaire. Elle permet de limiter les pertes potentielles en cas de défaillance d'un emprunteur important. À fin 2025, plus d'un tiers des EMF de la zone ne respectaient donc pas les normes relatives à la couverture des immobilisations et à la division individuelle des risques, selon le rapport de la COBAC.

Quelques indicateurs évoluent toutefois favorablement. La proportion d'établissements en infraction au regard du ratio de liquidité recule de 28,7 % à 25,6 %. Cette norme vise à garantir que les EMF disposent de ressources suffisamment liquides pour honorer leurs engagements à court terme, notamment les retraits des déposants.

Le rapport relève également une baisse des infractions relatives aux engagements envers les apparentés, c'est-à-dire les personnes ou entités liées à l'établissement, ainsi qu'aux prises de participation. Ces améliorations ponctuelles ne suffisent cependant pas à inverser la tendance générale mise en évidence par le profil de risque du secteur.

Des fonds propres en hausse, mais des situations contrastées selon les pays

Malgré ces fragilités, les fonds propres nets agrégés des EMF de la CEMAC progressent. Ils atteignent 318,5 milliards de FCFA à fin 2025, contre 281,4 milliards un an auparavant, soit une hausse de 13,2 %. Cette augmentation renforce, à l'échelle régionale, les ressources dont disposent les établissements pour absorber d'éventuelles pertes. Elle masque toutefois des évolutions très contrastées selon les pays.

Le Congo affiche le niveau le plus élevé, avec 155,8 milliards de FCFA de fonds propres nets, en hausse de 6 % sur un an. Le Cameroun suit avec 137,4 milliards, soit une progression de 24 %. La Centrafrique et le Tchad enregistrent les augmentations relatives les plus fortes, respectivement de 61 % et de 207 %. Leurs fonds propres nets atteignent néanmoins des montants encore modestes, de 4,2 milliards de FCFA en Centrafrique et de 4 milliards au Tchad. À l'inverse, le Gabon accuse un recul de 7 %, à 18,9 milliards de FCFA.

La situation est plus préoccupante en Guinée équatoriale, où les fonds propres nets agrégés des EMF restent négatifs. Selon la COBAC, ils s'établissent à −1,8 milliard de FCFA en 2025, contre −1,5 milliard un an plus tôt. Cette dégradation signifie que les pertes et les autres éléments affectant les fonds propres dépassent les ressources propres disponibles. Les deux établissements recensés dans le pays ne disposent donc pas, à l'échelle agrégée, d'un coussin de fonds propres positif pour absorber de nouvelles pertes.

Claude Paul Tjeg 

Publié le 26/10/26 12:52

La Rédaction

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