Quatre mois seulement après l'entrée en vigueur de la loi de finances 2026, le gouvernement congolais a procédé à un important redéploiement de crédits budgétaires. Par un décret signé le 8 mai 2026 par le président Denis Sassou-N'Guesso, près de 439 milliards de FCFA ont été réaffectés au sein du budget de l'État, sans modification de l'enveloppe globale des dépenses publiques.
Le texte, consulté par notre rédaction, prévoit l'annulation de 433,88 milliards de FCFA de crédits initialement inscrits dans certaines administrations et certains programmes, ainsi que l'ouverture simultanée de 438,88 milliards de FCFA de nouveaux crédits au profit d'autres secteurs. L'opération ne traduit donc ni une hausse des dépenses publiques ni la mobilisation de nouvelles recettes ou de nouveaux emprunts. Elle consiste plutôt à redistribuer des ressources déjà prévues dans le budget voté par le Parlement à la fin de l'année 2025. Comme le rappelle le décret, " les crédits ouverts par le présent décret seront soumis à la ratification du Parlement dans le cadre d'un projet de loi de finances rectificative ".
Les infrastructures apparaissent comme le principal bénéficiaire de ce redéploiement. Selon les tableaux annexés au décret, le ministère chargé de la Coordination des infrastructures de développement et de l'aménagement du territoire bénéficie de 105,67 milliards de FCFA de crédits supplémentaires. Cette enveloppe se répartit entre plusieurs programmes, dont 84 milliards de FCFA pour les projets structurants, 8,57 milliards pour les infrastructures et 9,66 milliards pour l'aménagement du territoire.
D'autres ministères économiques figurent également parmi les bénéficiaires. Le ministère de l'Économie, du Plan et de l'Intégration régionale obtient ainsi 36,13 milliards de FCFA. De son côté, le ministère du Développement industriel et de la Promotion du secteur privé reçoit 10,03 milliards de FCFA destinés notamment au développement industriel, aux zones économiques spéciales et à la promotion de l'investissement privé.
Au-delà des infrastructures et de l'économie, le décret accorde une place importante aux dépenses sociales. Les comptes spéciaux du Trésor bénéficient ainsi de 95,7 milliards de FCFA. Les documents budgétaires annexés précisent que cette enveloppe se répartit entre 25,06 milliards de FCFA destinés au régime d'assurance maladie et 70,64 milliards consacrés aux caisses de retraite.
Le secteur agricole figure également parmi les grands gagnants de cette réallocation. Au total, 31,26 milliards de FCFA lui sont affectés. Plus de 22,56 milliards de FCFA sont destinés à la production végétale, tandis que 2,84 milliards sont consacrés à la production animale. Cette orientation traduit la volonté des autorités de soutenir les activités agricoles et d'élevage, souvent présentées comme des leviers de diversification économique.
Les secteurs de la jeunesse, de l'emploi et de la formation bénéficient eux aussi de crédits additionnels. Les dotations atteignent 3,92 milliards de FCFA pour l'emploi, l'entrepreneuriat et la formation qualifiante. Les sports, la jeunesse et l'éducation civique reçoivent pour leur part 29,36 milliards de FCFA.
Par ailleurs, le décret ouvre 12,77 milliards de FCFA en faveur de la culture, des arts, du patrimoine et du tourisme. Le ministère des Finances figure également parmi les administrations bénéficiaires, avec une enveloppe supplémentaire de 2,5 milliards de FCFA affectée au programme " Budget et contrôle budgétaire ".
Au total, ce réaménagement budgétaire illustre la possibilité, pour le gouvernement, d'adapter l'exécution du budget aux priorités apparues en cours d'année sans modifier le niveau global des dépenses publiques. Le recours à ce mécanisme demeure toutefois encadré par la législation budgétaire, ce qui explique l'obligation de soumettre ultérieurement ces ouvertures de crédits à la ratification du Parlement dans le cadre d'une loi de finances rectificative.
Publié le 30/05/26 10:59
La Rédaction
SN
CEMAC