La dette publique du Congo a reculé en 2025, mais sa structure rend sa trajectoire plus fragile qu'elle n'en a l'air. C'est ce qui ressort de la Stratégie de gestion de la dette à moyen terme 2026-2028, qui met en évidence un portefeuille moins coûteux en apparence, mais soumis à de fortes pressions de refinancement, de taux d'intérêt et de change.
À fin décembre 2025, l'encours de la dette publique hors arriérés est estimé à 7 229,63 milliards de FCFA, soit 74,11% du PIB, contre 7 414,78 milliards de FCFA en 2024 (80,18% du PIB). La baisse annuelle est de 2,49%. En valeur actuelle, la dette représente encore 70,53% du PIB, contre un ratio nominal de 74,11%, ce qui donne une mesure plus précise du poids économique réel du stock.
Le coût immédiat reste relativement contenu. Les paiements d'intérêts absorbent 2,63% du PIB, dont 1,11% du PIB pour la dette extérieure et 1,52% du PIB pour la dette intérieure. Le taux d'intérêt moyen pondéré du portefeuille s'établit à 3,55%, avec 3,96% pour la dette extérieure et 3,30% pour la dette domestique. Le document souligne donc que le risque principal ne tient pas au niveau actuel des charges, mais à la structure des engagements.
La pression apparaît d'abord dans le profil d'échéances. La durée moyenne de vie du portefeuille total est de 6,39 ans, ce qui signifie que, en moyenne, les engagements arrivent à maturité dans un délai relativement court. La dette intérieure est la plus exposée, avec une maturité moyenne de 5,48 ans, contre 7,83 ans pour la dette extérieure.
Surtout, 15,47% (1 118,42 milliards FCFA) de la dette totale arrive à échéance dans les douze prochains mois, soit 11,60% du PIB à refinancer ou rembourser sur un an. Pour la seule dette extérieure, 10,52% du stock arrive à maturité en un an ; pour la dette intérieure, la proportion monte à 18,59%. Cette concentration des remboursements à court terme est explicitement présentée comme un facteur de tensions potentielles sur la trésorerie et appelle un lissage du profil d'amortissement.
À cette contrainte s'ajoute le risque de taux d'intérêt. La durée moyenne avant refixation des taux est de 5,63 ans pour l'ensemble du portefeuille, 5,88 ans pour la dette extérieure et 5,48 ans pour la dette intérieure. Dans les douze prochains mois, 23,68% de la dette totale verra son taux révisé. Ce ratio atteint 31,76% pour la dette extérieure et 18,59% pour la dette intérieure. Même si le portefeuille reste majoritairement à taux fixe — 91,37% du total, dont 77,67% pour la dette extérieure et 100% pour la dette intérieure — cette part exposée rend le coût futur sensible à l'évolution des marchés. Les Bons du Trésor ne représentent que 1,49% de la dette totale (2,43% de la dette intérieure).
Le troisième facteur de vulnérabilité est monétaire. 37,94% de la dette totale est libellée en devises, ce qui expose le pays aux fluctuations des monnaies étrangères. Toute dépréciation aurait un effet mécanique sur le stock et sur le service exprimé en FCFA.
Perton Biyiha
Publié le 03/02/26 16:05
La Rédaction
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CEMAC