Dans son évaluation publiée le 14 août dernier, Fitch rappelle un antécédent que les investisseurs obligataires n'ont pas oublié : le Congo a fait défaut à deux reprises sur son unique eurobond, en 2016 puis en 2017, des incidents que l'agence attribue à un retard administratif lié au contentieux opposant Brazzaville à Commisimpex. Un épisode qui reste une référence structurante dans la manière dont les marchés apprécient le risque souverain congolais, bien au-delà de la seule conjoncture actuelle.
L'historique de restructuration ne s'arrête pas là. Le pays a également rééchelonné sa dette publique en 2020 dans le cadre de l'Initiative de suspension du service de la dette, avant de procéder en 2024 à un échange de dette en monnaie locale que Fitch a qualifié d'échange de dette en difficulté. Cette succession d'épisodes de restructuration ou de défaut nourrit directement le score de relevance ESG attribué par l'agence au critère des droits des créanciers, jugé pénalisant pour le profil de crédit du pays.
Cet historique explique également en partie pourquoi la note en devises étrangères reste bloquée à " CCC+ ", malgré l'amélioration relative du profil de remboursement intérieur qui a justifié le relèvement de la note en monnaie locale. Fitch distingue ainsi deux trajectoires : celle d'un marché domestique en voie de stabilisation, et celle d'une crédibilité extérieure encore fragilisée par le passé récent du pays vis-à-vis de ses créanciers internationaux.
La gestion des finances publiques reste d'ailleurs identifiée comme la principale contrainte de notation. Fitch évoque des arriérés extérieurs et intérieurs encore élevés, certes en recul, ainsi que des réformes de gestion budgétaire dont l'efficacité reste à démontrer dans la durée. Pour l'agence, ces défaillances passées ne peuvent être considérées comme résolues qu'après une mise en œuvre soutenue et vérifiable des réformes engagées.
Le retour du Congo sur le marché des eurobonds en 2026, avec deux émissions réalisées dans l'année, illustre néanmoins une forme de réhabilitation progressive vis-à-vis des investisseurs internationaux. Cette normalisation reste toutefois fragile et directement tributaire du contexte pétrolier favorable, ce qui pourrait limiter sa portée dès que les conditions de marché se durciront, ravivant potentiellement les inquiétudes liées à cet historique de défauts.
Idrissa Diakité
Publié le 18/08/26 11:17
La Rédaction
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