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Côte d’Ivoire : Le consortium ENI, PETROCI et VITOL va investir 4 milliards USD pour l’ultime phase de développement de Baleine

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Le compte à rebours vers le changement d'échelle énergétique de la Côte d'Ivoire est désormais lancé. En validant, ce 25 mai à Abidjan, la décision finale d'investissement (FID) de la troisième et ultime phase du projet Baleine, le consortium formé par Eni, PETROCI Holding et Vitol engage un nouvel investissement de 4 milliards de dollars, environ 2 300 milliards FCFA, destiné à porter la production du gisement  à 150 000 barils de pétrole par jour et à transformer durablement le positionnement énergétique du pays.

Pour Abidjan, cette étape dépasse largement le cadre d'un projet pétrolier offshore. Elle consacre l'émergence progressive de la Côte d'Ivoire comme nouvelle frontière énergétique en Afrique de l'Ouest et valide surtout le partenariat stratégique construit depuis plusieurs années entre l'État ivoirien et la major italienne Eni, devenue l'acteur central du basculement énergétique ivoirien.

Baleine, le projet qui fait entrer la Côte d'Ivoire dans une nouvelle catégorie pétrolière

Quelques années encore auparavant, la perspective de voir la Côte d'Ivoire rejoindre le cercle des producteurs africains de premier plan relevait davantage du potentiel géologique que d'une réalité industrielle.

La découverte de Baleine en 2021 a profondément changé cette trajectoire. Avec des ressources estimées à 2,5 milliards de barils de pétrole brut et 3,3 trillions de pieds cubes de gaz naturel, le gisement constitue la plus importante découverte d'hydrocarbures jamais réalisée dans le pays.

Mais c'est surtout la vitesse d'exécution du projet qui impressionne l'industrie énergétique africaine. En moins de deux ans après la découverte, la première phase entrait déjà en production avec 22 000 barils par jour. La deuxième phase a ensuite permis de porter les volumes à 60 000 barils quotidiens. Deux premières étapes qui aura déjà ‘'englouti'' 4,5 milliards de dollars d'investissement, soit près de 2 500 milliards FCFA.  

Avec cette troisième et ultime phase, Baleine doit désormais atteindre son régime de croisière dans le courant de 2027, selon le calendrier initialement annoncé, avec une production attendue de 150 000 barils par jour et près de 200 millions de pieds cubes de gaz quotidiennement destinés au marché domestique.

À lui seul, le projet représente désormais près de 8,5 milliards de dollars d'investissements cumulés.

Sangafowa Coulibaly veut faire de l'énergie un levier de transformation structurelle

Depuis sa prise de fonction à la tête du département ministériel en avril 2022, le ministre ivoirien des Mines, du Pétrole et de l'Énergie, Mamadou Sangafowa Coulibaly, défend une vision beaucoup plus large du développement des hydrocarbures ivoiriens.

Pour lui, l'enjeu n'est pas seulement d'accroître la production pétrolière nationale, mais de transformer les ressources énergétiques en moteur durable d'industrialisation, de compétitivité et de souveraineté économique.

Lors de la cérémonie organisée à Abidjan sous le haut patronage du Premier ministre Robert Beugré Mambé, le ministre a insisté sur la portée stratégique de cette nouvelle phase de développement.

" La phase 3 permettra non seulement d'accroître significativement notre production nationale de pétrole et de gaz, mais également de consolider notre sécurité énergétique, de soutenir durablement la croissance économique et de renforcer la compétitivité de notre économie ", a-t-il déclaré, saluant au passage la vision du président ivoirien Alassane Ouattara qui personnellement œuvrer au retour de Eni dans l'offshore ivoirien.

Cette orientation est particulièrement visible dans la stratégie gazière du pays. La totalité du gaz produit dans le cadre du projet Baleine sera destinée au marché intérieur afin de soutenir la production électrique et les besoins croissants de l'industrie ivoirienne.

Dans cette logique, la Côte d'Ivoire a également engagé, a-t-il indiqué, avec l'appui de la Banque mondiale, l'élaboration d'un vaste “Gas Master Plan” destiné à structurer l'exploitation future des ressources gazières nationales, notamment autour du gisement Calao découvert par Eni en 2024.

Autre pilier de cette vision réaffirmée ce lundi à Abidjan, le développement du contenu local porté par des réformes visant à faire émerger un écosystème d'entreprises locales gravitant autour des exploitations pétrolières en vue de capter une part croissante de la richesse créée et soutenir l'emploi.

L'objectif affiché par Abidjan est d'éviter le piège d'une rente purement extractive et bâtir autour des hydrocarbures un véritable écosystème industriel local capable de générer davantage de valeur ajoutée, de compétences et d'emplois.

ENI consolide son ancrage dans l'offshore ivoirien

Pour Eni, la Côte d'Ivoire est progressivement devenue l'un des axes majeurs de sa stratégie africaine.

Présent dans le pays depuis 2015, le groupe italien a considérablement renforcé ses positions depuis la découverte de Baleine. Au-delà du développement accéléré du gisement, Eni a intensifié ses campagnes d'exploration dans l'offshore ivoirien avec l'acquisition de nouveaux blocs et plusieurs découvertes successives, notamment Calao en 2024 puis Cachalot en 2025.

Cette dynamique confirme le potentiel croissant du bassin ivoirien, désormais considéré par plusieurs acteurs du secteur comme l'une des zones offshores les plus prometteuses d'Afrique de l'Ouest.

Pour Guido Brusco, directeur des opérations globales ressources naturelles d'Eni, le succès de Baleine repose autant sur les capacités techniques du groupe que sur la stabilité institutionnelle ivoirienne et la qualité du partenariat construit avec l'État.

" Cette décision finale d'investissement va bien au-delà du cadre d'un projet industriel. Elle constitue un signal fort de confiance dans l'avenir de la Côte d'Ivoire ", a-t-il affirmé.

Le dirigeant italien a également insisté sur la volonté d'Eni d'inscrire sa présence dans une logique de long terme, fondée sur le développement du contenu local, le transfert de compétences et l'accompagnement de la transformation énergétique ivoirienne.

Le pari africain d'un offshore à faible empreinte carbone

Au-delà des volumes de production, Baleine constitue également un projet hautement stratégique pour l'image énergétique de la Côte d'Ivoire.

Les autorités ivoiriennes et Eni présentent le gisement comme le premier projet pétrolier et gazier “net zéro” du continent africain.

Dans un environnement international marqué par le durcissement des exigences ESG et la pression croissante autour des énergies fossiles, cette dimension environnementale devient essentielle pour préserver l'attractivité du projet auprès des investisseurs internationaux.

Le dispositif intègre plusieurs mécanismes de compensation carbone et de développement durable, notamment la distribution de 200 000 foyers améliorés dans le cadre d'un programme de cuisson propre, la restauration de 14 forêts classées couvrant près de 145 000 hectares ainsi que des initiatives de production de biocarburants à partir de graines d'hévéa.

Le développement de la phase 3 reposera également sur une nouvelle unité flottante de production, de stockage et de déchargement (FPSO), conçue pour réduire l'impact environnemental des opérations offshore tout en garantissant des standards élevés de sécurité et d'efficacité opérationnelle.

Une nouvelle ambition géoéconomique pour la Côte d'Ivoire

À travers Baleine, la Côte d'Ivoire ne cherche plus seulement à produire davantage de pétrole.

Le pays tente désormais de construire une nouvelle stature énergétique régionale, capable de soutenir son industrialisation, de renforcer sa souveraineté énergétique et d'accroître son influence économique en Afrique de l'Ouest.

Pour les autorités ivoiriennes, le pétrole et le gaz doivent devenir des instruments de transformation structurelle, au même titre que les infrastructures, l'industrie ou la logistique.

Et dans cette stratégie, le partenariat avec Eni apparaît désormais comme l'un des piliers les plus structurants de la nouvelle ambition énergétique ivoirienne.

Publié le 26/05/26 08:52

Jean Mermoz Konandi

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