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Cybersécurité, Profits, Efficacité : Les nouveaux piliers de la finance africaine

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Après une décennie marquée par une forte expansion et une digitalisation accélérée, l'industrie financière africaine change de tempo. Plus sélective, plus exigeante et résolument tournée vers la solidité de ses fondamentaux, elle entre dans une phase de " croissance rationalisée ", où la rentabilité, la maîtrise des risques et la cybersécurité deviennent les nouvelles priorités stratégiques. C'est le principal enseignement de la 5ᵉ édition du Baromètre de l'Industrie Financière Africaine, publié par Deloitte et l'Africa Financial Summit (AFIS).

Réalisée auprès de plus de 70 institutions – banques, assurances, fintechs, microfinances et acteurs des marchés de capitaux – l'enquête dresse le portrait d'un secteur plus mature, confiant mais lucide face aux défis structurels.

Une confiance retrouvée, portée par l'amélioration macroéconomique

Les dirigeants interrogés affichent un optimisme élevé : ils notent à 8 sur 10 les perspectives économiques de leur organisation à trois ans, un niveau en hausse par rapport à 2024. Cette dynamique est largement soutenue par le ralentissement de l'inflation sur plusieurs marchés africains, qui redonne de la visibilité aux acteurs financiers.

Les institutions de microfinance se montrent les plus confiantes, suivies des assureurs et des fintechs, dont les anticipations se stabilisent après l'euphorie des années précédentes. Les grands groupes panafricains, mieux diversifiés, restent plus sereins que les acteurs internationaux ou les marchés de capitaux, encore exposés à une volatilité prolongée.

Retour aux fondamentaux : la rentabilité au cœur des stratégies

Après des années d'investissements massifs dans l'expansion géographique et le digital, la priorité est désormais claire : près de la moitié des institutions placent la rentabilité en tête de leurs objectifs stratégiques. Trois leviers dominent désormais les plans de transformation : la performance financière (84%), l'expérience client (85%) et la transformation digitale (81%), tous en progression par rapport à 2024.

Les efforts commencent à porter leurs fruits. La majorité des acteurs observe une amélioration de leurs marges, de leur rentabilité des fonds propres (ROE) et de leurs actifs (ROA). Mais cette progression reste fragile. La pression sur les coûts – liée aux talents, à la technologie et aux exigences réglementaires – complique la quête d'une meilleure efficacité opérationnelle.

Autrement dit, la croissance ne suffit plus ; elle doit désormais être profitable et maîtrisée.

La cybersécurité s'impose comme un risque majeur

Longtemps perçue comme un sujet technique, la cybersécurité est désormais considérée comme un risque systémique. Plus de la moitié des institutions se disent fortement exposées aux menaces numériques, un chiffre en nette hausse en un an.

Les dirigeants réclament presque unanimement un renforcement des cadres réglementaires dans ce domaine. Si de nombreux établissements disposent déjà d'outils de détection des cyberattaques, le Baromètre souligne un retard dans les capacités de réaction et de résilience. Le défi n'est plus seulement d'identifier les menaces, mais de savoir y répondre rapidement et limiter les impacts.

Digital et intelligence artificielle : devenus indispensables

La transformation numérique n'est plus un avantage compétitif, mais un prérequis. Plus d'une institution sur deux se considère aujourd'hui comme digitalement mature, avec une avance toujours marquée des fintechs. Fait notable, les compagnies d'assurance enregistrent la plus forte progression, rattrapant rapidement leur retard.

L'intelligence artificielle s'impose comme un outil central, notamment pour la lutte contre la fraude, l'analyse du risque crédit et l'optimisation des processus internes. Elle sert aussi à améliorer l'expérience client, via la personnalisation des offres et les assistants virtuels.

Vers une finance africaine plus intégrée

Sur le front de l'intégration continentale, le système panafricain de paiement PAPSS gagne en crédibilité. De plus en plus d'institutions le jugent opérationnel et constatent déjà des réductions de coûts et de délais pour les transactions transfrontalières.

L'interopérabilité des systèmes de paiement apparaît comme l'un des grands chantiers à l'horizon 2030, avec un objectif ambitieux : connecter efficacement les milliards de comptes bancaires et de mobile money du continent pour fluidifier les échanges économiques.

Inclusion financière et ESG : une approche plus pragmatique

L'inclusion financière reste portée principalement par les microfinances et les fintechs, tandis que les assureurs se repositionnent progressivement vers les populations peu couvertes, souvent via des partenariats avec les opérateurs télécoms.

Côté ESG, le temps des déclarations d'intention semble céder la place à des actions ciblées. L'investissement à impact est privilégié, tandis que l'intégration globale des critères ESG marque un léger recul. La parité progresse toutefois de manière tangible, avec de plus en plus d'institutions mettant en place des politiques et des indicateurs dédiés.

Une industrie plus solide, mais encore sous tension

Pour les auteurs du Baromètre, le message est clair : la finance africaine est entrée dans une phase de maturité. La confiance est bien présente, les fondamentaux s'améliorent et l'intégration continentale avance concrètement. Mais les défis – cybersécurité, qualité des données, interopérabilité et maîtrise des coûts – sont désormais ceux d'un écosystème en construction, et non plus en simple expansion.

En recentrant leurs stratégies sur la performance, la résilience et l'efficacité, les institutions financières africaines posent les bases d'une croissance plus durable. Une croissance moins spectaculaire peut-être, mais plus solide – et surtout mieux armée pour accompagner la transformation économique du continent.

Publié le 06/02/26 17:22

La Rédaction

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